Marouane Hajji : «Je ne fais pas l’art pour gagner de l’argent»

Marouane Hajji : «Je ne fais pas l’art pour gagner de l’argent»

Entretien avec Marouane Hajji, chanteur marocain

Marouane Hajji a interprété les poèmes d’Abu Hassan Al Shushtari à l’ouverture du 12ème Festival de Fès de la culture soufie qui se tient jusqu’au 26 octobre. Rencontré directement après son concert, l’artiste se livre au jeu des questions-réponses sans ambages. Il s’exprime également sur ses participations à ce festival et d’autres ainsi que sa renommée nationale et internationale.

ALM : Vous prenez souvent part au Festival de Fès de la culture soufie ainsi qu’à celui des musiques sacrées du monde. Quelle est la différence entre vos participations à ces deux événements ?

Marouane Hajji : La différence c’est qu’à cette édition du Festival de Fès de la culture soufie, j’ai chanté aux côtés d’autres artistes les poèmes d’Abu Hassan Al Shushtari, un grand poète andalou qui exalte l’amour divin. Quant à ma participation au festival des musiques sacrées, elle était dédiée à la ville de Fès. Les poèmes que j’y ai interprétés sont dédiés à cette ville que ce festival a célébrée en tant qu’héritage humain et universel ainsi qu’une histoire. Fès est la source de styles de musique connus et littéraires, voire scientifiques. C’est aussi la capitale scientifique et capitale de la culture islamique. En général, le Festival de la culture soufie est spécialisé. Il draine des troupes soufies à travers des styles traditionnels, notamment les confréries. C’est le cas des modes soufis comme la confrérie Wazzanyia, Sqalliya, Harraqia, etc. Cependant, le Festival des musiques sacrées englobe différents styles et attire des artistes internationaux qui font dans plusieurs genres comme le jazz.

Au début de votre carrière, votre renommée était l’apanage de la ville de Fès. Comment l’avez-vous étendue à l’échelle nationale, voire internationale ?

C’est par ma sincérité. Pour ma part, je ne fais pas l’art pour gagner de l’argent. Je transmets plutôt un message artistique noble. C’est ce qui a fait que certains publics se demandent pourquoi je ne fais pas de singles de jeunes. Par contre, je tiens au patrimoine marocain. Cela a également fait que certains publics me  découvrent en tant que jeune à travers le style musical que j’interprète. C’est ainsi que j’ai pu acquérir cette renommée. De plus, les publics qui apprécient ce style musical y ont baigné, ils sont curieux de découvrir ma créativité. En fait, je n’interprète pas la musique du patrimoine avec un style traditionnel mais d’une façon jeune et nouvelle en essayant d’y mixer des rythmes mondiaux. Cela a fait que le public a envie de découvrir ce que je fais par rapport à cette musique. C’est ainsi d’ailleurs ce que j’ai pu gagner même en renommée internationale.

Alors qu’est-ce qui permet à un artiste qui fait dans le chant soufi de se forger une réputation internationale ? 

C’est à travers mes œuvres. Dans la plupart des concerts que j’anime de par le monde, ce sont des publics étrangers qui viennent découvrir la culture marocaine riche de par sa musique, littérature, sa science, son histoire. Quand le public apprend qu’un artiste provient du Maroc, notamment de Fès, il assiste aux concerts pour connaître ce style musical. Par l’occasion, j’ai fait des tournées en Inde, en Amérique, au Canada, à Londres où j’ai présenté le patrimoine marocain andalou et soufi.

Pourriez-vous nous parler de votre manière de mixer le chant religieux aux rythmes mondiaux ?

En fait, le chant soufi et spirituel n’est pas forcément religieux. Il est vrai qu’il a des bases religieuses mais il a une orientation spirituelle et esthétique. C’est cela le soufisme puisqu’il allie la seigneurie  à l’esthétique. C’est cette esthétique que je prends de ce soufisme en le glissant dans une peau musicale et artistique que le public essaie de savourer. Par exemple, le mixage de civilisations, religions et cultures que nous avons fait en ouverture du festival donne l’idée que la musique n’a pas de patrie, de religion et de race déterminées. C’est ainsi que ces barrières sont brisées pour mener une expérience spirituelle noble à dimension spirituelle.

Est-ce que le chant soufi fait vivre au Maroc ?

Là, cela devient commercial. En fait cela dépend de l’habileté de l’artiste en marketing. Au-delà de l’art traditionnel et soufi, plusieurs artistes font des singles de jeunesse, par contre certains ont une renommée par rapport à d’autres de par la créativité et la manière de transmettre le style musical au public. Par contre, au Maroc il y a un public qui a un goût noble et s’intéresse à cet art qui n’est pas élitiste mais qui vit parmi nous dans différents domaines et temps.

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