A la recherche du moi perdu

A la recherche du moi perdu

Nous sommes au Havre. Un jeune journaliste tombe sur un livre pour le moins intriguant, signé par un certain Antoine Sorel. Le livre le touche. Il est bouleversé.

Quelque chose s’est passé au fil des pages qui défilaient. Le lendemain, il découvre que Sorel est mort à juste 45 ans. Le jeune journaliste décide alors d’écrire un roman où il rend hommage au défunt auteur. Il pénètre alors dans sa vie, va à la rencontre des siens, il va voir les femmes que Sorel a aimées, essaie de vivre presque sa vie en empruntant les mêmes cheminements que son aîné. Très vite, on se prend à marcher dans les pas d’un auteur insaisissable. Et le jeune journaliste entre dans un univers de solitude à la recherche de soi, dans la vie d’un autre, grâce à la force de la résurrection des sentiments. 

Au fil des pages, des vies s’entremêlent. On passe de la haine du père envers son fils, conflit de générations et de regard sur la vie,  à l’amour d’une femme plus âgée que Sorel, qui reste un point de nostalgie immense dans sa vie. Tout le roman défile, par à coups, entre plusieurs vies, de l’une à l’autre, dans un condensé de sensations. Dans cette atmosphère monte l’image du Havre, cité portuaire au brouillard costaud qui enveloppe souvent les cœurs et assombrit l’horizon. La ville prend forme et épouse souvent les pas  et de Sorel et du journaliste et qui  se mêlent dans leur amour d’une ville à part. Linda Lê signe  ici comme dans Lame de fond, un précédent roman, une histoire solide sur le sens à donner à sa vie, entre rêves et espoirs déçus. Avec beaucoup de subtilité, elle crée ce passage d’un être à un autre et nous fait voir toute la valeur d’une bonne quête de soi, dans ce que la vie offre de possibilités pour s’accomplir.

Livre sur l’art d‘écrire, de s’écrire où la littérature occupe une bonne place, «œuvres vives» est un passage de témoin, un roman de nostalgie sur l’amour et le partage.
Pour ceux qui ne connaissent pas encore Linda Lê,  c’est une écrivaine née en 1963 au Viêt Nam. Lorsque la guerre éclate, sa famille s’enfuit et s’installe à Saïgon en 1969. La jeune fille poursuit ses études en français et s’éprend de cette nouvelle littérature. En 1977, elle quitte le Viêt Nam avec sa mère et ses sœurs, et arrive au Havre. Depuis, elle enchaîne les romans, en toute discrétion.

Editions Christian Bourgois. 160 DH

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