Croissance, déficit, élan réformateur… La DEPF décrypte l’orientation de la politique budgétaire

Croissance, déficit, élan réformateur… La DEPF décrypte l’orientation  de la politique budgétaire

La contraction du déficit budgétaire est attribuée essentiellement à sa composante conjoncturelle qui devrait passer d’un déficit de -2,3% en 2020 à -0,7% du PIB en 2021 et à -0,6% en 2022.

L’évolution du solde budgétaire au Maroc s’explique principalement par des facteurs d’ordre structurel. C’est ce que relève la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) dans son dernier policy brief intitulé «Orientation de la politique budgétaire au Maroc» ajoutant que la composante cyclique de ce déficit reste faible, se situant en moyenne à -0,8% du PIB au cours des dernières décennies contre un solde budgétaire structurel de près de -3% du PIB potentiel. Ce document a mis en lumière l’orientation de la politique budgétaire, et ce, à travers l’estimation du solde structurel entre 1994 et 2020. Les auteurs de cette analyse dévoilent aussi les perspectives d’évolution de la politique budgétaire à court terme et identifient des recommandations pour assurer son efficacité.

Diagnostic

Les perspectives budgétaires s’annoncent positives. En effet, le déficit budgétaire va enregistrer une légère contraction (0,3%) se situant à 5,9%, selon le Projet de loi de Finances 2022, contre 6,2% prévu dans la LF 2021. La contraction du déficit budgétaire est attribuée essentiellement à sa composante conjoncturelle qui devrait passer d’un déficit de -2,3% en 2020 à -0,7% du PIB en 2021 et à -0,6% en 2022, selon l’analyse de la DEPF. Partant de là, le solde budgétaire structurel devrait comptabiliser une légère dégradation (-5,4% du PIB potentiel en 2021 et 2022). Parallèlement, le solde primaire conjoncturel devrait connaître une amélioration en 2021 et 2022, favorisée par l’orientation positive de l’activité économique en 2021 et sa consolidation en 2022, rapporte la même source soulignant que ce solde primaire atteindrait -1,3% et -1% du PIB respectivement. La composante structurelle du déficit primaire s’élève pour sa part à -2,6% du PIB potentiel en 2021 et 2022 contre -2,2% en 2020.

Recours à des modes de pilotage plus agiles

Une gestion mieux adaptée au contexte actuel permettrait d’accompagner le nouveau modèle de développement. Les auteurs de cette analyse expliquent que dans l’objectif de contrecarrer le creusement du déficit budgétaire, en particulier sa composante structurelle, sous l’effet de la crise sanitaire de la Covid-19, des efforts importants devraient être déployés en matière de consolidation budgétaire, tout en soutenant l’orientation positive de la croissance à moyen-long terme. «Une telle orientation s’avère nécessaire d’autant plus que l’opérationnalisation des chantiers structurants du nouveau modèle de développement exigerait la mobilisation de ressources budgétaires conséquentes». A ce titre, les besoins croissants en matière de ressources à mobiliser pour accompagner l’élan réformateur et l’accentuation des pressions dues à un contexte international de moins en moins porteur font qu’il est nécessaire de recourir à des modes de pilotage des finances publiques fondés sur l’anticipation, l’agilité et l’efficience.

Recommandations

Afin de renforcer la soutenabilité et l’efficacité de la politique budgétaire, la DEPF met en lumière cinq axes fondamentaux. Ses experts mettent l’accent sur le renforcement des stabilisateurs automatiques. Ceux-ci permettent de lisser automatiquement le cycle économique, de faire face aux retournements de conjoncture et de réagir rapidement aux effets de chocs ou de crises. «Il s’agit particulièrement de poursuivre la mise en œuvre de la loi-cadre relative à la réforme fiscale et d’accélérer la réforme de la protection sociale à travers la généralisation de l’assurance maladie obligatoire, des allocations familiales, de la retraite et des indemnités pour perte d’emploi», souligne cette analyse. Le deuxième axe se focalise sur la revue stratégique des dépenses publiques. L’objectif étant d’assurer une optimisation des dépenses budgétaires, moyennant la détection des sources de gaspillage dues à un manque de synergie, le repérage des programmes inefficaces ou ceux affichant une priorité moindre voire la suppression de certaines politiques peu compatibles avec les nouvelles priorités nationales. Le troisième axe fait référence à la mise en œuvre de la réforme des établissements et entreprises publics (EEP). Celle-ci implique de développer davantage de synergies, d’économies d’échelles et de cohérence dans leurs missions.

Il s’agit de renforcer aussi l’exemplarité de l’État et de rationaliser sa gestion. Cette réforme concerne également la création de l’Agence nationale chargée d’assurer la gestion stratégique des participations de l’État et du suivi de la performance des EEP. Le troisième point porte sur la mobilisation du potentiel fiscal. Cela implique une «action vigoureuse au niveau de trois chantiers critiques, en l’occurrence la rationalisation de la fiscalité dérogatoire, l’atténuation du poids du secteur informel qui suscite un manque à gagner substantiel en termes de recettes potentiellement mobilisables et la promotion du civisme fiscal pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscales». A cela s’ajoute la poursuite des efforts de modernisation et de dématérialisation en utilisant les nouvelles technologies. Le quatrième axe repose pour sa part sur la maîtrise du besoin de financement et son corollaire la limitation du risque de déclenchement de la spirale de l’endettement. Il s’agit de s’appuyer sur la «gestion active de la dette extérieure, la mobilisation efficiente des opportunités de financement inscrites dans le cadre de la coopération bilatérale et multilatérale», conclut cette analyse.

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