Culture

Mohamed Ousfour : Le cinéma dans le sang

© D.R

Allure droite, visage resplendissant, Mohamed Ousfour fait partie de ces grands hommes dont la dignité a toujours été préservée. Ce pionnier du cinéma marocain a été l’une des grandes stars de la 4e édition du Festival international du film de Marrakech. Son film « Le fils maudit» a illuminé le cycle «Panorama du cinéma marocain ». Tout le public présent savourait cet instant où Mohammed Ousfour, descendait de sa Chrysler devant l’entrée de la Mamounia. Tel un seigneur, Mohamed Ousfour impressionnait par son port de tête, son allure altière et sa bonne humeur.
À 80 ans, Mohamed Ousfour est toujours en pleine forme et pétille de toutes les énergies revitalisantes. À chacune de ses apparitions, les visages s’illuminaient et les sourires rivalisaient d’intensité. C’est comme si tout le beau monde présent au Festival de Marrakech, cherchait à lui manifester sa reconnaissance pour avoir donné naissance au cinéma marocain. Son film, «Le fils maudit», d’une durée de 50 minutes, réalisé avec les moyens du bord et de l’époque, a marqué le démarrage du mouvement cinématographique marocain. Il a inspiré tous les cinéastes et les réalisateurs marocains de son temps. « Je suis content de voir des cinéastes jeunes me témoigner leur respect et leur amour pour ma personne et mon travail », déclare Mohamed Ousfour, en évoquant l’hommage qui lui a été rendu en marge de la 4e édition du FIFM. Mais ce que ce pionnier du cinéma marocain refuse catégoriquement, c’est cette attitude qui cherche à le parrainer et à insister sur tout ce que le cinéma marocain lui doit .
Si Ousfour a consenti plusieurs sacrifices, il refuse cette pitié que certains lui témoignent, presque à contre-courant : « Je travaillais avec des moyens dérisoires, mais je supportais, car le cinéma représentait tout pour moi. C’est ma véritable passion ».
Mohamed Ousfour parle avec plaisir à tous ceux qui l’abordent, mais rejette toute discussion qui le ramène vers ses débuts et ses premiers tournages : « On me demande tout le temps comment j’ai accédé à l’univers cinématographique, mais je suis fatigué de jouer au narrateur ». Mohamed Ousfour n’aime pas ressasser sa vie. Une vie marquée par une seule vraie passion : le cinéma. Ses films étaient réalisés en 35 mm et c’était évidemment l’époque du cinéma muet.
Inspiré de Charlie Chaplin, Mohamed Ousfour excellait dans la technique du muet. Le pionnier du cinéma marocain a longtemps existé dans le silence malgré son apport important au développement du 7e art au Maroc. « Je n’avais pas d’interlocuteurs au Centre cinématographique marocain » déclare, non sans tristesse, Mohamed Ousfour.
Les films de ce réalisateur n’étaient pas projetés dans les salles du Maroc. « C’est comme s’ils me censuraient et je ne sais pas à quoi cela est dû ». Mais, à l’issue du Festival de Marrakech, il a été convenu qu’à partir de 2005, tous les films de Mohamed Ousfour investiraient les salles. Une façon pour les jeunes cinéphiles de découvrir le talent du grand Mohamed Ousfour. Un nom qui restera gravé dans les mémoires et dans les annales de l’Histoire du cinéma marocain.

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