Bank Al-Maghrib : Le taux directeur revient à 1,5%

Bank Al-Maghrib : Le taux directeur revient à 1,5%

Il s’agit de la deuxième révision à la baisse en trois mois d’intervalle

Selon les scénarios d’une reprise plus lente de l’activité ou de la persistance de la faiblesse de la demande étrangère et des perturbations des chaînes d’approvisionnement, la récession serait beaucoup plus profonde.

Après une première baisse en mars dernier, Bank Al-Maghrib réduit encore une fois son taux directeur. Il baisse cette fois-ci de 50 points de base pour revenir à 1,5% au lieu de 2% fixé trois mois auparavant. La banque centrale convient par ailleurs de libérer intégralement le compte de réserve au profit des banques. Des décisions prises lors de la deuxième réunion trimestrielle de Bank Al-Maghrib tenue mardi 16 juin. L’occasion étant d’analyser et d’évaluer l’évolution de la conjoncture économique et sociale aussi bien au niveau national qu’international ainsi que les réponses apportées par les autorités en vue d’atténuer les effets de la pandémie Covid-19.

Le Conseil de la banque centrale souligne à cet effet que ses projections macroéconomiques établies dans ce contexte restent entourées d’un degré exceptionnellement élevé d’incertitude faisant ressortir une forte contraction de l’économie nationale en 2020 suivie d’un certain rebond l’année prochaine. Il a également été procédé à la mise en place des dispositions spécifiques pour fournir un appui au refinancement des banques participatives et aux associations de microcrédit. «Ces nouvelles décisions, conjuguées aux différentes mesures d’assouplissement déjà mises en œuvre, notamment l’élargissement du collatéral éligible à ses opérations de refinancement, le renforcement de ses programmes non conventionnels, ainsi que l’allègement temporaire des règles prudentielles, devraient contribuer, avec celles prises par le Comité de veille économique, à atténuer l’impact de la pandémie et à soutenir la relance de l’économie et de l’emploi», peut-on lire dans le communiqué de Bank Al-Maghrib. Et de préciser que, «au regard de la conjoncture particulière qui prévaut actuellement, la banque veillera, plus que par le passé, à la transmission de ses décisions à l’économie réelle et fera le point régulièrement à ce sujet avec le plus haut management du système bancaire». Notons que Bank Al-Maghrib a d’ores et déjà affiné le cadre de ses opérations de refinancement pour favoriser davantage les banques qui déploient le plus d’efforts dans ce sens.

Croissance : Une contraction de 5,2% prévue pour 2020

En termes de projections, le Conseil de Bank Al-Maghrib estime que l’inflation se maintiendrait à un niveau modéré autour de 1% aussi bien en 2020 qu’en 2021. Cette prévision tient en effet compte du contexte de faibles pressions inflationnistes émanant de la demande et des cours bas des matières premières. La composante sous-jacente de l’inflation, mesurant la tendance fondamentale des prix, passerait selon Bank Al-Maghrib de 0,5% à 0,8% en 2020 pour revenir à 0,7% en 2021.

Pour ce qui est de la croissance économique, la banque centrale prévoit une forte récession. Les projections tablent ainsi sur une contraction de 5,2% en 2020, soit la plus forte depuis 1996. La valeur ajoutée agricole connaîtrait un recul de 4,6% au moment où celle des activités non agricoles diminuerait de 5,3%. Et dans le meilleur des scénarios, l’activité économique devrait reprendre des couleurs en 2021. La banque centrale prévoit dans ce sens un rebond de 4,2%, avec une augmentation de la valeur ajoutée agricole de 12,4%, sous l’hypothèse d’une production céréalière de 75 millions de quintaux, et une amélioration du rythme des activités non agricoles à 3,1%. «Au regard de l’évolution rapide et incertaine de la situation, ces prévisions restent entourées de fortes incertitudes, avec une balance des risques orientée à la baisse. En effet, selon les scénarios d’une reprise plus lente de l’activité ou de la persistance de la faiblesse de la demande étrangère et des perturbations des chaînes d’approvisionnement, la récession serait beaucoup plus profonde», commente Bank Al-Maghrib.

Recettes voyages :Le repli atteindrait les 60%

En ce qui concerne les comptes extérieurs, Bank Al-Maghrib s’attend à une relative amélioration au second semestre de l’année, notamment avec la levée progressive des restrictions au niveau national et chez les partenaires commerciaux et les mesures d’appui à la relance. Une dynamique qui permettrait, selon la banque centrale, un rattrapage partiel.
A cet effet, les exportations devraient boucler l’année sous une baisse de 15,8%. L’ensemble des acteurs seront ainsi impactés par la conjoncture particulièrement la branche automobile et le secteur du textile du fait de la perturbation des chaînes d’approvisionnement et l’affaiblissement de la demande étrangère.

Le Maroc devrait également voir ses importations chuter de 10,7% cette année en lien essentiellement avec l’allégement de la facture énergétique et le repli des acquisitions de biens d’équipement. Se référant à Bank Al-Maghrib, les recettes de voyages enregistreraient un fort recul qui atteindrait 60% et les transferts des MRE régresseraient de 25%. De même, les entrées d’IDE devraient revenir à l’équivalent de 1,5% du PIB cette année avant de retrouver leur niveau tendanciel de 3,2% du PIB en 2021. La banque centrale assure par ailleurs que les avoirs officiels de réserve se situeraient à 218,6 milliards de dirhams en 2020 et à 221,7 milliards en 2021, assurant une couverture autour de 5 mois d’importations de biens et services aussi bien en 2020 qu’en 2021. Une prévision qui tient compte de la hausse importante prévue des tirages à l’international du Trésor.

Une nette aggravation du déficit budgétaire

Du côté des finances publiques, le déficit budgétaire, hors privatisation, devrait s’aggraver de 4,1% du PIB en 2019 à 7,6% en 2020 avant de s’atténuer à 5% en 2021. Dans ces conditions, l’endettement du Trésor devrait augmenter, passant de 65,0% du PIB en 2019 à 75,3% en 2020 et à 75,4% en 2021. Bank Al-Maghrib table également sur une évolution positive du crédit bancaire et ce malgré la contraction de l’activité prévue cette année. Il devrait ainsi afficher une croissance de 1,9% en 2020 et de 2,6% en 2021. Une amélioration tirée par les différentes actions d’appui à la relance économique et aux mesures d’assouplissement de la banque.

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