Développement durable : Une stratégie nationale pour fédérer les politiques publiques

Développement durable : Une stratégie nationale  pour fédérer les politiques publiques

La SNDD, cadre fédérateur des politiques sectorielles pour assurer la transition vers une économie verte et inclusive

L’émergence du concept de l’économie verte au niveau international en tant que nouveau paradigme témoigne d’une prise de conscience accrue de la limite des modèles actuels de développement. En effet, le potentiel de croissance économique future et le développement lui-même sont mis en péril, en raison de la dégradation de l’environnement, des pénuries de ressources, du changement climatique, de la désertification et d’autres risques environnementaux.
La transition vers une économie verte est bénéfique du point de vue économique et social et incite à l’intégration des préoccupations environnementales dans les aspects pertinents de la politique économique de manière à prévenir et maîtriser les conséquences négatives sur l’environnement et les écosystèmes qui pourraient résulter du développement.
Au Maroc, la SNDD, élaborée par le ministère de l’énergie, des mines et de l’environnement – département de l’environnement, dans le cadre d’un large processus de concertation et qui a été adoptée le 25 juin 2017 par le Conseil des ministres sous la présidence effective de Sa Majesté le Roi Mohammed VI traduit la volonté de notre pays d’inscrire les efforts de développement économique, social et culturel dans une perspective durable. Toutes les dispositions nécessaires pour accélérer sa mise en œuvre ont été prises, à savoir le renforcement du cadre de gouvernance à travers la Commission nationale de développement durable, l’élaboration et l’actualisation des Plans d’actions sectoriels de développement durable (PADD) en collaboration avec les départements ministériels, l’élaboration du Pacte de l’exemplarité de l’administration (PEA) et d’un guide pour sa mise en œuvre et la mise en place d’un système de suivi.

Transition

Cette stratégie ambitionne une transition vers une économie verte d’ici 2030 à travers un ensemble de réformes politiques, institutionnelles, réglementaires et financières, pour promouvoir notamment : le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, l’économie de l’eau, la gestion durable des déchets solides et liquides et la résilience face aux impacts des changements climatiques. Elle constitue à cet égard le cadre fédérateur de toutes les stratégies sectorielles pour assurer la transition de notre pays vers une économie verte et inclusive.
En effet, l’enjeu 2 de la SNDD met en avant les principaux secteurs productifs, au sein desquels les gisements de création de valeur et d’emplois sont importants, mais également avec un fort potentiel d’atténuation des pressions sur les ressources. Au titre de cet enjeu, 11 axes stratégiques ont été identifiés pour réussir cette transition dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, l’industrie, l’urbanisme, le tourisme, le transport et l’énergie et mines.
Dans le cadre de ce processus de transition vers une économie verte et inclusive, plusieurs programmes sont en cours d’exécution au niveau des différents secteurs dans l’objectif de concilier le processus de production avec les exigences de durabilité tout en créant de nouvelles opportunités d’investissement et d’emplois. Une politique volontariste en matière de changement climatique et des secteurs sur la voie d’un développement sobre en carbone.

Faible émission

Le Maroc bénéficie d’un statut de faible émetteur des gaz à effet de serre, il est soumis de par sa position géographique à une grande vulnérabilité naturelle aux impacts des changements climatiques (désertification, inondations, raréfaction des ressources en eau…), ce qui constitue un défi majeur pour le développement de l’économie. Pour y faire face, notre pays a mis en place une politique climatique ambitieuse qui a été consacrée dans la Contribution déterminée au niveau national du Maroc (CDN) au titre de la Convention des Nations Unies sur le Climat, considérée comme compatible avec l’objectif mondial de limitation de l’augmentation de la température mondiale à 1.5°C. La CDN Maroc vise un objectif de réduction des émissions de GES de 42% à l’horizon 2030. Cet objectif correspond à une réduction cumulée de 523,5 Mt éq-CO2 sur la période 2020-2030. Dans le cadre de la mise en œuvre de sa Contribution déterminée au niveau national (NDC), un Plan climat national (2020-2030) a été élaboré et vise à instaurer durablement un mode de développement bas carbone et résilient au climat. De même, un Plan national d’adaptation qui a pour objectif de renforcer la résilience de façon adéquate et urgente de la population et des territoires a vu le jour. Cette ambition a été possible grâce à la politique volontariste de notre pays en matière de développement des énergies renouvelables qui s’est fixé comme objectifs l’augmentation de la part de ces énergies à 52% de capacité d’énergie électrique installée en 2030, mais aussi dans le domaine de l’efficacité énergétique, la promotion de l’hydrogène et la valorisation de la biomasse, pour atteindre l’objectif d’une économie sobre en carbone alignée avec l’accord de Paris.

Plan Maroc Vert

D’autre part, dans le domaine de l’agriculture, le Plan Maroc Vert (PMV) qui repose sur deux piliers majeurs – l’agriculture moderne et l’agriculture solidaire – a permis d’assurer l’intégration de la durabilité socio-économique, en augmentant de manière significative le revenu agricole des exploitants les plus fragiles, notamment dans les zones périphériques, et qui sera renforcé en prenant en considération une meilleure gestion des sols, une valorisation des déchets générés ou encore le renforcement de l’intégration de l’adaptation au changement climatique. Ces mesures seront davantage renforcées dans le nouveau programme qui vient d’être lancé «Génération Green 2020-2030».
En relation avec le secteur de la pêche, la stratégie sectorielle Halieutis a permis d’inscrire ce secteur dans la durabilité pour préserver les ressources halieutiques, la qualité et la santé des mers et océans, moderniser le secteur de la pêche artisanale, améliorer les conditions de travail des artisans pêcheurs et valoriser les produits de la pêche. Des efforts supplémentaires seront déployés pour reconstituer les stocks des espèces exploitées et de renforcer les programmes de formalisation de l’informel.
Concernant le transport, la mise en œuvre de modes de transports propres à l’instar des tramways et des bus électriques dans certaines villes est un levier fondamental pour réduire la consommation des combustibles et la facture énergétique du Maroc. La Stratégie nationale de la logistique vise une réduction des coûts associés ainsi qu’une contribution au développement durable à travers la réduction des nuisances.

Valorisation

Parallèlement, le Programme national des déchets ménagers (PNDM) lancé par ce ministère en collaboration avec le ministère de l’intérieur en 2009 s’est fixé comme objectifs le recours à des pratiques d’élimination respectant l’environnement, la création d’emplois et la promotion des conditions socio-économiques des employés du secteur, notamment à travers la promotion des activités de tri, recyclage et valorisation, par le biais de la mise en place de 26 Centres d’enfouissement et de valorisation (CEV) pour un investissement global de 3,8 milliards DH et qui a permis d’atteindre un taux de mise en décharge des déchets d’environ 62%.
Ainsi, à travers une démarche partenariale et collaborative impliquant tous les acteurs concernés aussi bien publics que privés, il a été procédé à l’identification et la mise en place des filières prioritaires ciblant notamment les batteries à plomb usagées, les pneus usés, les huiles de moteur usagées, le papier et carton, les huiles alimentaires usagées, les déchets des équipements électriques et électroniques, les déchets de construction et de démolition, les déchets incluant le plastique et les véhicules en fin de vie. Six conventions ont été signées avec le secteur privé afin de structurer et développer 6 filières parmi celles recensées prioritaires sur l’ensemble du territoire. De même 10 autres filières sont en phase de diagnostic ou d’étude.

L’économie circulaire, un chantier phare pour la transition vers l’économie verte

Une attention particulière est accordée à l’évolution de notre économie visant le passage d’une économie linéaire, où le développement est couplé à l’épuisement des ressources naturelles parfois non renouvelables et à l’accroissement des quantités de déchets, vers une économie circulaire qui cherche à optimiser les flux de matière et d’énergie, à réduire et à contrôler les rejets et les déchets.
Dans le secteur des déchets, l’objectif de la réforme enclenchée est de promouvoir leur valorisation en tant que matière secondaire, à réduire la pression sur les ressources et à mettre les fondements d’une économie circulaire et inclusive en tant qu’approche concrète et opérationnelle de l’économie verte.
Cette réforme est en effet un axe stratégique de la transition vers une économie verte, qui vise la promotion d’une gestion intégrée des déchets pour mettre en œuvre une économie circulaire.
Le recours à l’économie circulaire (réduire, réutiliser, recycler) est un chantier clé de la gestion durable des déchets et a constitué une référence pour le lancement du Programme national de valorisation des déchets. Ce Programme a été conçu pour concrétiser cette volonté de développer la dimension productive des déchets à travers le recyclage, la valorisation, et l’innovation dans la gestion des matériaux afin de rompre avec le modèle linéaire. Outre ses bénéfices écologiques, ce programme est créateur de richesse et d’emplois sur l’ensemble du territoire et son développement doit permettre à notre pays d’en tirer un avantage en matière de réduction des importations et de préservation des ressources.

L’innovation technologique, un levier pour encourager l’entrepreneuriat vert chez les jeunes

Les défis que nous impose la transition vers l’économie verte ne peuvent être relevés sans le recours à l’innovation qui doit nous montrer la voie vers de nouvelles technologies adaptées au contexte national et qui peuvent nous aider à rationaliser et à optimiser, autant que possible, la gestion de nos ressources naturelles et à réduire le coût de la dégradation de notre environnement, tout en contribuant à l’amélioration du cadre de vie de nos citoyens.
Et c’est dans ce cadre que le ministère a mis en place avec ses partenaires un ambitieux Programme de promotion de l’entrepreneuriat vert à travers l’organisation de compétitions annuelles visant à soutenir les projets les plus innovants, par un programme d’accompagnement et un appui financier.
Lancé en 2016, ce Programme a permis d’accompagner 120 jeunes entrepreneurs et de contribuer au financement de 28 startups à hauteur de 4,4 M DH autour des thématiques liées à la valorisation des déchets, la gestion rationnelle de l’eau, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, et le bâtiment vert.
Les lauréats de ce concours reçoivent une dotation financière pour l’acquisition d’équipements et de services, et un accompagnement technique personnalisé, destinés à les propulser sur le marché.
Outre l’appui aux jeunes startups innovantes, le Programme permet de communiquer et d’informer sur les opportunités d’emplois verts qui vont émerger avec la mise en œuvre de la SNDD au niveau des secteurs et des territoires.

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