Mohamed Moufid Abba Sbaï : «Le manager ce n’est pas une offre de prestation à la demande ni l’intermédiaire occasionnel»

Mohamed Moufid Abba Sbaï : «Le manager ce n’est pas une offre de prestation  à la demande ni l’intermédiaire occasionnel»

Entretien avec Mohamed Moufid Abba Sbaï, manager d’artistes

Mohamed Moufid Abba Sbaï est agent artistique depuis environ 15 ans. Il revient à son expérience tout au long de ces années. Comme il s’explique sur les perceptions des artistes à l’égard de ce métier. M. Sbaï, qui trouve que «l’argent est bon pour la santé artistique et son évolution mais pas les affaires », estime que l’avenir est prometteur pour le management. Le tout en révélant des projets pour l’avenir.

ALM : Quelle évaluation faites-vous de votre carrière d’environ 15 ans en tant que manager ?

Mohamed Moufid Abba Sbaï : Ce n’est ni facile ni évident de faire une auto-évaluation d’une longue carrière, notamment dans le domaine artistique qui tend plutôt vers les aspects qualitatifs du travail et des résultats que les quantitatifs. Toutefois, ces derniers restent aussi importants d’après un autre angle d’analyse.
Grosso modo, et afin de ne pas verser dans la subjectivité, je dirais que d’après mon auto-évaluation, cette carrière m’a permis de déterminer l’évolution de mes compétences durant toutes ces années, qu’elles soient techniques ou comportementales. C’est ainsi que l’on peut savoir ce qui nous différencie, et ce qui fait notre valeur ajoutée dans le monde professionnel. Ce sont ces points forts qui permettent justement de franchir une nouvelle étape dans sa carrière. Pour moi, c’était une réussite patente et palpable, bien travaillée grâce à la synergie des équipes avec qui j’ai eu le plaisir et le privilège de collaborer. Bien entendu, l’encouragement sincère et l’amour de l’autre étaient essentiels pour m’aider à continuer dans ce domaine professionnel récemment structuré !… Malgré des «hauts et des bats» cette réussite proportionnelle reste toujours pour moi une surprise inattendue voire belle ! Par l’occasion, je ne manquerais pas de remercier une fois les gens qui ont cru en moi et ceux qui m’ont offert l’opportunité d’exercer ce beau métier.

Qu’en est-il de vos déceptions au cours de ces années? Comment vous y avez fait face ?

En ce qui me concerne et en toute sincérité, je ne qualifierais pas certaines situations ou quiproquos de déceptions mais plutôt de passage parfois assez délicat, notamment quand il s’agit soi-disant «d’artiste ami» ! Ce qui permet de se poser de vraies questions et de prendre en conséquence de bonnes résolutions décisives!

Certains artistes préfèrent ne pas recourir aux services de managers parce qu’ils trouvent que ceux-ci travaillent pour gagner en renommée au détriment de celle des artistes. Qu’en pensez-vous ?

Je rappellerais que le métier de management artistique est récemment structuré et reconnu légalement suite à la promulgation de la dernière loi de l’artiste. Aussi, l’absence d’une industrie artistique au pays et la réticence aux investissements dans le domaine, font que la relation n’est pas encore claire entre les intervenants dans la scène artistique, notamment, l’artiste et le manager, et ce malgré l’existence du cadre conventionnel. Le problème réside, au fait, dans la maturité du professionnalisme de tout un chacun, la compréhension et «la connaissance» du rôle, des responsabilités, des droits et des obligations de l’ensemble des acteurs et des partenaires. Le manager ce n’est pas une offre de prestation à la demande ni l’intermédiaire occasionnel. Le manager est un intermédiaire professionnel certes, mais entre les artistes et les différents acteurs de l’industrie musicale. Son rôle est de conseiller les artistes afin de les aider à gérer et développer leur carrière artistique, mais aussi il a la responsabilité de protéger et de défendre en toutes circonstances les intérêts artistiques, moraux et financiers des artistes qu’il représente, c’est pour cela que cette relation artiste/manager doit être fondée sur la confiance et la défense des intérêts communs comme points fondamentaux initiés dans une stratégie de collaboration.

Ceci dit, toute autre chose vantée ou prétendue par l’artiste au détriment de cette nature de relation n’est autre qu’un moyen, malheureusement, pour se débarrasser du manager soit pour des raisons financières ou autres, en avançant à tort, et à titre d’exemple, que le manager n’est plus motivé par le projet artistique, qu’il n’est plus à la hauteur, qu’il est temps de mettre fin à la relation et de continuer dans le cadre d’une amitié plutôt que d’une relation professionnelle décevante! Pour répondre à votre question, il nous reste beaucoup de chemin à parcourir pour arriver à la complémentarité souhaitée au-delà de tout quiproquo ou toute jalousie professionnelle et souvent personnelle. Je dirais que, malgré tout, l’avenir est prometteur et on est toujours en phase d’apprentissage ! On le sera toujours d’ailleurs. Il s’agit de l’art et pas de business. L’argent est bon pour la santé artistique et son évolution mais pas les affaires et les affairistes !

Vous managez également des artistes étrangers. Quelle a été votre valeur ajoutée pour eux?

Sincèrement et en toute humilité il n’y a pas de potion magique derrière ces collaborations avec des artistes étrangers! Le secret c’est d’aimer ce que l’on fait et de travailler avec une conscience professionnelle, de combattre l’égo en comblant les insuffisances dans certains domaines de compétences par des expertises à la hauteur des ambitions…. le reste est à la portée de monsieur tout-le-monde en commençant par la stratégie d’évolution jusqu’à la communication sur le projet !

Auriez-vous d’autres peojets ?

Plusieurs cahiers des charges sont déjà établis et en cours de réalisation. D’autres collaborations sont également en cours de dénouement ! Pour l’heure, le contexte sanitaire actuel est assez favorable pour renouer avec force avec l’ensemble des acteurs et des partenaires du domaine. Bientôt, il y aura des nouvelles et des surprises avec Dj Jabato, Imane Karkibou, Black jaguar, Rafiî, Soufiane Nhass et le groupe de Rock Babel, ainsi que la star tunisienne Akram Mag.

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