Mohamed Oussama : «La majorité des réalisateurs n’a pas la culture de la musique de films à l’écriture»

Mohamed Oussama : «La majorité des réalisateurs n’a pas la culture de la musique de films à l’écriture»

Entretien avec Mohamed Oussama, compositeur de musique de films et chef d’orchestre

Il est à l’origine de plusieurs musiques de films marocains. Et pourtant, il n’est pas assez cité. Nous avons essayé de le faire sortir de sa discrétion pour connaître les secrets de sa polyvalence. Dans cet entretien, Mohamed Oussama s’exprime également sur sa démarche pour convaincre les réalisateurs de l’importance de faire des films internationaux via la musique. L’artiste, qui révèle ses projets, raconte aussi son parcours en tant que chef d’orchestre professionnel.

ALM : Vous jouez plusieurs instruments à la fois en plus de vos compétences en tant qu’arrangeur et chef d’orchestre. Comment avez-vous fini dans la composition de musique de films ?

Mohamed Oussama : Déjà j’ai commencé la musique à l’âge de six ans dans le conservatoire de Marrakech. Au fil du temps, j’ai compris qu’en art, on se démarque très facilement. Pour moi, l’art n’a pas de piston. D’autant plus que ce sont les chefs d’orchestre qui choisissent leurs musiciens. D’ailleurs, j’en ai côtoyé des vrais. A l’âge de 16 ans, j’avais fini toute ma formation en musique. Après quoi, j’ai étudié l’économie. Par la suite, j’ai travaillé dans plusieurs hôtels en tant que musicien de jazz. Puis, j’ai intégré l’orchestre symphonique de la Gendarmerie royale en 1998. J’ai même enseigné le luth (oud) au conservatoire de la Gendarmerie royale puis comme pianiste classique avec l’Orchestre symphonique royal et aussi comme chef d’orchestre du Big Band. Dès lors, j’ai enchaîné l’enseignement d’autres instruments comme le piano et la guitare. C’est ainsi que j’ai ultérieurement commencé à concevoir des musiques de films. Ma première composition, dans ce sens, était pour le film «Kherboucha» de son réalisateur Hamid Zoughi. Depuis, mes œuvres s’enchaînent.

Et comment se fait-il que les réalisateurs ne vous citent pas au moment de la promotion de leurs films bien que votre nom figure sur les affiches?

C’est parce que la majorité des réalisateurs marocains n’a pas la culture de concevoir la musique de films au moment de l’écriture. En d’autres termes, une musique se conçoit avant le film. Elle a même une relation avec son histoire. Par exemple, le réalisateur Saïd Khallaf est un artiste dans l’âme. Au moment d’écrire son film qui a récolté plusieurs récompenses, il a pensé à moi. Aussi, le réalisateur Azlarabe Alaoui m’a écouté pour la musique de son film «Androman». D’ailleurs, nous nous sommes parlés en tant qu’artistes et non comme businessmen. A son tour, il a eu des récompenses même à l’étranger. C’est ce que je recommande aux réalisateurs. Je me dis toujours qu’il faut les convaincre que nous pouvons faire un film international. C’est ce que j’ai également fait avec Hassan Benjelloun, Rachid El Ouali et Mohamed Abderrahmane Tazi qui est très jeune d’esprit. D’autant plus qu’il n’y a pas de nationalité pour une production cinématographique. Aussi, la musique touche tout le public. En tout, il y a des réalisateurs qui sont vraiment artistes.

Quelle serait la différence entre votre musique de films et celle conçue par d’autres qui font le même métier que vous ?

A chacun son originalité. Tout le monde trouve sa manière et son public. Si l’on s’impose des règles, on sera copieurs. Je trouve qu’il ne faut pas avoir de comparaisons en art.

Qu’en est-il de vos compétences en tant que chef d’orchestre ? Pourquoi ne fait-on pas appel à vous au moment où on se plaint de l’inexistence de chefs d’orchestre ?

Plutôt avec le Big Band, je suis devenu chef d’orchestre. Mais j’en ai pris ma retraite anticipée. De plus, j’ai travaillé avec l’orchestre royal en tant que chef d’orchestre pour les fins du film «Al Massira» (La Marche verte) de Youssef Britel. C’est le fait d’être chef d’orchestre qui m’a facilité la tâche de concevoir des musiques de films puisque ce métier permet de connaître la valeur de chaque instrument. Pour l’heure, j’ai une société de postproduction dont je dois m’occuper. Et à vrai dire, cela ne m’intéresse pas d’être connu. J’aime plutôt voir le résultat de mon travail.

Auriez-vous des projets ?

Nous nous préparons en postproduction du premier film d’un nouveau réalisateur. Outre la musique de cette œuvre, nous travaillons également sur le bruitage. Je vais même lui faire l’étalonnage. Par l’occasion, j’adore tout ce qui est multimédia pour faire des projets complets avec un bon montage artistique. J’ai aussi un programme de travail avec Mohamed Abderrahmane Tazi pour son film dédié à feue Fatima Mernissi. Et récemment, j’ai été contacté par Asmae El Moudir pour la musique de son nouveau documentaire.

La musique des films conçue par l’artiste

Mohamed Oussama compte à son actif une filmographie grandiose. Ainsi, il a conçu la musique des films «Casa ma belle» de sa réalisatrice Leila Msefer, «The way to paradise» (Le chemin du paradis) de son réalisateur Wahid Sanouji, «Pour la cause» de Hassan Benjelloun, «Attaehoun» (Lost, Les Egarés) et «Masafat Mail» (A mile in my shoes) de Saïd Khallaf, «Al Bayra» (La vieille jeune fille), «Hniya, M’Barek et Messaoud» et «Eddar Lmechrouka» (La maison partagée) de Mohamed Abderrahmane Tazi, «Dakkat Lkadar» (Les coups du destin) de Mohamed Lyounsi, «Toren» de Nawzad Shekhany, «L’orage africain» de Sylvestre Amoussou, «Nouhe la yaârifou lâawm» (Nouhe ne sait pas nager), «Al Massira» (La Marche Verte), «Chaïbia, la paysanne des arts», «Mohammed VI, la dynamique du Maroc avec ses Hommes et pour ses Hommes» et «Lkhawa» (Les frères) de Youssef Britel, «L’esclave du mâl (e)» de Mouhcine Nadifi, «Androman», «Mashouk Achaytan» et «Bayt min zoujaj» (Maison de verre) de Azlarabe Alaoui, , «Cleopatra ya lalla» (Le défi de Cléopâtre) de Hicham Hajji, «Boulanoir» et «Kherboucha» de Hamid Zoughi, «Finek Alyam» (Destins croisés), «De l’eau et du sang» de Abdelilah Eljaouhary, «Mémoire d’argile» de Majid R’Chiche, et «Meu Passado Me Condena» de Júlia Rezende.

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