Ceci vient de se passer tout récemment en Australie. Les gérants des bars et des pubs de l’Etat du Victoria (Sud) vont être obligés de baisser le son de la musique pour que les clients puissent se parler sans devoir crier. Le tribunal administratif du Victoria a ordonné que la musique d’ambiance dans les bars devait être suffisamment faible pour que les consommateurs assis à 60 centimètres l’un de l’autre puissent avoir une conversation normale.
Nos établissements à nous auraient bien du mal à se faire à cette loi, eux qui ne sont contents que lorsque tout le quartier est sauvagement arrosé de musique jusqu’à des heures indues, au grand dam des riverains. Ne parlons pas de l’ambiance acoustique de certains de nos bars, où même lorsqu’un consommateur hurle dans le creux de l’oreille de son voisin, celui-ci, quand il ne comprend pas de travers, n’entend que dalle. L’ère des valeureux juke-box est loin derrière nous. Ces petits engins très sympathiques et esthétiques faisaient naturellement partie du décor de tout établissement qui se respectait.
Aujourd’hui, en lieu et place, on a soit du matériel ultra-perfectionné, dernier cri de la hi-fi, soit des machines à cracher du bruit éraillé, qui vous déchirent les oreilles. Les deux ayant en commun la capacité de vous mettre mal à l’aise. Une musique, souvent des titres de mauvais goût, qui fait tout sauf adoucir les mœurs. Et il n’est pas rare de voir, dans les endroits «branchés», certains énergumènes dodeliner de la tête ou même se déhancher sur place, sur des airs qu’ils font semblant de connaître et d’apprécier. Histoire de passer pour des gens «in». Au moins vis-à-vis de la compagne d’un soir. Le problème n’est pas là, mais il faut quand même reconnaître qu’il y a des hiatus difficiles à digérer. Surtout en ce qui concerne les vieux beaux. Mais, là, c’est une tout autre histoire. Dans les endroits dits populaires, les sons des disques de chikhates et autres groupes en mal de célébrité, vous déchirent les tympans et les clients recourent au langage des sourds-muets pour dialoguer avec le garçon ou avec le barman.
La difficulté résidant au niveau de la première commande. Le reste coule de source. Un pouce pointé vers le bas ou bien un index tournoyant sur lui-même valent mieux que les meilleurs discours. Il faut tout de même reconnaître, d’un autre côté, qu’à chaque chose malheur est bon. Car, quelques fois, quand la musique n’est pas là, qu’est-ce qu’on peut entendre comme âneries ! Entre deux tournées, ça passe de la tomate qui est devenue trop chère, à la nécessité de changer le gouvernement. Le tout schinté du bruit de mastication d’une poignée de pop-corn. Un collègue qui me voyait commettre ce papier et qui le lisait par dessus mon épaule, m’a demandé de quoi je me mêlais et que si je n’étais pas content, je n’avais qu’à rester chez moi. J’ai trouvé que c’était une excellente idée et je m’en suis voulu de pas y avoir pensé par moi-même.










