La montagne et ses précipices

La montagne et ses précipices

Stephan Enter surprend avec un très beau texte où le temps, déroulé de manière classique, joue un rôle important. Un roman à la fois de jeunesse et de maturité, qui oscille entre rêves et profondes interrogations sur l’avenir, le poids du passé et la valeur du présent, qui souvent n’est qu’un condensé des deux. Bref, tout est centré autour de la montagne. Ils ont vingt ans. Ils sont quatre, trois garçons et une fille. Ils vivaient pour une seule passion: la montagne et ses attraits, le danger, la beauté, le vide, le lointain. Ils ont ainsi vécu aux rythmes des grandes randonnées, de l’escalade au risque de sombrer dans le grand vide, de l’alpinisme avec toute l’ivresse qu’il procure… Ils ont vécu à quatre, avec le silence comme compagnon, comme des cœurs battant  à l’unisson, sans jamais empiéter l’un sur le terrain intime de l’autre.

Vingt ans plus tard, c’est l’âge cassant. Ils ont quarante ans. L’un d’eux arrive à s’offrir au Pays de Galles une maison au bord de la mer. C’était là un vieux rêve de jeunesse qui vient de se concrétiser. Le but étant qu’un jour les quatre amis puissent revenir en montagne, revivre d’autres sensations qui pourraient peut-être les faire revenir dans la beauté et l’insouciance de leurs vingt ans.  Paul habite à Bruxelles. Vincent a fait sa vie à Tokyo depuis de nombreuses années. Les deux vieux amis prennent le train pour l’Angleterre. Ils vont rejoindre Martin et Lotte, qui entre temps, se sont mariés. On devine bien ce quatuor réuni alors que les jeunes d’antan, chacun à sa manière, étaient un peu amoureux de la seule fille du groupe. Et c’est là que le passé fait son entrée en jeu. Entre tous ces espaces et paysages, il y a l’amitié  des quatre, mais il y a aussi le non-dit,   tous ces mots qui viennent jeter plus d’ombre sur cette vieille amitié.   

Quatre amis dans la lumière des Lofoten, ces îles où  les vagues et les cimes entrent en collision. Et la mémoire vient porter les quatre amis vers des méandres de leur passé. Un jour, à vingt ans, Lotte chute dans une crevasse lors d’une escalade. Seul Paul l’avait vue. Tout prend source à ce moment précis, au plus près de la mort. Mais c’est cela la montagne, c’est un espace où le risque est la raison d’être, le souffle caché qui donne des ailes et des forces, pour atteindre un but.  On revit alors toute sa vie l’espace d’un instant et on se dit que la vie est un miracle…Editions

Actes Sud. 180 DH

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