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Napoléon, morne peine

Une des beautés indéniables du long métrage est de montrer l’ascension de cet officier par son seul mérite. Avec sa victoire contre les Anglais dans la rade de Toulon, le capitaine devient directement général puis consul et finalement empereur.

Ouvert sur le guillotinage de la reine Marie-Antoinette et clos sur les derniers instants à Sainte Hélène, le film de Ridley Scott s’essaie à l’exercice difficile de dépeindre la vie de l’empereur français Napoléon. Ce biopic ne dit rien de l’enfance ou de l’adolescence corse de l’empereur. Le réalisateur fait le choix de commencer l’histoire avec un Napoléon capitaine, qui fait ses armes et s’accomplit dans le rouge stendhalien. Une des beautés indéniables du long métrage est de montrer l’ascension de cet officier par son seul mérite. Avec sa victoire contre les Anglais dans la rade de Toulon, le capitaine devient directement général puis consul et finalement empereur. Le parcours est plutôt bien montré malgré des ellipses nécessaires et déroutantes pour les passionnés d’Histoire.

Phoenix n’incarne rien
Seul bémol, de taille : Joaquim Phoenix. Sa gueule ne sauve pas une interprétation insipide, voire vulgaire. Sans tomber dans l’hagiographie, n’importe quel lecteur d’une biographie rigoureuse sait que l’empereur français pouvait être cassant et blessant, sans pour autant être dénué de charme, de rondeur, d’humour et d’intelligence. Phoenix le rend plus froid qu’une pierre tombale et l’enferme dans des grognements animaliers, de mauvais goût. Albert Dieudonné, dans le Napoléon d’Abel Gance de 1927, avait bien plus de finesse et de charisme. D’ailleurs, Netflix a su l’identifier et préfère participer à la restauration de ce vieux film réussi que d’investir comme Apple dans cette reprise. Pierre Mondy avait reçu le prix du meilleur Napoléon pour son interprétation dans un autre film de Gance de 1960 : Austerlitz. Une récompense qui échappera à Phoenix vu son manque de grâce.

Kirby sauve les seconds rôles
Les scènes intimes avec Joséphine étaient-elles primordiales? Vanessa Kirby, qui interprète l’impératrice, apporte une once de charme et de noblesse à ce triste spectacle. Le réalisateur le confirme : «Kirby a incarné le rôle avec sensualité et une belle assurance.» Son expérience dans The Crown la porte et lui permet de montrer la solitude du second. Malheureusement, elle traîne Phoenix comme un boulet sous ses jupons et le film aurait beaucoup gagné à se focaliser sur elle, en intitulant le film Joséphine.

Une bataille hollywoodienne
Rendons tout de même à Scott ce qui lui revient : les scènes de bataille sont réussies, spectaculaires et cruelles, comme il se doit. Phoenix est filmé de loin, ce qui permet de sauver cette partie de la pellicule. A ce titre, la bataille d’Austerlitz pourra rentrer dans les annales, pour sa prouesse technique et sa lumière remarquable, quand les corps chutent et se mêlent, impitoyablement, aux eaux glacées. Des chevaux mécaniques, un réservoir gargantuesque et les huit caméras donnent de l’éclat à cette grande bataille. L’historien Thierry Lentz précise tout de même que cette scène est toute hollywoodienne et ne correspond absolument pas à la vraie bataille où seules deux douzaines de cavaliers ont péri noyées. Ce spécialiste note de nombreuses erreurs historiques dont la mort de l’empereur sur un banc. Jean Tulard, professeur d’histoire à La Sorbonne, conclut : « On se demande si le conseiller historique ne cuvait pas son whisky dans un coin…». Mais après tout, c’est bien une adaptation de la vie de l’empereur et ces scories ne sont qu’anecdotiques, finalement.
Scott passe à côté de Napoléon et présente un film trop long où les effets spéciaux n’arrivent pas à dissimuler la médiocrité du scénario et son acteur principal. Il faudrait séparer Napoléon de Bonaparte et prendre le temps de décrire son génie militaire et sa vision politique de la France.

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