Culture

Musique : Les Concerts à emporter, l’anti-MTV sur Internet

Arcade Fire dans un ascenseur, The Divine Comedy sous un saule en bord de Seine, Andrew Bird à Montmartre… Animé par des passionnés de musique, le site Internet La Blogothèque a créé les «Concerts à emporter», lors desquels il filme des groupes dans des lieux urbains insolites. Ces vidéos sont consultables gratuitement sur www.blogotheque.net. Soixante-dix-sept numéros sont déjà en ligne (un nouveau chaque semaine, avec deux chansons par artiste), des Américains de The Spinto Band le 26 avril 2006 à la fanfare balkanique Taraf de Haïdouks le 18 décembre dernier. «Cela fait 20 ans que la télé montre la musique de la même manière, soit des clips à la MTV, soit des sessions à la Taratata. L’idée, c’était de dire qu’aujourd’hui, sur internet et avec un tout petit peu de moyens, on peut faire quelque chose de différent», explique à l’AFP Chryde, alias Christophe Abric, blogueur et journaliste trentenaire qui a créé La Blogothèque en septembre 2003. L’idée des Concerts à emporter lui est venue en mars 2005, après avoir vu les Montréalais d’Arcade Fire conclure dans la rue le concert qu’ils venaient de donner au nouveau Casino à Paris. L’autre père du projet se fait appeler Vincent Moon. C’est lui qui réalise ces clips pas comme les autres avec une petite caméra. Les vidéos sont tournées en plan séquence dans les rues de Paris ou des lieux insolites, souvent en mouvement et avec une large part d’improvisation. Le but? Bousculer les musiciens dans leurs habitudes et laisser les incidents du réel (passants, bruits…) interagir avec leur prestation. Ce postulat artisanal, la pertinence du choix des artistes et la qualité de la réalisation (la caméra virevolte autour des groupes ou est collée à eux dans des endroits exigus) donnent lieu à de magnifiques moments de musique, très spontanés et en prise directe avec le réel. On y voit par exemple les Néerlandais d’Alamo Race Track bricoler une interprétation extraordinaire dans une chambre d’hôtel miteuse, les Québécois de Malajube chanter dans le métro sans que les Parisiens, blasés, daignent lever les yeux sur eux ou les Anglais de The Kooks être à l’inverse assaillis par une horde de lycéennes hurlantes. «L’important c’est de rester en structure légère: l’esprit des Concerts à emporter sera perdu le jour où il y aura un mec avec une grosse caméra à l’épaule, deux ingénieurs du son et un camion régie», souligne Chryde. a la programmation, pointue, est axée sur la pop et le rock anglo-saxons, même si Cali ou Keren Ann ont été invités.
Les Concerts à emporter («Take away shows» dans leur version en anglais) jouissent d’une grosse réputation sur le net et ont notamment inspiré les Black Cab Sessions britanniques, filmées dans un taxi.
«On est très reconnus aux Etats-Unis dans le milieu musical», affirme Chryde, qui revendique 4 millions de vidéos consultées et 350.000 podcasts.Les Concerts à emporter cherchent maintenant un modèle économique, sans remettre en cause la gratuité des vidéos. Celle-ci ne pose pas de problème aux maisons de disques car cela relève des activités promotionnelles des groupes.

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