Opportunité
L’Agence du Bassin Hydraulique du Sebou planche sur l’opportunité d’utilisation du solaire flottant au droit des 12 grands barrages du bassin versant du Sebou. Elle vient de lancer l’appel d’offres y afférent. Les détails.
L’Agence du Bassin Hydraulique du Sebou (ABHS) entend explorer le potentiel du solaire flottant sur les retenues des 12 grands barrages du bassin versant du Sebou. Dans cette perspective, elle vient de lancer un appel d’offres pour la réalisation d’une étude destinée à évaluer l’opportunité et la faisabilité de centrales solaires photovoltaïques flottantes sur ces ouvrages. Cette étude couvrira les plans d’eau, les emprises et installations connexes, les conditions d’exploitation des barrages, les possibilités de raccordement électrique ainsi que les contraintes environnementales, réglementaires, foncières et institutionnelles. L’objectif est notamment d’identifier les sites présentant le meilleur potentiel et de définir une feuille de route pour leur développement et leur investissement. Le prestataire devra ainsi établir un diagnostic initial des 12 barrages et procéder à une analyse multicritère du potentiel solaire flottant. Cette première étape permettra de classer les sites en fonction de leur aptitude au développement de cette technologie et d’identifier ceux nécessitant des études approfondies.
L’étude devra ensuite évaluer la faisabilité technico-économique, environnementale et énergétique des projets retenus. Elle portera notamment sur les surfaces mobilisables, les puissances installables, la production énergétique prévisionnelle ainsi que les coûts d’investissement et d’exploitation. Plusieurs scénarios, allant de projets pilotes à un déploiement à plus grande échelle, seront également examinés. Un volet spécifique sera consacré à la compatibilité des installations photovoltaïques flottantes avec le fonctionnement et la sécurité des barrages.
Les contraintes hydrauliques et météorologiques, les zones de sécurité, les prises d’eau, les évacuateurs de crues, les opérations de maintenance ainsi que les solutions d’ancrage et d’amarrage seront notamment analysés. Les possibilités de raccordement au réseau électrique et les éventuels besoins de renforcement des infrastructures seront également étudiés. Sur le plan économique et institutionnel, l’étude examinera le cadre réglementaire applicable ainsi que les différents modèles de réalisation et de gouvernance, parmi lesquels la concession, le partenariat public-privé (PPP) et le modèle de producteur indépendant d’électricité (IPP). Elle devra également définir les conditions de viabilité financière des projets, à travers un modèle économique, un business plan, une analyse des risques et l’identification des mécanismes de financement adaptés. À l’issue de cette démarche, les barrages prioritaires seront sélectionnés et feront l’objet d’avant-projets détaillés (APD).
Ceux-ci préciseront notamment l’emprise des installations, leur puissance, l’architecture technique, les équipements, les systèmes d’ancrage et les solutions de raccordement. L’ambition est, à terme, de traduire les résultats de l’étude en un programme opérationnel de développement du solaire flottant dans le bassin du Sebou. Une feuille de route à court, moyen et long termes devra ainsi préciser les projets pilotes et prioritaires, les besoins de financement, les démarches administratives, les partenariats à mobiliser ainsi que le calendrier indicatif de mise en œuvre.
L’étude doit enfin déboucher sur des dossiers de consultation des entreprises (DCE) prêts à être lancés pour les projets prioritaires. Parmi les livrables attendus figurent également un diagnostic comparatif du potentiel des 12 barrages, une sélection des sites prioritaires, des scénarios de développement, des APD, un modèle économique et un schéma de financement.
Une vision à long terme
Il faut rappeler que la sécurité hydrique occupe une place centrale parmi les chantiers stratégiques du Maroc. Au cours des dernières années, la politique nationale de l’eau a évolué vers une vision à long terme fondée sur la planification proactive, la diversification des ressources hydriques et le renforcement des infrastructures hydrauliques. Comme le fait savoir le ministère, le projet du Plan national de l’eau 2020-2050 constitue l’un des principaux piliers de cette approche.
Il s’agit d’une feuille de route couvrant une période de 30 ans, assortie d’un investissement estimatif de près de 383 milliards de dirhams, destinée à accompagner l’évolution des besoins en eau et à renforcer la capacité du Royaume à gérer ses ressources sur le long terme. Le plan repose sur un ensemble de projets et de mesures portant notamment sur la construction de barrages, l’interconnexion des bassins hydrauliques et le développement du dessalement de l’eau de mer, ainsi que sur la généralisation d’un approvisionnement structuré en eau potable dans les centres ruraux. Il prévoit également la protection des nappes phréatiques et des écosystèmes, la lutte contre la pollution et la mobilisation des ressources hydriques nécessaires au développement d’une agriculture plus durable.
Le programme s’articule autour de l’augmentation de l’offre en eau, la gestion de la demande, l’économie de l’eau, le renforcement de l’approvisionnement du monde rural et la réutilisation des eaux usées traitées, parallèlement à des actions de sensibilisation à l’importance de préserver les ressources hydriques. Quelque 61 milliards de dirhams ont ainsi été consacrés au développement de l’offre en eau à travers la construction de grands, moyens et petits barrages, la mobilisation des eaux souterraines, la réalisation de stations de dessalement de l’eau de mer ainsi que le renforcement des systèmes de transport et de distribution de l’eau.
Parallèlement, près de 25,1 milliards de dirhams ont été alloués à la gestion de la demande et à la valorisation de l’eau, notamment dans le secteur agricole, à travers la modernisation des systèmes d’irrigation, l’extension de l’irrigation localisée et la réduction des pertes d’eau. Avec l’accélération de la mise en œuvre des chantiers hydrauliques, l’enveloppe financière du programme a été révisée de 115,4 milliards de dirhams à près de 143 milliards de dirhams, afin d’accélérer les projets de barrages, de dessalement et de transfert d’eau, ainsi que de renforcer l’approvisionnement du monde rural. La séance de travail présidée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le 16 janvier 2024 au Palais Royal de Rabat, a constitué une étape importante dans la poursuite de la mise en œuvre de cette stratégie.
Elle a notamment permis de réaffirmer la nécessité d’une mobilisation optimale des ressources disponibles dans les barrages, les nappes phréatiques et les stations de dessalement, ainsi que la réalisation d’infrastructures de transfert d’eau et le renforcement des systèmes d’approvisionnement en eau potable. Le Discours du Trône de 2024 a également souligné l’importance d’une mise en œuvre optimale des composantes du programme national d’approvisionnement en eau potable et en eau d’irrigation, avec l’objectif de garantir l’accès à l’eau potable à l’ensemble des citoyens et de couvrir au moins 80 % des besoins nationaux en eau d’irrigation.
Le Maroc poursuit ainsi le développement de sa politique de l’eau à travers une approche combinant planification à long terme, investissements structurels et diversification des sources d’approvisionnement, notamment grâce aux barrages, au dessalement de l’eau de mer, à l’interconnexion des bassins hydrauliques et à la réutilisation des eaux usées traitées. Cette stratégie vise à renforcer la sécurité hydrique du Royaume et à préserver durablement les ressources au bénéfice des générations futures.










