Artisans, voici la recette pour devenir chef d’entreprise

Artisans, voici la recette pour devenir  chef d’entreprise

Elle a été dévoilée lors d’un webinaire de l’Institut CDG

«L’artisan est obligé d’intégrer une dimension managériale pour endosser le statut d’entrepreneur. Et il doit être encadré à cet effet».

«Et si l’artisan marocain devenait chef d’entreprise?». Une bonne question posée par l’Institut CDG qui en fait le sujet d’un webinaire organisé mardi avec la participation de différents profils connaisseurs en la matière, en l’occurrence un secteur qui fait constamment l’actualité. Afin de répondre à cette interrogation, les participants à cet événement en ligne livrent leur propre perception de l’artisanat ; un vocable qui comprend déjà un autre qu’est «l’art».

Une image culturelle sans puissance

Au-delà de la définition donnée par l’Unesco à l’artisanat, l’experte en développement humain et social, Aziza El Aouad, estime que cet art est «ancré dans un territoire donné. Il en fait même l’image et la culture». Egalement de la partie, Xavier Reille, directeur du bureau Maghreb de l’IFC (Société financière internationale), groupe de la Banque mondiale, ajoute à ces définitions «l’inexistence de puissance du secteur pour la création d’emploi, la contribution à la croissance, le rayonnement et l’exportation». Pour lui, l’artisanat a à voir avec le patrimoine d’un pays. A son tour, Tarik Sadik, DG de la maison de l’artisan, estime que ce secteur a «une charge culturelle, historique et patrimoniale outre une accumulation de savoir-faire». Le tout avec une modernisation et adaptation de l’artisanat dont les professionnels peuvent réellement devenir des chefs d’entreprise. Mais comment?

Un artisan chef d’entreprise ? Les similitudes

C’est Mme El Aouad qui répond à cette question. Pour cette experte, également spécialiste de l’inclusion des jeunes, qui estime qu’il est important de réfléchir à l’individu et que l’artisan est un professionnel en matière d’art, trouve que celui-ci «accorde une place importante à la communication». C’est ainsi qu’il a des similitudes avec l’entrepreneur qui a également comme point commun avec lui «l’autonomie, la gestion, la démarche réactive et l’esprit d’initiative». A lui seul, l’artisan a, selon l’intervenante, «des besoins et soucis de pérennisation de son activité». Cependant, il a des défis. «L’artisan est obligé d’intégrer une dimension managériale pour endosser le statut d’entrepreneur. Et il doit être encadré à cet effet», avance-t-elle. Pour l’oratrice, qui répond par l’affirmative à la question, objet de la rencontre digitale, un accompagnement est nécessaire à l’épanouissement de l’artisan. Dans le même sens, M. Reille estime, de son côté, que «10% des artisans peuvent avoir cet esprit d’entreprise». Pour ce faire, ceux-ci doivent, selon le directeur, avoir «un projet à caractère économique, bancable et accompagné de façon personnalisée». A propos de la forme juridique de ce projet, il privilégie plutôt «le statut d’auto-entrepreneur». Aussi, les SA, SARL et coopératives sont, à son sens, censées faire des «efforts à l’export» en surmontant «les problèmes de qualité». Outre les incitations, notamment le financement, et en plus de l’innovation, les plates-formes digitales sont, pour lui, également une énorme opportunité à saisir. Un canal à exploiter davantage après le temps du coronavirus.

Success story de Youssef Ghalem, «passion», quand tu me tiens !

Cette rencontre digitale est marquée par la participation du jeune Youssef Ghalem, CEO-founder de Miratti, qui raconte son expérience. Pour cet entrepreneur, qui met en avant le «branding», l’héritage derrière un savoir-faire doit être partagé. «Les hommes d’affaires devraient exploiter cela», lance-t-il. Quant à son expérience, elle commence depuis qu’il décroche un diplôme en ingénierie informatique. Après quoi, il passe trois ans dans une entreprise. Un milieu qui lui plaît comme il dit. «En 2013, j’ai lancé une plate-forme éducative. Parallèlement, j’étais frustré», raconte-t-il en allusion à la création de sa première entreprise. Celle-ci ayant pris beaucoup de temps. «La passion, c’est important», s’exprime-t-il. En 2017, il commence avec le e-learning.

Entre-temps, il a besoin d’un sac compartimenté pour répondre à ses exigences au quotidien. C’est ainsi qu’il lance sa première marque en 2018. «C’était une découverte pour moi. Je partais à Fès où j’ai commencé à fréquenter une académie dédiée à l’artisanat où j’ai rencontré un professeur. J’ai commencé par des sacs qui ont connu un décollage avec une composante qualité pour penser à l’international», détaille-t-il en rappelant avoir fait également le tour de la médina de Marrakech. Pour lui, l’opportunité a un coût et cela demande du travail. «Le problème réside dans les accessoires de maroquinerie. Il n’y a pas d’accès à toute la chaîne de valeur», ajoute-t-il en révélant avoir eu un problème avec son associé. D’où le lancement de sa deuxième marque «Miratti», soit patrimoine avec un ajout de lettre pour que cela sonne international. Dans sa démarche entrepreneuriale, il existe, comme il l’indique, une dynamique «sociale» puisqu’il allie l’e-learning à l’artisanat, notamment pendant le confinement. Lors de cette période, il se met à former des orphelins tout en portant un intérêt au «branding» et à la R&D en produits de maroquinerie.

Les trois composantes des opérateurs du secteur

Comme l’explicite M. Sadik, le secteur est caractérisé par sa diversité et la multiplicité d’acteurs. Ces opérateurs englobent, selon le DG de la Maison de l’artisan, l’artisan individuel, les coopératives et les entreprises. Dans l’écosystème du secteur, il y a également des intervenants chargés de l’étude de marché, la R&D, l’amélioration des techniques et matières premières, ainsi que des acteurs institutionnels en lien avec la productivité et la commercialisation. S’y ajoutent, selon le responsable, les plates-formes électroniques, des acteurs d’influence, de communication, design et marketing. Le tout en rappelant que le secteur emploie 2 millions de personnes, réalise un chiffre d’affaires de plus de 70 milliards DH et 800 millions DH à l’export.

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