L’équipement des commerçants en terminaux de paiement électronique (TPE) constitue un levier essentiel pour accélérer la transition vers les paiements digitaux.
Paiements : Le Maroc engage un virage décisif vers les paiements digitaux. Face à une utilisation du cash qui continue de progresser, Bank Al-Maghrib accélère la transformation de l’écosystème financier à travers une série d’actions visant à démocratiser les paiements électroniques, renforcer l’inclusion financière et moderniser les pratiques de transaction.
La transition vers une économie moins dépendante du cash constitue un chantier stratégique au Maroc. Alors que l’usage de la monnaie fiduciaire continue de progresser et atteint des niveaux historiques, Bank Al-Maghrib (BAM) multiplie les initiatives pour favoriser l’adoption des moyens de paiement électroniques, renforcer l’inclusion financière et accompagner la transformation des habitudes de paiement des citoyens et des commerçants. L’enjeu est double : répondre à une demande croissante de transactions digitales tout en réduisant progressivement les coûts économiques et les risques associés à une forte utilisation des espèces. Dans cette dynamique, l’équipement des commerçants en terminaux de paiement électronique (TPE) constitue un levier essentiel pour accélérer la transition vers les paiements digitaux. À fin 2025, le parc national a compté 81.259 TPE, en baisse de 14%. Une évolution qui traduit principalement une opération d’assainissement du parc existant, avec le retrait des terminaux inactifs avant la cession du portefeuille commerçants du CMI. Par ailleurs, cette réduction quantitative s’est accompagnée d’une amélioration significative de la qualité du parc. Le taux d’activation des TPE est passé de 72% en 2024 à 93% en 2025, portant le nombre de terminaux effectivement utilisés à 75.265 unités. Les efforts portent également sur l’élargissement des usages. Les terminaux permettant les paiements via Mobile-Wallet représentent désormais 65.389 unités, soit 80% du parc total, facilitant ainsi l’intégration des paiements mobiles dans les circuits commerciaux. En parallèle, le nombre des commerçants enrôlés dans le système ressort à 72.256 commerçants, dont 68.409 équipés en TPE et 3.847 e-commerçants. La concentration géographique demeure toutefois forte, avec près d’un tiers du parc situé dans la région Casablanca-Settat (33%), suivie de Marrakech-Safi (20%), Rabat-Salé-Kénitra (14%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma ( 9%).
L’ouverture du marché de l’acquisition des paiements électroniques figure également parmi les actions engagées pour renforcer l’écosystème national des paiements digitaux. L’année 2025 a marqué une nouvelle étape dans cette dynamique, avec l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché à la suite de la décision du Conseil de la concurrence mettant fin au monopole du Centre monétique interbancaire (CMI). Cette évolution a permis de porter le nombre d’acquéreurs à une dizaine à fin 2025, contre seulement trois en 2024. De même, le processus de cession du portefeuille commerçants du CMI aux nouveaux acteurs, finalisé en avril 2026, a également permis au CMI de se recentrer sur son rôle de plateforme technique de traitement monétique pour compte de tiers. Cette réorganisation vise à créer un environnement plus dynamique, capable d’accélérer l’équipement des commerçants et d’élargir l’accès aux paiements électroniques.
également, l’évolution des comportements de paiement constitue un indicateur clé de la transition digitale.
Les paiements effectués via les TPE ont atteint 93,4 milliards de dirhams en 2025, contre 82 milliards en 2024. Les paiements en ligne ont également progressé pour atteindre 12,1 milliards de dirhams, contre 11 milliards un an auparavant. La baisse du panier moyen, passé de 426 dirhams à 383 dirhams par opération, illustre également une évolution importante : les moyens de paiement digitaux commencent à être utilisés pour des transactions de plus faible montant, auparavant largement réalisées en espèces. Le paiement mobile participe également à cette dynamique. Le volume des transactions effectuées via les comptes de paiement a progressé de 26% pour atteindre 54,7 milliards de dirhams en 2025. Cette croissance a notamment été soutenue par la dématérialisation des aides sociales directes, dont les opérations ont représenté 24,2 milliards de dirhams. La ventilation par catégorie d’opération fait ressortir la prédominance des retraits, dont la part continue de progresser à 52%, suivis des transferts de fonds à 28% et des dépôts à 12%. Les paiements via wallets et par carte ont augmenté à 6% après 2% en 2024. Il est à souligner que la proportion de la population adulte qui détient un compte bancaire au Maroc se situait à 58% en 2024, contre 53% en 2020, tandis que le nombre de cartes bancaires a atteint 22,6 millions et ce, outre 13,7 millions de M-Wallet.
Malgré ces avancées, le Maroc reste confronté à une forte demande de monnaie fiduciaire. En 2025, la circulation fiduciaire a atteint 513 milliards de dirhams, en hausse de 15,5% sur un an contre 7,6% un an auparavant et 10,5% en moyenne en 2022 et 2023.En volume, le stock en circulation a concerné 3,4 milliards de billets de banque et 3,4 milliards de pièces de monnaie, soit des augmentations annuelles respectives de 15% et de 3%.
Ainsi, le ratio de la circulation fiduciaire rapporté au PIB s’est établi à fin 2025 à 30%, contre 28% en 2024 et des taux légèrement au-dessus de 20% avant la crise sanitaire.
Avec un total de 508,5 milliards de dirhams et l’équivalent de 99% de la circulation fiduciaire, le stock des billets de banque en circulation a marqué une augmentation de 15,6% en 2025, contre 7,7% un an auparavant. Les retraits nets se sont établis à 69 milliards de dirhams, contre 32 milliards en 2024. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment le poids de certains secteurs économiques où les espèces restent largement utilisées, comme le commerce, le bâtiment et les travaux publics ou certaines professions libérales. L’économie informelle constitue également un facteur important. Selon les analyses de Bank Al-Maghrib, elle représentait en moyenne 34% du PIB sur la période 2021-2023, contribuant au maintien d’un recours élevé aux espèces. Il est à rappeler que la monnaie fiduciaire s’est accrue annuellement de 10,6% entre 2020 et 2024 puis de 18,5% en 2025 pour atteindre 491 milliards de dirhams. Ce niveau représente 28,5% du PIB, un ratio parmi les plus élevés en comparaison internationale.
Les leviers à activer
Recommandations : Selon une étude menée par Bank Al-Maghrib, la réduction progressive de l’usage du cash au Maroc nécessite la mise en place d’une stratégie globale et coordonnée impliquant l’ensemble des acteurs de l’écosystème financier. Plusieurs leviers ont été identifiés dans ce sens, dont la généralisation de la dématérialisation des paiements gouvernementaux, incluant les aides sociales, les prestations de la CNSS et la collecte des taxes locales, afin d’éliminer progressivement les flux en espèces. A cela s’ajoute la création d’un fonds dédié pour équiper les commerçants en terminaux de paiement à moindre coût et réduire les frais de transaction. Ainsi que la mise en place d’une politique tarifaire incitative, avec un plafond des frais d’interchange fixé à 0,65% et une baisse des coûts des paiements numériques, notamment les virements instantanés.
Pour faciliter les transactions locales et transfrontalières, il est également recommandé de mettre en place une plateforme de paiement instantané unifiée (basée sur un QR code interopérable). La réforme du cadre légal pour clarifier la définition des paiements numériques et généraliser la facturation électronique est également de mise. Il est également suggéré d’adopter une gouvernance agile et des mécanismes de suivi rigoureux en vue de piloter cette transition vers un écosystème financier où les paiements numériques deviendront la norme.









