«Memento Mori», un septième recueil pour Abdelhak Najib

«Memento Mori», un septième recueil  pour Abdelhak Najib

Les Éditions Orion viennent de publier le nouveau recueil du philosophe et poète, Abdelhak Najib, intitulé alchimiquement «Memento Mori». Une poésie sans concessions entre savoir occulte et passage initiatoire. Universel.
D’abord le chiffre 7, avec toute sa symbolique entre alchimie et connaissance occulte, comme les sept métaux, comme les sept jours de la semaine, comme les sept planètes, comme les sept couleurs, comme les sept notes de la musique des sphères. Abdelhak Najib, après «Le pays où les pierres parlent», «Finis Gloriae Mundi», «Vitriol», «la Ilaha Fi Al Madar», «Ma9amates Ilahiya», «Spiritus Mundi» et «Le soleil au cœur des hommes», vient approfondir davantage son propos philosophique et alchimique, avec ce voyage initiatique qu’est «Memento Mori». Le poète-philosophe y poursuit son pèlerinage vers tous les sanctuaires possibles, muni d’une carte effacée et d’une craie antique pour écrire sur le sable, le récit d’un voyage qui mène l’homme vers lui-même. Le marcheur se pèle, peau après peau, s’allégeant au fur et à mesure qu’il avance traversant toutes les contrées du cœur, d’un col à l’autre, d’une crête au creux suivant, dans une singulière transhumance, comme un coureur des cimes, sur le chemin de la Gaia Scienza, découvrant des territoires, rencontrant des figures anciennes, dialoguant avec la mère, cette nourricière éternelle, prenant la main du père, cet ami du premier jour, fermant la nuit sur son aurore pour entamer de nouveaux sentiers sur le chemin de la vie et de ses mystères.

Ars Moriendi

Ceci pour le chiffre sept et ses nombreuses sinuosités kabbalistiques. Qu’en est-il du titre, en lui-même un indicateur profond de la quintessence de ce recueil à la fois hermétique et prophétique? «Memento Mori», souviens-toi de mourir pour mieux renaître, nous dit le poète. Exprimant la vanité de la vie terrestre, elle se réfère à l’«art de mourir», ou Ars Moriendi. Elle induit une éthique du détachement et de l’ascèse. Elle est proche d’une autre locution latine : «Sic transit gloria mundi». Ainsi donc passe la gloire du monde comme un rappel à vif de son recueil de poésie très marquant dont le titre fait écho à l’Adepte Fulcanelli : «Finis Gloriae Mundi». Souviens-toi qu’il te faut multiplier les pas sages pour sortir de ton labyrinthe découvrant du même coup ton passé oublié et ton futur nouveau-né. Souviens-toi au sortir de la crypte du savoir qu’il te faut t’aligner pour laisser la lumière te traverser et distiller son mystère. Souviens-toi d’oublier aussi pour repartir, à la fois vierge et neuf vers les territoires de l’oubli. Le poète est lucide comme recevant un scalp en guise de blessure solaire pour entrer dans sa nuit, là où le cœur palpite, là où croissent la soif de vivre et le désir d’aimer. La nuit, très présente dans ce recueil, est aussi le territoire de l’amnésie qui ouvre sur tous les départs.

Spiritus mundi

Abdelhak Najib, le poète doublé du philosophe sait qu’il ne faut jamais s’établir tout comme il sait qu’il ne faut jamais céder aux lueurs d’un bonheur trompeur qui dure dans le temps. Nous y sommes donc face au temps, cet autre personnage clef dans la poésie de Abdelhak Najib, une figure tutélaire, fluctuante, mercurielle, fuyante, qui ne se dompte pas, qui dépasse les contingences basiques du pendule qui oscille pour imprimer à chaque moment son sceau d’éternité. Le temps dans le langage poétique de Abdelhak Najib n’obéit à aucune linéarité. Il est sinueux. Il est sinusoïdal au même titre que la lumière alchimique qui pénètre l’homme pour le rectifier : «Visita interiora terrae rectificando invenies occultum lapidem», dit l’alchimiste. Oui: visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée. Tu prendras entre tes mains ta pierre qui irradie et qui transcende les temporalités. Comme dans un condensé d’énergie tellurique qui forge le corps, qui donne au cœur sa substance vitale, qui éclate en un kaléidoscope de visions dans l’esprit de celui qui s’ouvre pour renaître au monde. C’est là que ce nouveau recueil renoue avec un autre: «Spiritus Mundi», cette membrane transparente de tous les mondes qui permet au voyageur d’avoir la vision.
Harmonices Mundi

Cette clarté née de l’obscur s’opère comme une transmutation d’un état à un autre. D’abord œuvre au noir pour nettoyer l’œil de ses scories. L’œil du monde, celui qui voit, celui qui sait, celui qui va au-delà des apparences. Puis œuvre au blanc pour purifier davantage le métal en le portant jusqu’au volcan, jusqu’à l’éclatement, jusqu’à l’éruption qui sépare l’antimoine des autres métaux préparant la venue aurifère d’une nouvelle naissance à soi et aux éléments. Enfin, l’œuvre au rouge, là où la matière cède sa nature et laisse la lumière prendre forme. Abdelhak Najib insiste sur ce passage qui ouvre sur l’âme du monde, ce souffle créateur qui scintille tel un astre avant une super nova. Tout converge pour créer cette torsion entre temps et espace, devenus Un. Cette rencontre entre l’espace transfiguré et le temps transmuté donne corps à l’harmonie des mondes, dans des alignements et des orbites volantes vers l’inconnu qui nous sert ici de lanterne. Une lanterne qui luit toujours devant nous au fur et à mesure qu’on s’y approche, pour ouvrir la nuit, pour éclairer nos ténèbres, dit le poète. C’est à ce moment précis que le poète-alchimiste peut écouter la musique des sphères. C’est à cet instant précis qu’il peut entendre le secret, qu’il peut comprendre le non-dit, qu’il peut aimer ce qui se refuse, qu’il peut désirer ce qui se dérobe, qu’il peut toucher ce qui ne se laisse pas apprivoiser. Dans ce cheminement placé sous le signe de l’ésotérique, le poète invoque ses divinités anciennes, tous ces esprits qui connaissent la musique, qui l’ont notée, qui l’ont inscrite sur des pétroglyphes à découvrir, sur des palimpsestes à déchiffrer, sur une terre qui n’est pas encore née et que le poète devra habiter, un jour prochain.

C’est finalement cela la vision poétique de Abdelhak Najib. Un regard emprunt de profonde philosophie, avec dans ses sillages, les sciences occultes, le grand art qu’est l’alchimie, le savoir oublié des Anciens, les mystères de l’Antiquité, le legs perdu des anciennes civilisations, l’enchantement des aèdes, l’émerveillement des chamans qui puisent dans le secret la panacée du monde, le désir érotique des naïades qui plongent dans les abysses pour y puiser la connaissance de l’amour, le bâton du nomade qui refuse de s’installer, le souffle du pèlerin qui sillonne les mondes, avec pour unique viatique la voix du cœur qui chante l’hymne à la joie de l’existence. Oui, cette poésie chamanique, faites de cantiques et de chants auroraux, est aussi une invitation à entrer dans le temple, une invitation à demander à la Pythie de ne jamais révéler ce que la mémoire oublie, ce que le cœur refuse de dire, ce que la poésie tait comme le secret du monde qu’aucun charme ne doit rompre.

«Memento Mori».
Abdelhak Najib. Éditions Orion. 110 pages. Août 2021.

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