Culture

L’hommage de Saddiki au théâtre

Tayeb Saddiki attire toujours autant de monde. Il n’y avait pas une seule place de libre au théâtre Mohamed V. Et signe qui ne trompe pas : de nombreuses personnes étaient là une demi-heure avant le début de la représentation. Elles ne sont pas venues seulement pour la dernière création théâtrale de Tayeb Saddiki, mais également pour prendre part à l’hommage qui lui est rendu. Un hommage auquel rien n’a manqué pour qu’il ne mésallie pas avec la figure la plus emblématique du théâtre marocain. La cérémonie a commencé avec une diffusion des extraits des pièces du dramaturge sur un écran. Du «Haraz» jusqu’à «L’éléphant et les pantalons », un itinéraire, à la fois long et riche de quelque 20 créations théâtrales, a été donné à voir en une dizaine de minutes. Les témoignages ont succédé aux images. Celui de l’acteur Abdellatif Hilal qui a rapporté des anecdotes au sujet de son “maître”. Ce dernier a fait ensuite une entrée très ovationnée. Il a substitué au khôl un fard vert. Ses paupières enduites d’une couleur verte étaient impressionnantes.
Il a immédiatement usé de son sens de la repartie pour préciser qu’il n’est pas un “maître”, mais un “centimètre” ! Il a également dit : «j’ai toujours réprouvé les hommages, parce qu’ils sentent le tombeau». Il a ensuite invité le ministre de la Culture, Mohamed Achaâri, à prendre la parole. Ce dernier a rendu grâce au théâtre de Tayeb Saddiki en des termes extrêmement laudatifs. Il a conclu son intervention par : « nous te soutenons pour que Casablanca soit dotée d’un théâtre qui porte ton nom ». Après l’hommage, la pièce!
Une pièce intitulée dans sa version française «Dîner de gala» et en arabe «Almasrah almahdoume» (le théâtre démoli). C’est cette dernière version qui a été jouée au Théâtre Mohamed V. De quoi s’agit-il dans la dernière création théâtrale de Saddiki ? D’un dîner avec des fantômes !
Des fantômes possédés par le démon de l’écriture et le jeu. Ils s’appellent Molière, Shakespeare, Badiâ Zaman Al Hamadani, Al Majdoub, Abu Nuwass. Le directeur de la salle les a conviés à une ultime rencontre avant la démolition du lieu qu’il gère. Le public assiste dans un théâtre à une représentation dont le sujet est le théâtre. Les effets de miroir dans la pièce sont nombreux. Les électricités de sens entre le métier que Saddiki exerce et le spectacle qu’il montre sur scène sont multiples. Le dramaturge a été en effet directeur, pendant 14 ans, du Théâtre municipal de Casablanca qui a été détruit. Il était autant attaché à ce lieu que le personnage de «Almasrah al mahdoume».
D’ailleurs, les multiples irruptions de Tayeb Saddiki dans cette pièce l’ont rendue quasi-autobiographique. À un moment, l’on voit défiler de gigantesques portraits des grands du théâtre, Molière et Shakespeare entre autres. Peu de temps après, un portrait de Tayeb Saddiki, de la même taille, leur succède. La dramaturge estime qu’il est tout aussi grand que les hommes de la communauté dont il se réclame. Dans cette approche autobiographique, le Marocain fait de l’autodérision. Son comédien fétiche Mostapha Salamat s’adresse à un cercueil d’où il sort une marionnette barbue. Il lui dit «meurs en paix artiste ! Tu feras la Une des journaux et un grand hommage te sera rendu dans ce théâtre-même. Les recettes seront versées à ta famille pauvre !».
Du théâtre, il est également question dans le décor de la pièce, constitué de trois rideaux ouverts. Ils seront démontés par un bulldozer. À la fin de la représentation, le théâtre avait disparu. Rasé ! Au reste, il est difficile de parler de la qualité de cette pièce, parce qu’elle est traversée par des supposées qui ne sont pas seulement scéniques. Cela fait quelque temps que Tayeb Saddiki interroge d’autres formes d’expression. Il s’intéresse tout particulièrement à la télévision. Il délaisse de plus en plus la scène. Que signifient les rencontres nombreuses entre sa vie et sa dernière pièce ? Fait-il le deuil du théâtre en lui rendant un hommage ultime?

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