Les livres de la semaine

« Rue de la Ruine », Derb Al-Kharba
La rue de la Ruine existerait bel et bien à Essaouira. Une rue peu fréquentée. Désertée car elle ne mène nulle part. Le personnage du livre la fréquente beaucoup en revanche. Moulay Brahim fils de Moulay Brahim, la connaît comme sa poche. Il la connaît très bien car il y passe le gros de son temps, il y vit. Narrateur de son état, mais dépourvu de la poésie et du chant de l’écriture, il se devait de dénicher l’écrivain qu’il n’est pas. L’auteur comme l’appelle le commun des mortels. Où pouvait-il bien le trouver ? Il faut rappeler que la rue de la Ruine n’est empruntée que de ceux qui veulent éviter les rencontres. Des gens criblés de dettes comme… l’auteur. Et bien c’était parti ! De cette rencontre, des bouquins ont vu le jour, dont ce dernier, « Rue de la Ruine ». Et l’auteur n’y va pas de main molle envers sa personne. « Lui, le pauvre, il en est à raser les murs. Peut-être même à glisser dessus. À Essaouira, les murs sont tellement humides (…) Il avait une sale mine, l’auteur. L’air de quelqu’un qui n’a ni dormi, ni mangé, ni touché à une savonnette depuis Dieu sait combien de temps. Sans la moindre gêne, je le comprends… C’est à l’aune de la décrépitude physique et vestimentaire que se mesurerait la grandeur des artistes et des intellectuels. » « Rue de la Ruine » est caractérisé par un style cru, acerbe et original. Moulay Brahim vous cause directement comme il le ferait avec un intime. Il s’invite chez vous, ne se gêne pas et semble vous parler de tout et de rien. Ses paroles sont riches en sens et en couleurs et, surtout, vous feront marrer à chaque bout de paragraphe. Le sourire au coin des lèvres, on mordra dedans à plein dents. Quand il parle de fric, il vous avise que cela ne suffit pas d’en avoir. « Faudrait-il encore savoir en jouir. Sans risque pour la santé (…) Y a-t-il plus con qu’une richesse piégée par un ulcère de l’estomac ? Qu’une opulence gâchée par un diabète ? L’impuissance dans l’abondance est une tragédie. » Parlant de bandits, il vous rappelle que « les gangsters furent de tout temps les premiers à faire bon usage du progrès… À peine inventée la voiture, ils la mettent à contribution dans leurs fuites perdues. Et ils vécurent heureux, et eurent beaucoup d’enfants. » Le moins que l’on puisse dire, c’est que « Rue de la Ruine » est signée de main de maître de Omar Mounir. C’est fluide et ca coule aisément, à tel enseigne qu’on le descendrait d’une seule traite. Un petit conseil toutefois. Style et contenu sont tellement agréables qu’ils vous feront oublier vos engagements. Aussi, évitez de l’entamer dans le bus ou dans le train, vous pourriez rater votre station. Plus important encore, ne l’entamez surtout pas dans les toilettes, vous y resterez jusqu’au mot de la fin !
« Les tapis de mon pays », les tapis du bled
Nelly Chaoui et Marianne Barcilon ont travaillé main dans la main. La première s’est occupée des textes. La seconde, quant à elle, s’est attelée à enjoliver le tout avec ses dessins. Le résultat final est plutôt réussi. On devinera au passage que le livre est destiné à l’enfant. Et comme c’est bien fait, l’on ne peut que se réjouir que le livre éducatif ait atteint cette dimension au Maroc. D’autant plus que l’on commence à relater, dans ce genre d’écrit, des histoires bien de chez nous. Nous n’avons rien contre les fabuleuses fables de Lafontaine, les contes de Hans Christian Andersen ou autres oeuvres d’art en la matière. Sauf que tout ce qui rapporte à notre culture a pour effet de nous réjouir. Il est à même de mettre les mômes aux prises avec leur propre patrimoine et sera facilement assimilable. De-là, ils seront capables d’explorer d’autres horizons, lestés d’un certain bagage et de certains repères. Comme son nom l’indique, « Les tapis de mon pays » ne parle que de ça. Des tapis, et pas n’importe lesquels, il y en a de toutes les couleurs et à tout bout de pages. Il s’agira, cette fois-ci, puisqu’il y en aura d’autres, du tapis berbère. En effet, « Les tapis de mon pays, les tapis du bled » fait partie d’un tout, d’autres ouvrages faisant référence à des tapis d’autres régions, tel le rbati ou le fassi, sont encore à venir. « La tante Izza est venue du bled pour vendre les tapis fabriqués avec ses soeurs et ses voisines (…) Taïlite, la fille aînée, est très attirée par leurs couleurs : ils sont jaunes, oranges et rouges avec du noir, et parfois du violet et du vert. Elle reconnaît certains motifs géométriques : Oh, ces triangles, on croirait des montagnes ! Izza : C’est vrai, ce sont des montagnes. Quand nous fabriquons un tapis, mes soeurs et moi, nous racontons une histoire avec des couleurs et des motifs. » Outre les tapis aux couleurs exubérantes qui ornementent le livre, on y explique également la façon traditionnelle avec laquelle on confectionne un tapis. On ne s’attardera pas sur les explications, quelques fois compliquées. Mais l’essentiel a été fait, le bambin se fera une idée sur cette façon de faire. De plus, certaines pages ont été réservées à la contribution de l’enfant. Il sera amené à faire des exercices qui aboutiront à la confection de son propre tapis.
« La Femme qui attendait »
« Une femme si intensément destinée au bonheur (ne serait-ce qu’à un bonheur purement physique, oui, à un banal bien-être charnel) et qui choisit, on dirait avec insouciance, la solitude, la fidélité envers un absent, le refus d’aimer… », c’est sur cette phrase qu’Andreï Makine entame son roman. Natif de Sibérie Andreï Makine a publié sept romans, parmi lesquels « Le Testament français » (prix Goncourt et prix Médicis 1995), « Le Crime d’Olga Arbélina », « Requiem pour l’Est » et « La Musique d’une vie » (prix RTL-Lire 2001). « Je veux te donner un conseil, tu es jeune, ça peut te servir. Dans l’amour (…), pour ne pas souffrir, il faut être un porc. (…) Surtout, n’essaie pas d’aimer ! Moi, j’ai essayé, j’ai écopé de six ans de camp. » Otar pour qui « toutes les femmes sont des truies », parlera aussi, d’une voix sourde, de « celles qui ne le sont pas ». « Celles-là souffrent… Comme Véra ». Un village du nom de Mirnoïé, sur les bords de la mer Blanche. Ici, tout paraît flotter hors du temps : maisons isolées, à moitié en ruine, peuplées de veuves octogénaires dont les maris sont morts dans les combats contre le nazisme. Nous sommes au milieu des années soixante-dix. La contrée est sillonnée quelquefois par un camionneur géorgien à l’humour truculent et mélancolique, monomaniaque du sexe, mais profondément bon. Otar prend à son bord le jeune thésard venu de Leningrad, narrateur de ce récit, et entreprend son éducation sentimentale. Au début de la conversation, le jeune homme connaît déjà Véra, dont le mystère l’intrigue. Il l’a vue un soir d’août retirer un lourd filet de pêche plein d’anguilles dans un lac de forêt, il l’aperçoit aussi de temps en temps quand elle ouvre sa boîte aux lettres, d’un mouvement que l’usure des années n’a pas réussi à rendre machinal. Dans le corps de cette femme, un espoir continue à vibrer, cela se devine. « Mais pourquoi s’est-elle enterrée ici, parmi ces vieilles ? Est-il possible d’attendre le même fiancé pendant trente-ans ? Qui la retient d’aller vivre la grande vie à Moscou ? Son coeur, ou bien le regard des autres idéalisé dans une sorte de serment légendaire pour un soldat disparu ? Si Véra se dissipait, si Véra faisait l’amour, c’est un peu comme si toute la macabre construction des valeurs sacrificielles du communisme était réduite à néant. »
« Fi achiâri al-maghribi al-moâssir », de la poésie marocaine contemporaine
Le livre, en arabe, englobe les travaux de l’édition académique « Ahmed Al-Majjati ». Il s’agit du troisième colloque scientifique organisé, les 2 et 3 novembre 2001, à l’initiative de « La maison de la poésie au Maroc », sous le thème « Paysage de la poésie marocaine contemporaine au début du XXIe siècle ». La synthèse de ces travaux aura été laborieuse. Elle a nécessité beaucoup de temps et une mobilisation manifeste. Le livre est divisé en deux parties. La première concerne le poète Ahmed Al-Majjati, dont le nom a été donné à cette édition. La seconde partie, quant à elle, est composée des études réalisées par les critiques et les chercheurs et autour desquelles tournaient le sujet du colloque. « Soucieux, je me suis souvent demandé, ces derniers jours, si le poète Al-Majjati est mort. J’avais pourtant insisté dans l’intitulé d’une intervention antérieure : le poète n’est pas mort. Cette formule s’apparentait à une réponse indirecte à une autre intervention sous le thème: la mort du poète… »

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