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Une exposition d’Ilias Selfati à la Villa des arts de Rabat

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Art
L’artiste cite Henri Matisse non comme une référence stabilisée ni un modèle, mais comme un point de condensation : une origine instable, ouverte à la reconfiguration.

L’artiste Ilias Selfati expose, du 11 août au 30 septembre, à la Villa des arts de Rabat. Baptisée «Papers Blooming in a forest», cette exposition s’inscrit dans un espace suspendu où l’histoire de la peinture ne se cite pas mais se rejoue, par déplacements successifs. L’artiste ne cite pas Henri Matisse en tant que référence stabilisée ni comme un modèle, mais comme un point de condensation: une origine instable, ouverte à la reconfiguration.

Cette exposition ne propose ni une lecture historiciste ni une généalogie. Elle ouvre un champ de relations où la peinture se pense à partir de ses propres écarts. Entre Henri Matisse et Ilias Selfati, il n’y a ni filiation ni rupture, mais une zone de contact fragile, où deux pratiques, séparées par le temps, interrogent chacune à leur manière sur ce que peut encore signifier peindre. Ici, la peinture se maintient comme une expérience critique: non pas affirmation d’un langage, mais mise à l’épreuve de ses propres limites.

Le séjour de Matisse à Tanger en 1912 constitue moins ici un événement historique qu’un moment critique dans la constitution du regard moderne. Ce moment est réinvesti par l’artiste comme une surface de projection, un lieu où la peinture peut à nouveau se confronter à ses propres conditions d’apparition. Selfati ne regarde pas Matisse ; il se situe dans un intervalle où leurs pratiques peuvent, ponctuellement, entrer en résonance sans jamais se superposer.

Dans cette approche, la fenêtre est déplacée vers une fonction opératoire. Elle n’est plus ouverture sur le monde, mais condition de possibilité du regard lui-même. Héritée des constructions perspectivistes de la renaissance, elle est ici désactivée en tant qu’outil de maîtrise de l’espace pour devenir un lieu d’indécision : un seuil où les catégories d’intérieur et d’extérieur cessent d’être pertinentes. Les œuvres de Selfati procèdent par densification. La surface picturale ne s’organise pas autour d’un motif central, mais comme un champ d’intensités où formes et figures émergent sans se fixer. Ainsi, certaines présences traversent l’ensemble de l’œuvre sans jamais se laisser identifier pleinement. Elles relèvent une volonté d’apparition insaisissable, située entre mémoire et projection, entre réminiscence et invention. Ce qui importe n’est pas leur reconnaissance, mais leur persistance : une manière de maintenir ouverte sa capacité de mutation.
Dans les dessins de Selfati, souvent plus immédiats, l’instabilité apparaît à l’état brut : le trait y agit comme une ligne de tension, une tentative de saisie toujours en train de se dérober.

La peinture, quant à elle, absorbe ces lignes, les épaissit, les recouvre ou les laisse affleurer, construisant des strates où le visible se constitue par accumulation et effacement. Quant à ses pièces tridimensionnelles, elles prolongent ce mouvement sans jamais le figer. Elles ne viennent pas illustrer la peinture, mais en déplacer le propos dans l’espace : ce qui, sur la toile, relevait d’une apparition incertaine devient volume ambigu, présence à la fois affirmée et insaisissable. On y retrouve des formes évoquant le vivant -notamment animales ou végétales- sans qu’elles ne se laissent assigner à une identité précise. Ces figures, récurrentes dans son travail, circulent d’un médium à l’autre, comme si elles appartenaient à un réservoir d’images en transformation continue. Le travail de Selfati devient ici un lieu de formation, voire de transformation. Elle ne montre pas un monde : elle en constitue la possibilité.