«Excelsior» d’Olivier Py – Les géographies intérieures

«Excelsior» d’Olivier Py – Les géographies intérieures

Enfin c’est la lassitude qui débouche sur une grande remise en question. Un architecte, couvert d’honneurs, qui a tout vu et vécu, est arraché à la nuit et sort en courant dans les ruelles vides d’une ville ensevelie sous le poids du sommeil. Il passe d’un quartier à un autre, court et semble attiré par un endroit connu de lui seul.

Son but est peut-être d’atteindre un lieu où il peut enfin souffler, respirer, trouver de l’apaisement. Il est célébré et honoré par tout, mais lui ne croit plus en ce qu’il a fait. Ces travaux lui semblent dénués de tout intérêt. La vacuité de son œuvre le rend malade.  Pour lui, la chose la plus dangereuse est  ce rapport sale que la culture entretient avec l’argent, cette liaison fatale entre politique et pouvoir. Est-ce là une quête d’absolu ? Une volonté de se retrouver lavé de tous les plis causés par la notoriété et l’argent ? Pour retrouver son épicentre, cet architecte doit traverser plusieurs cercles, comme ceux de l’enfer de Dante.

Il doit traverser le désespoir. Il est obligé de composer avec son passé, mais sans risquer sa peau dans une refonte absolue de ce qu’il est. Entre masques et désillusion, l’architecte doit se reconstruire, trouver de nouvelles assises à sa personne, créer les fondements solides  de ce qui pourrait, peut-être,  devenir son salut. Olivier Py signe ici, avec Excelsior un roman philosophique, sans la moindre volonté d’en faire un dogme. Mais juste poser des questions sur l’être, son rôle dans la vie, son cheminement et ses espoirs. Dans cette traversée des enfers pour retrouver une quelconque lumière au bout, Olivier Py n’invoque ni Dieu ni l’amour, mais prend l’homme par la main, accompagne ses souffrances et descend en spéléologue au fin fond de lui-même pour retrouver encore une étincelle vivante.

 Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Olivier Py est écrivain, mais aussi metteur en scène et comédien. Il donne corps à ses propres textes depuis 1988 avec sa compagnie, L’Inconvénient des Boutures. Olivier Py est aussi directeur du CDN d’Orléans/Loiret/Centre de 1988 à 2007, directeur de l’Odéon-théâtre de l’Europe à Paris de 2007 à 2012.  Il dirige le Festival d’Avignon depuis septembre 2013.

Chez Actes Sud ont paru ses romans Paradis de tristesse (2002 ; Babel n° 698) ainsi que Les Mille et Une Définitions du théâtre (2013) et Siegfried, nocturne (2013) et, chez Actes Sud-Papiers, l’essentiel de son œuvre théâtrale.

Editions Actes Sud. 220 DH.

 

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