Youssef Amine : «Les responsables de l’art doivent dénicher les artistes authentiques»

Youssef Amine : «Les responsables de l’art doivent dénicher les artistes authentiques»

Entretien avec Youssef Amine, chanteur marocain

Sa belle voix rappelle celle des artistes de la belle époque. Cependant, il n’est pas assez connu et ne s’affiche pas énormément bien qu’il ait plusieurs cordes… vocales à son arc. Nous avons échangé avec lui pour le faire sortir de sa réserve et avoir une idée de visu sur son parcours. Le chanteur Youssef Amine a toute une histoire artistique qui mérite réellement d’être révélée et connue.

ALM : Rarissimes sont les artistes qui font dans le style classique. Pourriez-vous nous expliquer les raisons de votre choix ?

Youssef Amine : C’est parce que j’ai grandi dans un entourage imprégné de cette musique. A commencer par mon père qui était musicien. D’autant plus que je suis né à Fès où il y a une éducation en musiques andalouse, du Malhoun, classique, orientale et marocaine. Pour ma part, j’ai des penchants pour la chanson marocaine classique.

Qu’en est-il de votre belle voix ? Est-ce un simple don divin ?

En fait, c’est au fil du temps que la voix se raffine. D’autant plus que j’ai non seulement intégré le conservatoire de Fès mais aussi celui de Tanger. Et j’ai même fréquenté des artistes vétérans.
Veuillez bien nous donner des exemples de ces artistes…

J’ai beaucoup chanté des œuvres de Larbi Kawakibi, Moulay Ahmed El Alaoui, Mohamed Belkhayat et Haj Younes. Avec ce dernier, j’ai interprété des titres à caractère national. Dans le style sentimental, j’ai interprété deux tubes de Moulay Ahmed El Alaoui, deux autres avec Ahmed Gherbaoui, trois autres avec Mohamed Belkhayat et deux autres avec le compositeur Saïd El Mekoudi. En tout, j’ai une vingtaine de morceaux y compris des singles à caractère national du temps de Feu Hassan II. Je me suis même produit avec l’Orchestre royal, notamment avec le maestro feu Abdesslam Khachan qui avait une réputation mondiale.

Et qu’en est-il de votre renommée?

A vrai dire, j’avais une certaine paresse. Quand je me suis installé à Casablanca vers la fin des années 80, j’ai traité avec la radio et la télévision nationales. Cependant, le cachet n’était pas à la hauteur de mes attentes. Alors, je me suis mis à me produire en soirées organisées dans des hôtels. Cela me permettait de bien gagner ma vie. Cependant, je me retrouvais fatigué en matinées. Donc, lorsque des compositeurs me contactaient pour des offres, je les déclinais. Chose que j’ai regrettée par la suite. Par contre, j’ai toujours des contacts avec la télévision.

Mais qui vous connaît alors ?

Déjà, des artistes du monde arabe me connaissent comme feu Wadiâ Essafi, Hani Chaker et Georges Wassouf. Avec ce dernier, j’ai eu l’occasion de me produire à Casablanca. Au Maroc, je suis connu chez mes pairs comme Abdelhadi Belkhayat qui allait me composer une œuvre si ce n’était une chirurgie qui l’en a empêché. Aussi, l’artiste Fouad Zbadi était mon compagnon dans l’Hexagone et le Royaume. Nous avons les mêmes penchants musicaux.

Et si l’un des jeunes compositeurs de la nouvelle scène vous faisait une offre ?

Il faut qu’elle soit à la hauteur, sinon pas la peine. Pour ma part, je peux composer si les paroles sont bonnes puisque je joue déjà au luth. Mais, pour bien répondre à votre question, je préfère être un bon chanteur au lieu d’être un compositeur débutant. Par l’occasion, je tiens à rappeler que j’ai chanté en France le temps de grands concerts comme je l’ai fait dans la capitale du Maroc en présence d’une princesse notamment.

Auriez-vous des albums ?

J’ai plutôt des singles qui sont disponibles dans la radio nationale. Ma dernière œuvre s’intitule «Assir El Hob» (Le prisonnier de l’amour), elle est composée par Aziz Housni. Je l’ai interprétée sur la chaîne 2M.

Un dernier mot…

J’aimerais bien adresser un message aux responsables de l’art. Ils doivent dénicher les artistes authentiques qui ont sacrifié leur temps et argent pour enregistrer des œuvres à leurs frais. Ce sont des compétences qui sont démoralisées et délaissées. Personne ne demande de leurs nouvelles au moment où d’autres artistes se produisent dans des soirées sans avoir la même qualité. Je recommande aussi aux jeunes talents de fréquenter les vétérans pour apprendre auprès d’eux.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *