Batoul El Merouani : «La chanson hassanie n’est pas assez soutenue par les médias régionaux»

Batoul El Merouani : «La chanson hassanie n’est pas assez soutenue par les médias régionaux»

Entretien avec Batoul El Merouani, chanteuse marocaine

La chanteuse marocaine Batoul  El Merouani vient de lancer un nouveau single «Mchaw Yam» (Des temps sont révolus). Elle parle de cette œuvre dont l’idée est soufflée par les circonstances du confinement. L’artiste s’exprime également à propos de son regard sur la chanson hassanie ainsi que sur le buzz qu’elle qualifie de nouvelle industrie.

ALM : Il semble que «Mchaw Yam» est une allusion à l’épisode du coronavirus. Quelles seraient les valeurs que vous y exaltez ?

Batoul El Merouani : A mon sens, «Mchaw Yam» est une allusion au confinement qui nous a incités à rester plus en contact avec nous-mêmes qu’autrui. En cette période, je suis remontée à mes temps révolus et j’ai évoqué ma passion pour l’art et ma nostalgie pour la famille. C’est ainsi que j’ai conçu, en temps de solitude, les paroles de mon nouveau single qui émanent de mon tréfonds. C’est pour la première fois que je chante des paroles du genre. C’est l’effet du confinement qui était d’un apport positif par rapport à mon âge, ma foi et créativité. Lors de cet isolement, j’ai souffert tout comme d’autres artistes. C’était décevant. En fait, c’est l’art qui offre un soutien moral et financier. Pour rappel, c’est mon frère, Hicham, qui a fait la composition de cette nouvelle œuvre qui m’a donné un nouveau souffle. Je suis, en fait, issue d’une famille d’artistes.

Hormis ce récent tube, vous êtes éminemment célèbre. Cependant, il vous arrive de vous éclipser, pourquoi ?

Pour moi, ce n’est peut-être pas une absence. Déjà, j’ai une histoire artistique de 40 ans donc je pèse dans la scène. Aussi, je me rends constamment à Rabat pour les besoins de mes projets. Avant le confinement, j’étais en Belgique et aux Emirats. C’est le fait que je n’existe pas sur les réseaux sociaux qui donne l’impression que je m’éclipse. D’autant plus que mes œuvres orientées plus vers les louanges du prophète font que mon style soit traditionnel. Pour ma part, je ne cherche pas à faire le buzz qui est une nouvelle industrie. Il ne suffit pas de changer de look pour faire le buzz. Quand j’ai une nouvelle œuvre, je la présente et la laisse s’imposer par elle-même. C’est tout !

Vous êtes également connue pour la maîtrise de l’art hassani. Qu’en est-il de la renommée notamment internationale de ces rythmes ?

Il y en a ceux qui veulent les faire évoluer comme cela a été le cas pour les chansons populaire, amazighe et rifaine qui ont connu un changement. Pour la chanson hassanie, je ne suis pas contre la variation musicale. Par contre, c’est un art qui se veut de préserver son patrimoine. Il est vrai qu’une nouvelle touche peut être introduite à la composition mais sans trop exagérer. Par exemple, je me rappelle avoir reçu des critiques quand j’ai introduit en 1990 une boîte à rythme dans un single. J’étais d’ailleurs la première artiste du Sahara et de Mauritanie à le faire. Depuis les années 70, je fais le suivi de la chanson hassanie, c’est toujours honteux chez nous au Sahara d’y introduire de grands changements. Par l’occasion, c’est une chanson qui n’est pas assez soutenue par les médias régionaux à Laâyoune. C’est une déception pour tout artiste sahraoui qui a servi cet art et qui se considère marocain fidèle à sa patrie et son Souverain. Pour répondre à votre question sur la renommée mondiale, quand je me suis rendue aux Emirats, j’y ai animé à la maison du Maroc un concert qui a été très apprécié par le public de ce pays. Cela m’a valu une offre de la musique d’une œuvre marquée par la participation de l’artiste Hala Chiha. Les Emiratis ont trouvé que le hassani a des airs proches de leur patrimoine. Aussi, j’ai eu l’occasion de faire un show lors du salon de l’agriculture en Allemagne. C’est ainsi que je contribue, de mon côté, à la célébrité du hassani de par le monde.

Auriez-vous des projets ?

Outre «Mchaw Yam», j’ai trois autres singles que je lancerai. J’ai aussi d’autres projets. J’attends juste le soutien du ministère de la culture, de la jeunesse et des sports. Par contre, j’ai d’autres projets en Belgique et aux Emirats mais qui sont à l’arrêt. Cependant, je n’ai aucune idée sur la reprise vu la situation actuelle. En tous cas, je tournerai la musique de l’œuvre émiratie dont j’ai parlé.

Un dernier mot…

Je tiens à ressusciter l’idée de la médiatisation des œuvres artistiques dans les chaînes du Sud. Dans nos provinces, il existe des artistes qui ont vraiment besoin de promotion.

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