Surprenant orchestre de la gendarmerie

Surprenant orchestre de la gendarmerie

Les spectateurs sont venus pour apprécier le jeu des solistes étrangers, et ils ont été conquis par celui des instrumentistes marocains. Certes, les solistes venus de Paris n’ont pas déçu. Ils se sont honorablement acquittés de l’interprétation du triple concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre (opus 56) de Ludwig Van Beethoven. Le violoniste Paul Rouger, la violoncelliste Emilia Baranowska et la pianiste Mireille Faye-Mora ont permis la découverte de ce concerto dans de bonnes conditions. Mais outre le fait que ce concerto n’arrive pas la hauteur des autres compositions de Beethoven, il repose sur le jeu de trois concertistes et ne permet pas à l’orchestre de s’exprimer. Dans les meilleurs concertos de Beethoven, le rapport du soliste à l’orchestre est basé sur la lutte. Ici, il est fondé sur le dialogue harmonieux entre trois instruments, relayés par une orchestration docile et subordonnée. Ce concerto, très peu joué, est le parfait contemporain de la troisième symphonie, dite “L’héroïque“. Ce qui pourrait croire qu’un peu de la fougue de la symphonie, existe également dans le concerto. En fait, il n’en est rien. Beethoven semble s’être reposé dans ce concerto, en composant une oeuvre sereine et à l’harmonie convenue. Après l’entr’acte, l’Orchestre symphonique de la Gendarmerie royale s’est attaqué à “Schéhérazade“ de Nicolaï Rimski-Korsakov. Il n’y avait pas de soliste étranger au corps de l’orchestre. Et pourtant quel jeu! Rien à dire : dès la fameuse phrase, magistralement interprétée par le violoniste Lazlo Fodor, les spectateurs ont compris qu’ils ne sont pas là pour faire preuve d’indulgence, mais pour écouter de la musique. Les musiciens ont tous été parfaits, avec une mention très spéciale aux instrumentistes à vent. La suite symphonique de Rimski-Korsakov fait un feu d’artifice à la flûte, clarinette, trombone et autres. Les musiciens de l’Orchestre de la Gendarmerie qui jouent sur ces instruments ont fait rêver les spectateurs. Interprètent-ils “La mer et le vaisseau de Sindbad“ que des vents sifflent dans la tête des personnes présentes. S’attaquent-ils au récit du Prince Calendar qu’il susurre des merveilles à leur oreille. Fêtent-ils Bagdad que les sons les plus somptueux invitent à la féerie des Mille et une nuits. Il ne s’agit pas de dire que la “Schéhérazade“ de Rimski-Korsakov, oeuvre très jouée au reste, est plus agréable à l’oreille que celle de Beethoven. C’est son interprétation par un orchestre marocain qui a surpris. Le chef d’orchestre Oleg Rechetkine mérite à cet égard les félicitations. Le Théâtre Mohammed V, qui a produit le spectacle, aussi. Le public ne s’est malheureusement pas déplacé en grand nombre à ce concert. Les mélomanes, qui doutent encore des prestations des musiciens nationaux, ont raté un grand concert.

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