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À Rabat, les transitions résilientes passent du concept à l’action

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La réunion de printemps du Forum de Paris sur la paix s’est tenue les 4 et 5 juin 2026

Priorités : La réunion de printemps du Forum de Paris sur la Paix a rassemblé responsables politiques, experts, investisseurs et acteurs de la société civile autour du thème des « Transitions résilientes ». Organisé en partenariat avec le Groupe OCP et avec le soutien de l’Université Mohammed VI Polytechnique, l’événement a mis l’accent sur trois priorités majeures, à savoir les systèmes alimentaires, l’investissement dans l’enfance ainsi que l’énergie et les minéraux de transition.

Rabat a accueilli, les 4 et 5 juin 2026, la réunion de printemps du Forum de Paris sur la paix, organisée en partenariat avec le Groupe OCP et avec le soutien de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Placée sous le thème des «Transitions résilientes», cette rencontre de haut niveau a réuni durant deux jours responsables politiques, représentants d’organisations internationales, chercheurs, investisseurs, entreprises et acteurs de la société civile. L’objectif étant d’identifier les leviers permettant de construire des transitions capables de résister aux chocs géopolitiques, économiques, climatiques et sociaux. Labellisée par la présidence française du G7, cette réunion s’est imposée comme une étape stratégique entre l’Africa Forward Summit de Nairobi et le Sommet du G7 d’Évian. Son ambition est d’enrichir les débats internationaux à travers des propositions concrètes issues d’un dialogue Nord-Sud et Sud-Sud. Aligné sur les priorités du G7, le programme s’est articulé autour de trois thématiques majeures : les systèmes alimentaires, la priorité accordée à l’enfance ainsi que l’énergie et les minéraux de transition. Pour Justin Vaïsse, fondateur et directeur général du Forum de Paris sur la Paix, les enseignements de cette rencontre sont sans équivoque. « Face aux chocs géopolitiques comme la fermeture du détroit d’Ormuz, il faut protéger les dynamiques de croissance et de modernisation qui portent l’Afrique vers un meilleur développement dans les domaines de l’agriculture, de la santé ou encore des minéraux critiques.

La voie vers cette souveraineté retrouvée passe par la diversification des approvisionnements, des partenariats et par la mise en réseau des énergies et des ressources du continent », a-t-il affirmé. Durant ces deux journées, les participants ont alterné sessions de travail, tables rondes et plénières de haut niveau. Le 4 juin a été consacré à l’approfondissement technique des trois priorités identifiées, tandis que la journée du 5 juin a permis de consolider les propositions formulées et de porter les messages clés dans une perspective à la fois multilatérale et « polylatérale », intégrant l’ensemble des parties prenantes au-delà des seuls États. La réunion s’est ouverte par une intervention de Leila Benali, ministre de la transition énergétique et du développement durable du Royaume du Maroc. Elle a souligné l’importance du concept de résilience dans le contexte marocain et africain. «Au Maroc comme en Afrique, nous savons ce que signifie la résilience et nous savons ce que les transitions veulent dire», a-t-elle précisé, rappelant les défis auxquels le continent est confronté. Le lendemain, le Forum a également été marqué par la première prise de parole officielle de Philippe Lalliot en tant que nouvel ambassadeur de France au Maroc.

Celui-ci a insisté sur la nécessité de transformer les ambitions en actions concrètes. « Nous sommes ici au bon endroit, au bon moment et en bonne compagnie pour réfléchir aux moyens de faire de ces grandes transitions des solutions réalistes et adaptées », a-t-il souligné. De son côté, Hicham El Habti, président de l’Université Mohammed VI Polytechnique, a mis en avant le rôle particulier de Rabat comme espace de dialogue entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe. Selon lui, aucune transformation durable ne peut être construite dans l’isolement. «Une transition peut être juste, équitable et inclusive, tout en demeurant vulnérable si elle a été pensée pour un monde plus stable que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui», a-t-il observé.

Enjeux

Les échanges ont permis de dégager plusieurs priorités d’action. Concernant les systèmes alimentaires, les participants ont plaidé pour une accélération de la transformation agricole du continent africain en rapprochant davantage les financements, l’innovation et les projets de terrain, notamment à travers l’initiative Atlas Mava. Sur la question de l’enfance, les débats ont rappelé que l’investissement dans les générations futures constitue un puissant levier de résilience, de stabilité et de prospérité. Cette approche s’inscrit dans le cadre du Child Priority Framework porté par le Forum. Les discussions consacrées aux minéraux de transition ont souligné l’importance de développer des chaînes de valeur plus responsables, plus équitables et davantage ancrées dans les pays producteurs du Sud global. Au-delà des débats, la réunion de printemps a débouché sur plusieurs réalisations concrètes destinées à nourrir les travaux du G7. Une note stratégique consacrée aux minéraux de transition responsables a ainsi été lancée afin de contribuer aux réflexions sur le financement de chaînes de valeur plus durables, équitables et résilientes. Ce document s’inscrit dans la continuité des travaux du groupe de travail mis en place par le Forum de Paris sur la Paix sur le financement des minéraux critiques.

L’événement a également été marqué par le lancement de la deuxième édition de l’Atlas Investment Barometer 2026, consacrée au suivi des flux de financements vers l’agriculture africaine. Le rapport dresse un constat préoccupant : l’Afrique ne capte actuellement que 3 % des investissements agricoles mondiaux et les financements demeurent inférieurs de 47 % à l’objectif de 100 milliards de dollars fixé pour 2030. Si les financements de développement ont progressé ces dernières années, les investissements privés continuent de reculer à un rythme de 2 % par an.

Par ailleurs, les réductions annoncées de l’aide publique au développement pour la période 2025-2026 risquent de compromettre les avancées réalisées. Pour les participants, combler ce déficit est devenu une priorité stratégique. Les investissements dans les systèmes alimentaires africains pourraient contribuer à réduire entre 30 et 50 % des écarts mondiaux liés aux Objectifs de développement durable, qu’il s’agisse de la lutte contre la pauvreté, de la sécurité alimentaire ou encore des déplacements liés au changement climatique. Les discussions autour du Child Priority Framework ont, quant à elles, réaffirmé la nécessité de placer l’investissement dans l’enfance au cœur des politiques internationales de développement. À travers ces travaux, la réunion de printemps a confirmé l’ambition du Forum de Paris sur la paix de dépasser le simple cadre du dialogue pour devenir une véritable plateforme de production de solutions, de recommandations et de coalitions d’action.
Les conclusions de Rabat serviront désormais de base aux travaux préparatoires de la prochaine édition annuelle du Forum de Paris sur la paix, prévue les 10 et 11 novembre 2026. Elles contribueront à structurer les futures coalitions internationales autour d’un objectif partagé : faire des transitions résilientes un moteur de stabilité, de prospérité durable et de coopération internationale.