Les cultures alternatives apportent de meilleurs résultats de rendement dans un contexte de changements climatiques. C’est en tout cas ce qu’attestent les chercheurs de l’UM6P qui ont mené des expériences en partenariat avec la Fondation Phosboucraa sur le Blue Panicum dans plusieurs provinces du Royaume. A cet égard, un séminaire de vulgarisation et de partage de résultats a été organisé le 24 avril 2024 au niveau du stand d’OCP sous le thème «Blue Panicum : Une culture fourragère alternative pour parer aux effets de la sécheresse et de la salinité».
Promouvoir et disséminer les résultats de recherche conduite sur la culture du Blue Panicum. C’est l’objectif d’un séminaire de vulgarisation et de partage de résultats organisé le 24 avril 2024 au niveau du stand d’OCP. Cette rencontre, tenue sous le thème « Blue Panicum : Une culture fourragère alternative pour parer aux effets de la sécheresse et de la salinité», vise également à présenter et démontrer les potentialités de cette culture comme un fourrage alternatif résistant aux différents stress et adapté aux changements climatiques. Selon ses organisateurs, cette conférence tenue en collaboration avec la Fondation Phosboucraa se penche sur une thématique très importante liée aux cultures fourragères alternatives. Il faut dire que les recherches sur cette culture ont démarré en 2016 dans le cadre d’un projet d’adaptation des cultures alternatives financé par la Fondation Phosboucraa. Ce projet a connu plusieurs phases, à savoir l’adaptation, l’upscaling de la culture et la mise à l’échelle dans les régions du Sud et le outscaling dans d’autres provinces au nord du Maroc. Les tests menés sur cette culture dévoilent, selon les équipes de chercheurs de l’UM6P, que les cultures alternatives et spécifiquement les cultures fourragères sont les plus adaptées et les plus performantes sous les conditions arides et salines. Pour augmenter la productivité, il est essentiel, selon la même source, d’adopter les bonnes pratiques agricoles telles que la transplantation des racines, l’utilisation des rendements organiques et fertilisation NPK, la culture intercalaire tout en contrôlant l’accumulation des sels par le lessivage. «Ces pratiques ont permis d’améliorer le rendement de 50% en moyenne», argumente la même source.
Alternative. Bakkak Mohamed Lamine, agriculteur à Foum El Oued dans la région de Laâyoune et membre de la coopérative Lait Sakia El Hamra, confie à ALM à propos de son expérience avec le développement de cette culture alternative sur ses terres : «Nous avions un problème de salinité caractérisé par un niveau très élevé aussi bien dans le sol que dans l’eau. Les chercheurs ont testé cette culture en 2017 à travers une expérience qui a donné des résultats satisfaisants par rapport à notre filière qui est l’élevage de bovins. Ses résultats se sont clairement traduits par l’amélioration de la production de lait». Et de conclure : «On a implanté cette culture alternative dans les sols avec un niveau de salinité élevé».
Défis
La majorité du territoire marocain est dotée d’un climat aride caractérisé par de très faibles précipitations affectant la productivité agricole ainsi que la disponibilité en termes de fourrages. De plus, le niveau de production des cultures fourragères traditionnelles (maïs fourrager, luzerne) est relativement faible dans plusieurs régions à cause de la salinité (Foum Eloued, Doukkala Drâa, Sed El Mesjoune, etc.). De même la majorité des parcours souffre d’une dégradation souvent avancée à cause du surpâturage et de la désertification (cas du sud du Maroc). Par ailleurs, on notera que 30 à 50% des eaux souterraines au Maroc sont salées (salinité supérieure à 3g/l). Il en ressort aussi que dans le sud du Royaume le secteur de l’élevage est l’activité agricole la plus importante.
Expériences. Abdelaziz Hirich, enseignant-chercheur à l’UM6P dans sa filiale à Laâyoune, explique à ALM : «Comme vous le savez, l’agriculture au Maroc est confrontée à plusieurs défis qui limitent sa production dont les changements climatiques, la sécheresse ou encore la salinité. Lors des sept dernières années on a mené plusieurs travaux de recherche sur cette culture qu’on propose et qui ont donné des résultats que nous avons souhaité partager (…). Les conclusions qu’on a eues à travers ces recherches attestent que la culture du Blue Panicum a un grand potentiel au Maroc (…). Cette culture est résistante à la salinité et à la sécheresse. Il s’agit d’une culture qui a un potentiel agronomique très important. D’après les résultats obtenus, on peut atteindre un rendement de 150 tonnes par hectare dans les conditions optimales et dans les conditions de salinité et on peut atteindre un rendement satisfaisant de plus de 80 tonnes par hectare. Ces résultats démontrent le potentiel de cette culture à être adaptée et adoptée dans plusieurs zones caractérisées par la salinité ou la sécheresse». Et de souligner : «Cette culture a un grand potentiel au Maroc (…) d’autant plus qu’avec sa qualité fourragère et ses performances agronomiques, elle connaîtra un succès auprès des agriculteurs», affirme-t-il. Testée par les chercheurs de l’UM6P dans dix plateformes dans les régions du Sud du Royaume dont Bir Anzarane, Boujdour, Smara, Tarfaya, Laâyoune, Foum El Oued mais aussi à Doukkala Sidi Abed, Ouled Ghanem ou encore Rhamna, «cette culture a donné un rendement très important par rapport aux cultures traditionnelles comme la luzerne», relève-t-il.












