Entretien avec Mokhtar Chaoui, écrivain

Entretien avec Mokhtar Chaoui, écrivain

ALM : Après un recueil de poésie, deux romans et des chroniques, pourquoi avez-vous opté, cette fois-ci, pour la nouvelle ?

Mokhtar Chaoui : J’ai voulu m’exercer à un autre genre littéraire qu’est la nouvelle et essayer de voir si je peux y ajouter mon grain de sel. Ceci vient de mon refus d’être catalogué en tant que romancier, poète, nouvelliste, ceci ou cela. Je considère qu’un auteur est là pour servir la Littérature (avec un grand L) et non pas un genre au détriment d’un autre. Il va sans dire que les lecteurs préfèrent les romans qui exigent moins de concentration. Parce qu’il y est souvent question d’une seule intrigue, mais je pense qu’il est temps qu’on réhabilite la nouvelle. Et ce, à condition qu’on maîtrise ses règles pour pouvoir les transgresser ensuite, ce qui n’est pas toujours le cas.

Pourquoi l’université est-elle toujours présente dans vos œuvres ?

C’est parce que l’université en tant qu’espace romanesque est pratiquement absente des œuvres. Peu d’écrivains marocains s’arrêtent longtemps sur cet espace riche en situations. Pour moi, les facultés sont une véritable société dans la société. C’est un espace où se mêle l’effervescence d’une jeunesse avide de savoir, de vie et de liberté, souvent perdue, désabusée, pleine de doute, à des adultes constitués de profs et d’administrateurs, qui doivent gérer ce flux d’espoir et de désenchantement. Il en résulte des incompréhensions, des chocs, des malentendus, mais aussi des histoires d’amour, des amitiés, des trahisons, des déceptions, parfois même des suicides. Les facultés sont de véritables pépinières de l’amour et de la haine, de l’amitié et de la jalousie, des réussites et des échecs… Bref, une matière inestimable pour l’écriture.   
 
Pourquoi cherchez-vous encore, dans votre nouveau livre, à vous en prendre aux profs universitaires, alors que vous êtes, vous-même, enseignant à la fac ?

Je précise que mon livre est un recueil de nouvelles et que des onze nouvelles, seule une, «La femme du doyen», s’attaque aux profs. Ceci est dû à la haute idée que j’ai du rôle d’un professeur universitaire, et lorsque je constate ce qui se passe dans nos facultés, lorsque je suis témoin de quelques agissements scandaleux de certains profs, je ne peux m’empêcher d’en parler, de tirer la sonnette d’alarme, quitte à me faire passer pour le redresseur de torts, le moralisateur, le donneur de leçons, ceci ou cela. J’ai pris le parti de dévoiler des vérités dérangeantes et je l’assume… J’ajoute que si on lit bien mes livres, on verra que je ne critique pas les profs, mais l’absence du sens de responsabilité chez certains. Un prof qui vient quand ça lui chante, un autre qui fait du retard un signe de prestige professoral, un autre qui passe les années à faire des exposés aux étudiants, un autre qui est toujours absent et qui donne des notes au pif, un autre qui oblige ses étudiants à acheter ses livres, un autre qui prend la fac pour son harem… C’est ce type de comportements que je dénonce.
 

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