Dans son nouveau roman : Bouthaïna Azami raconte la souffrance en prose

Dans son nouveau roman : Bouthaïna Azami raconte la souffrance en prose

«Un rythme, une musicalité, semblent émaner de ces phrases qui suivent le parcours ineffable d’une émotion, le cours désordonné de la mémoire, les frissons d’un rêve. Il y a donc dans ce désir que j’ai de sonder le sensible, ce qui n’est pas donné à voir et palpite dans la chair, quelque chose d’une tension poétique».

Un roman en prose. C’est ainsi que l’auteure marocaine Bouthaïna Azami a conçu son nouveau roman «Le cénacle des solitudes» qui, dès la première page, laisse voir des phrases en rimes bien qu’elles soient longues. Pour cette écrivaine, qui aime à décrire les mouvements invisibles, intérieurs, de l’émotion, du souvenir, de la douleur, leurs sinuosités, les plis de leurs élans et leurs essoufflements, cette longueur n’est «pas un choix réfléchi». De quoi créer une cadence dans le roman.

Une musicalité se dégage du livre

Malgré la souffrance qui y est exprimée, les rimes donnent un tempo à cette publication. «Un rythme, une musicalité, semblent émaner de ces phrases qui suivent le parcours ineffable d’une émotion, le cours désordonné de la mémoire, les frissons d’un rêve. Il y a donc dans ce désir que j’ai de sonder le sensible, ce qui n’est pas donné à voir et palpite dans la chair, quelque chose d’une tension poétique», explicite l’auteure. Une démarche qui tient toujours une place importante dans ses romans. Outre cette caractéristique de musicalité, l’écrivaine introduit un conte oriental dans son roman qui raconte l’histoire d’une sœur et un frère sur terre marocaine.

Un conte dans le récit

«Ce conte qui vient interrompre la narration est un conte que la jeune sœur se met à raconter frénétiquement à son petit frère quand il lui prend la peur de le voir mourir», détaille Mme Azami. Comme elle le précise, cette sœur remplace d’abord, symboliquement, la mère disparue, celle qui berce et qui conte, mime sa présence comme pour insuffler vie à l’enfant en lui «mimant le corps arraché». «Dans ce désir désespéré d’insuffler vie et de tromper la mort, il y a l’importance des mots: la jeune fille qui raconte en tenant son petit frère est habitée par cette idée insensée que l’enfant mourra dès qu’elle cessera de parler», ajoute l’écrivaine. Pour elle, la sœur ne fait pas que le distraire de sa faiblesse en lui racontant cette histoire, elle le garde en vie, parle plus fort et plus vite quand elle le sent suffoquer comme pour, sa peau contre la sienne, lui inoculer le souffle qui lui manque dans la scansion des mots. Quant à l’apparition de ce frère, elle n’intervient, à la surprise du lecteur, qu’au milieu du récit qui suit une famille pauvre. Dans l’intrigue, une fille, orpheline, et sa mère finit par se remarier avec un homme persuadé de pouvoir offrir une vie plus digne à sa famille si, seulement, il parvenait à rejoindre le nord du pays et à embarquer pour l’autre rive.

Un périple «sans fin»

«Jusque-là, rien que de très «banal» dans ce fantasme qui hante tant d’esprits et provoque, chaque jour, tant de tragédies. Mais le périple de cette famille sera sans fin. Une longue marche sans fin», exalte l’auteure à propos de cette intrigue où durant cette errance naîtra un petit garçon fragile et dont la mère, trop faible pour l’allaiter, se laissera mourir. «Ce petit garçon nous donne à palper ce temps comme suspendu et qui passe, pourtant, inexorable, cruel et inutile. Temps suspendu et étiré à l’infini dans son inconséquence», enchaîne Mme Azami dont le roman est, vers la fin, meublé de photos. «Les illustrations sont des sortes de ponctuation qui se sont imposées à moi quand les personnages mis en scène dans le roman se sont plongés dans le silence, dans une forme d’aphasie, face à un nouveau coup du sort», s’exprime l’écrivaine. Comme elle l’indique, les dessins sont alors venus simuler cette aphasie dont, d’ailleurs, «je me suis sentie prise aussi, à des moments où les images se sont faites plus prégnantes en moi que les mots». Ils viennent, quelque part, signifier, pour elle, l’épuisement des mots devant l’indicible. «Mais ce n’est pas une capitulation. Au contraire. Cette «ponctuation» est une sorte de cri», conclut-elle.

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