Tragédie à huis clos

Tragédie à huis clos

C’est l’histoire d’un isolement. Loin des autres. Surtout des hommes. C’est le récit d’une vie à attendre un rayon de lumière pour voir de l’autre côté et savoir ce que peut être la vie des autres, loin de l’enfermement. C’est en somme cela le roman que signe Kaoutar Harchi, intitulé «A l’origine notre père obscur».

Vivant enfermée dans ce que l’on appelle «la maison de  femmes», l’héroïne est coupée du reste  de la famille.   Elle n’est entourée que de femmes, sœurs, épouses, belles-sœurs, mais pas l’ombre d’un mâle. Frères et maris sont de l’autre côté du mur. Ici, les séquestrées sont coupables ou alors de simples soupçonnées qui doivent subir la châtiment d’avoir osé transgresser la loi du patriarche.

Au milieu des femmes, un enfant voit tout. Il emmagasine les souffrances et se prépare à la suite, à ce que l’avenir pourrait apporter de mal ou de délivrance.  Abandonnée, elle a en tête l’image de ce père obscur dont elle rêve tous les jours.  Elle a sculpté les traits de son visage chaque nuit, dans le noir, entre rêves et cauchemars. Mais de l’autre côté du mur qui les sépare d’autres obstacles se dressent entre l’enfant et ce père lointain et inaccessible.

Kaoutar Harchi signe ici un roman fort où se mêlent cris et pleurs sur un destin étrange. Celui d’être coupé  du monde par la volonté d’autres, s’estimant plus puissant. C’est une tragédie à l’encre du cœur, puisée dans le passé ténébreux de pratiques barbares où les femmes ont enduré le pire, en silence. C’est aussi la victoire d’une femme qui a su s’inventer un univers propre, loin des lisières et des barbelés érigés autour de son corps et de son âme. C’est un cri de révolte. Un élan de salut pour ne plus jamais revivre dans l’isolement, dans la soumission, dans le mépris.
Pour cette native de Strasbourg en 1987, de parents marocains, ce roman est un triomphe sur les archaïsmes de tous genres.

Kaoutar Harchi, titulaire d’une licence de lettres modernes, d’un master de socio-anthropologie et d’un master de socio-critique est, depuis 2010, doctorante-monitrice à la Sorbonne, où elle assure des enseignements en littérature et sociologie. Elle vit aujourd’hui dans la région parisienne. Elle est l’auteure des deux romans : Zone cinglée (Sarbacane; 2009) et L’Ampleur du saccage (Actes Sud ; 2011).

«À l’origine notre père obscur» de Kaoutar Harchi
 

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