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Décarbonation : L’industrie alimentaire marocaine trace sa feuille de route

© D.R

Un forum dédié a été organisé lundi à Rabat

Transition verte : La Fenagri a organisé lundi à Rabat le Forum national sur la décarbonation des industries alimentaires, un rendez-vous dédié à la compétitivité et à la transition verte du secteur agroalimentaire. Industriels, institutions et partenaires se sont réunis pour débattre autour des leviers de décarbonation, d’innovation et d’efficacité énergétique. Cet évènement vise à accompagner les entreprises face aux nouvelles exigences des marchés et aux enjeux de durabilité. L’occasion a été aussi de présenté la feuille de route du secteur.

La Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri) a organisé, lundi 29 juin à Rabat, le Forum national sur la décarbonation des industries alimentaires, une rencontre consacrée à l’accélération de la transition vers une industrie agroalimentaire à faible empreinte carbone. Placé sous l’égide du ministère de la transition énergétique et du développement durable et du ministère de l’industrie et du commerce, cet événement a réuni les principaux acteurs du secteur autour des enjeux de la décarbonation, de l’efficacité énergétique et de l’innovation industrielle. «Ce Forum national constitue une occasion de partager les principaux résultats de l’étude réalisée par la Fédération sur la transition vers une économie à faible émission de carbone. Notre objectif est d’accompagner les entreprises dans l’amélioration de leur efficacité énergétique, le renforcement de leur compétitivité, l’accès aux financements verts et l’évaluation de leur empreinte carbone», a expliqué Abdelmounim El Eulj, président de la Fenagri, en marge de cette rencontre. Intervenant au cours d’un panel, le ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, a pour sa part rappelé le choix volontariste du Maroc en faveur de la transition énergétique, estimant qu’il s’agit d’une orientation stratégique qui «permet non seulement de renforcer notre souveraineté alimentaire, mais aussi notre souveraineté énergétique et notre compétitivité». Évoquant les enjeux de la décarbonation, il a souligné la nécessité pour le Royaume de renforcer sa capacité à répondre aux attentes de ses partenaires internationaux, tout en développant une autonomie renforcée de son appareil productif afin de satisfaire les besoins nationaux en quantité comme en qualité.

Les émissions pourraient grimper de 51% sans changement de cap

L’étude présentée à cette occasion révèle que les industries alimentaires marocaines ont émis, en 2024, près de 28 millions de tonnes de CO2 équivalent (MtCO2e), dont 4 MtCO2e d’émissions directes. À titre de comparaison, l’inventaire national des émissions du Maroc s’élève à 109 MtCO2e, tandis que le seul secteur cimentier représente 9,5 MtCO2e, soit plus du double des émissions directes de l’industrie agroalimentaire. L’analyse met également en évidence le poids prépondérant de l’amont agricole, responsable de 75 % des émissions totales du secteur.
L’énergie et le froid constituent le deuxième poste d’émissions avec 14 %, suivis des déchets en fin de vie (5 %), des emballages (3 %), du transport aval (2 %) et du transport amont (1 %). Par filière, les industries des viandes rouges, de la volaille et des produits laitiers concentrent à elles seules près de 65 % des émissions cumulées. Les émissions liées à l’énergie proviennent pour leur part principalement des industries sucrière, laitière et avicole, qui représentent plus de la moitié des émissions énergétiques en raison de procédés fortement consommateurs d’énergie et du recours à des sources énergétiques carbonées.
Quant aux émissions liées au transport, elles sont majoritairement concentrées dans les filières halieutique, des boissons et de l’alimentation animale, qui totalisent plus de 60 % des émissions du secteur, aussi bien pour les flux amont que pour la distribution. L’étude propose par ailleurs trois scénarios prospectifs à l’horizon 2040. Sans action supplémentaire, les émissions du secteur pourraient augmenter de 51% par rapport à 2024.
En revanche, un scénario opérationnel permettrait de réduire les émissions de 24% par rapport à cette trajectoire tendancielle, tandis que le scénario «CDN 3.0» porterait cette réduction à 37 % d’ici à 2040. Pour atteindre ces objectifs, la Fenagri estime que des mesures structurelles impliquant l’ensemble des filières agroalimentaires seront indispensables afin de réduire durablement l’empreinte carbone des produits. L’étude évalue également les besoins de financement du scénario opérationnel à près de 8 milliards de dirhams sur la période 2027-2040.

Recommandations

La feuille de route de décarbonation du secteur agroalimentaire marocain s’articule autour de six facteurs clés de succès. Elle appelle d’abord à une intégration globale, avec un travail concerté sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie alimentaire en amont. La collaboration entre acteurs est également centrale, notamment à travers la mutualisation des investissements au niveau des zones industrielles. Sur le volet humain, la feuille de route insiste sur le développement des ressources humaines, via la sensibilisation, le renforcement des compétences et l’implication des métiers opérationnels.
Elle souligne par ailleurs le rôle indispensable des pouvoirs publics, attendus sur les fronts des incitations, du financement et de l’appui non financier. Par ailleurs deux leviers transversaux complètent le dispositif, à savoir la mobilisation de financements nationaux et internationaux accessibles et adaptés, ainsi qu’une évolution de la réglementation, avec la mise en application de normes spécifiques touchant aux énergies renouvelables, aux emballages alimentaires et à la gestion des déchets.

L’industrie agroalimentaire en quelques chiffres

Indicateurs  :L’industrie agroalimentaire s’impose comme l’un des principaux moteurs de l’économie marocaine. Selon les chiffres de la Fenagri, le secteur rassemble plus de 2.600 entreprises et emploie plus de 206.000 personnes, dont près de 47 % de femmes, représentant ainsi 21 % de l’emploi industriel national. Avec un chiffre d’affaires de 191 milliards de dirhams, l’agroalimentaire contribue à hauteur de 22 % du PIB industriel. Il assure également 77 % de la couverture de la demande intérieure, confirmant son rôle stratégique dans la sécurité alimentaire du Royaume.

À l’international, le secteur affiche une performance notable avec 43,2 milliards de dirhams d’exportations, dont 20 % sont destinées aux marchés africains, illustrant le renforcement de la présence des produits marocains sur le continent. Créée en 1998, la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri) est une association professionnelle représentant l’industrie agroalimentaire marocaine et coordonne ses activités avec une vingtaine d’associations professionnelles sectorielles ainsi que des entreprises agro-industrielles directement adhérentes.

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