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Rachid Boufous : «Le Maroc est un musée à ciel ouvert»

Rachid Boufous : «Le Maroc est un musée à ciel ouvert»

Entretien avec Rachid Boufous, auteur du roman «Chroniques du Détroit»

Les faits se déroulent à la première moitié du 20ème Siècle à Tanger. Une période de l’histoire que Rachid Boufous, architecteurbaniste, a choisi de raconter dans son premier roman «Chroniques du Détroit», à travers des personnages énigmatiques et attachants. Des histoires dans l’histoire qui nous font voyager dans le temps vers ce que fut la ville du détroit d’antan et le brassage culturel qui a accompagné son évolution. Ce roman est un véritable hommage à Tanger, aux médinas du Maroc et à son patrimoine historique. Entretien.

ALM : L’intrigue de votre roman se déroule à Tanger. Mais plus encore, on dirait presque que la ville du détroit est un personnage à part entière dans votre récit. Vous dites d’ailleurs que cette ville est le miroir de l’humanité. Qu’entendez-vous par là ?

Rachid Boufous : La ville de Tanger a connu de multiples histoires, évènements, péripéties, aventures, qu’effectivement on peut la cataloguer comme un «personnage» à part entière, pas uniquement dans mon roman mais aussi dans l’histoire du monde. Cette ville qui a connu tant de passages et de brassages d’hommes et de femmes venus de différents continents nous éclaire sur finalement sur ce que nous sommes en tant qu’êtres humains avec nos fragilités, nos doutes, nos espérances, c’est en cela que Tanger est le miroir de notre humanité, sans cesse questionnée…

A la lecture, on s’aperçoit que les divers personnages du roman sont presque des rescapés de la vie qui ont été sauvés en quelque sorte par Tanger. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Tanger a longtemps été une terre d’asile et de transit, plus particulièrement durant sa période internationale qui dura de 1924 à 1956. Tous les gens qui fuyaient quelque chose venaient trouver refuge à Tanger. On ne le leur posait pas de questions, car on savait que s’ils étaient à Tanger c’était pour oublier une autre vie moins heureuse. Et c’est cette quête d’un autre ailleurs plus clément qui constitue la trame centrale de mon roman avec le récit de ces hommes et femmes qui ont trouvé à Tanger le havre de paix tant recherché. Cela continue d’ailleurs de nos jours, et Tanger continue d’accueillir des gens de diverses nationalités qui s’y installent le plus naturellement du monde.

Quels sont les livres ou les auteurs qui vous ont inspiré pour écrire ce livre ?

Au début je voulais écrire un romanfeuilleton comme le faisaient les écrivains du 19e siècle dans les journaux, d’ailleurs «Chroniques du Détroit» a été publié ainsi sur les réseaux sociaux en épisodes quotidiens. Le rythme du roman s’inspire de mes lectures assidues de Stefan Zweig qui, dans ses nouvelles, imposait une cadence soutenue dans le récit. Je me suis aussi inspiré d’autres écrivains comme Albert Cohen, Louis- Ferdinand Céline, Ahmed Choukri ou Mohamed Khair-Eddine. Je lis aussi beaucoup les livres d’histoire et beaucoup d’historiens et de témoins de l’histoire du Maroc m’ont inspiré pour construire la trame générale et historique du roman comme Abderrahmane Ben Zidane, Naciri, Reinhardt Dozy, Gabriel Veyre, Walter Harris, le docteur Linarès, Fréderic Weisgerber et beaucoup d’autres…

Cela n’échappera pas au lecteur… votre roman est aussi un hommage au Maroc d’antan, à son histoire, à l’hospitalité, et au vivre-ensemble. Cette nostalgie déclarée et assumée est-elle un appel pour mieux valoriser notre patrimoine et notre culture ?

Je dis souvent que le Maroc est un musée à ciel ouvert. Tout y est civilisation et patrimoine : architecture, gastronomie, arts, habits, parlers. C’est un pays unique qui a pu préserver son identité depuis des siècles, qui s’est choisi un seul et même système de gouvernance, la monarchie, depuis sa création il y a plus de 2.500 ans, tant les peuples qui y habitent sont différents et ne peuvent s’entendre, vivre ensemble et prospérer, que sous ce système monarchique. Il est donc impératif de sauvegarder ce patrimoine, de l’enseigner et de le transmettre aux générations futures. Vous savez, le Maroc possède les dernières médinas habitées au monde. Ailleurs, à Séville, à Grenade à Cordoue…, elles sont devenues des quartiers huppés et élitistes, alors qu’au Maroc elles sont encore vivantes et vivaces et le même dinandier, bijoutier, cordonnier ou artisan qui vivait et travaillait en médina il y a mille ans, est toujours là dans les médinas de Marrakech, Fès, Rabat, Meknès, Tanger. C’est unique de par le monde, et c’est cette richesse humaine que nous devons absolument préserver, car c’est ce patrimoine qui fait que nous sommes tous très attachés à cette terre sainte du Maroc.

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