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Dans un contexte marqué par le dérèglement climatique : L’eau, une ressource au centre des politiques publiques au Maroc

© D.R

L’eau se place au centre de la sécurité alimentaire, au cœur de la politique agricole et, plus largement, de l’ensemble des politiques publiques.

Priorités : Les responsables considèrent que la question n’est plus seulement celle de la disponibilité de la ressource, mais celle de sa gouvernance et de sa planification à long terme. Les Hautes Orientations Royales ont établi un objectif majeur : garantir 100 % d’accès à l’eau potable pour l’ensemble de la population, où qu’elle se trouve, et sécuriser 80 % des besoins en irrigation au niveau des périmètres concernés.

La souveraineté alimentaire ne commence pas dans les exploitations agricoles, mais dans la gestion stratégique de l’eau. Et la résilience alimentaire renvoie à la capacité du système agricole à résister aux chocs climatiques, économiques ou géopolitiques. Dans un contexte marqué par le dérèglement climatique et les tensions sur les ressources, la souveraineté alimentaire apparaît ainsi indissociable d’une politique hydrique anticipative, fondée sur la maîtrise du stockage stratégique, de la distribution de l’eau et de la gestion des risques hydrologiques. Or, les ressources hydriques du Royaume ont connu une dégradation progressive. Les apports annuels en eau, autrefois estimés à 22 milliards de m³, sont tombés à environ 14 milliards aujourd’hui, soit une baisse d’un tiers depuis les années 1940. Après sept années de sécheresse historique, le Maroc va connaître un retournement hydrique marqué par des apports exceptionnels et des inondations majeures. Pire encore, les apports aux barrages ont enregistré un effondrement durant les sept dernières années. En 2008-2009, la moyenne était proche de 12 milliards de m³, la moyenne récente n’a pas dépassé 3,87 milliards de m³, traduisant une chute de plus de 75 %. Les déficits pluviométriques ont atteint jusqu’à -95 % en 2021 et 2022 dans le cadre du cycle de sécheresse le plus long connu dans l’Histoire du pays. Le taux de remplissage des barrages était ainsi tombé autour de 25 %, avec un stockage hydrique légèrement supérieur à 5 milliards de m³, selon les données publiées par la tutelle. Et là, il faut souligner que la priorité donnée à l’eau potable a réduit les volumes destinés à l’agriculture. Car la pénurie a entraîné l’arrachage de vergers, notamment agrumicoles dans certaines régions, au moment où, dans d’autres régions, les superficies cultivées ont reculé d’environ 40%. Une tension hydrique qui a intensifié l’exploitation des nappes souterraines. Sur un potentiel renouvelable estimé à 2 milliards de m³ par an, les prélèvements ont atteint en moyenne 5,4 milliards de m³. Entre 85 et 90%, des puits seraient non autorisés, ce qui a contribué à des baisses annuelles des niveaux des nappes pouvant atteindre 2 à 6 mètres dans certaines zones, notamment à Berrechid et Zagora. Ce qui a conduit à une situation qui menace les réserves hydriques destinées aux générations futures.
Une richesse essentielle à stocker et un risque systémique

Puis vint le changement brutal observé durant l’année hydrologique en cours. Depuis septembre, les apports ont atteint 13,8 milliards de m³, avec un excédent d’environ 130 % par rapport à la moyenne annuelle. Près de 5 milliards de m³ ont dû être relâchés pour des raisons de sécurité. Le taux de remplissage des barrages dépasse désormais 75%, tandis que l’ensemble des bassins hydrauliques dépasse 50 %, certains approchant même les 90%. Les nappes phréatiques ont enregistré une régénération significative, avec des remontées pouvant dépasser 6 mètres et atteindre jusqu’à 30 mètres dans certaines régions. En outre, il faut rappeler que ces précipitations concentrées sur une courte période ont provoqué des inondations majeures.
Les autorités ont procédé au déplacement d’environ 185.000 personnes afin de les protéger contre le risques d’inondation. Il convient par ailleurs de souligner que dans le contexte des épisodes pluviométriques intenses enregistrés au Maroc, un dispositif intégré de suivi, d’anticipation et d’aide à la décision a été activé afin d’assurer une gestion optimale des crues et des ouvrages hydrauliques. On peut donc déduire que le Royaume est désormais entré dans un nouveau cycle hydrologique caractérisé par l’alternance entre sécheresses prolongées et épisodes d’inondations intenses.

L’eau doit être considérée simultanément comme une ressource rare à stocker et comme un risque systémique nécessitant des infrastructures de protection contre les crues. Les barrages jouent ainsi un rôle double : sécuriser l’approvisionnement en eau potable et protéger les populations contre les crues, à l’image des ouvrages historiques comme ceux d’Oued El Makhazine et d’Al Wahda. Force est de reconnaître que l’eau se place au centre de la sécurité alimentaire, au cœur de la politique agricole et, plus largement, de l’ensemble des politiques publiques. Ce qui nécessite une articulation cohérente entre ces dimensions. Et là apparaît l’importance nécessité d’accélérer la politique des barrages et de renforcer les transferts d’eau entre bassins hydrauliques, tout en inscrivant l’action publique dans une planification de long terme. Une politique de l’eau, comme l’a affirmé le ministre de la tutelle, ne peut être pensée dans l’urgence ou à court terme ; elle exige une vision stratégique structurée sur plusieurs décennies. Il est donc important de passer d’un modèle centré essentiellement sur les barrages et les nappes à un véritable mix hydrique. Celui-ci repose sur la mobilisation de nouvelles ressources via le dessalement, la réutilisation des eaux usées traitées et, surtout, l’économie et l’optimisation de l’usage de l’eau, afin de garantir durablement les besoins du pays. On peut évoquer dans ce sens le programme national de dessalement de l’eau de mer, renforcé dans le cadre d’un partenariat stratégique conclu avec les Émirats Arabes Unis. Ce programme, estimé à environ 14 milliards de dollars, vise à produire de l’eau dessalée en s’appuyant principalement sur les énergies renouvelables. L’objectif est de transférer l’énergie, notamment éolienne, produite dans les zones à faible coût énergétique vers le centre et le Nord du Royaume afin d’alimenter les unités de dessalement. Cette stratégie s’accompagne du développement de nouveaux périmètres irrigués capables de bénéficier directement de l’eau issue du dessalement, contribuant ainsi à renforcer la sécurité hydrique et alimentaire du pays. À travers cette orientation, le Maroc s’inscrit dans une dynamique internationale intégrant les énergies renouvelables, la gestion durable de l’eau et la sécurité alimentaire dans un même cadre stratégique.

L’ONU souligne l’importance de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement

Renforcement : Dans son message marquant la Journée mondiale de l’eau célébrée le 22 mars, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a rappelé que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement joue un rôle essentiel dans la promotion des droits et de la santé des femmes et des filles. «Lorsque cet accès fait défaut, ce sont les femmes et les filles qui en paient le prix le plus fort. Elles sont contraintes d’utiliser des toilettes insalubres. De s’occuper des membres de leur famille tombés malades à cause de l’eau contaminée», a-t-il averti. Dans ce sens, le haut responsable de l’ONU a appelé les Etats membres à investir davantage dans le renforcement des systèmes nationaux d’approvisionnement en eau pour faire face à une crise hydrique qui s’accentue à cause du changement climatique. «Il est temps que les États augmentent leurs investissements et renforcent les systèmes nationaux d’approvisionnement en eau, en améliorant les capacités de distribution, la formation de la main-d’œuvre et la fiabilité du financement », a insisté le chef de l’ONU. Il a également appelé les pays développés à mettre en commun les technologies, l’expertise et le financement nécessaires pour construire des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement sûres, durables et résilientes. C’est dans ce contexte que s’inscrit la Conférence des Nations Unies sur l’eau prévue du 2 au 4 décembre prochain aux Emirats arabes unis, avec pour objectif d’accélérer les progrès en matière d’eau et d’assainissement pour tous

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