Dossier : Des ressources toujours menacées

Plus d’un mois et demi, le reprise de la pêche, entamée le 15 décembre dernier, aura-t-elle tiré les enseignements d’un passé pas si lointain, où l’effort accentué de pêche a failli sonner le glas d’un secteur vital de l’économie marocaine. Décidée après 8 mois et demi d’arrêts biologiques, l’autorisation de pêche a été prise sur avis de l’Institut national des recherches halieutiques (l’INRH) qui a établi un quota saisonnier arrondi à 20 000 tonnes et qui a relevé que la biomasse enregistrée durant le mois de décembre 2004 est le triple de celle correspondant au mois de septembre.
Une bouffée d’air et une reprise, selon les professionnels qui se déroulent dans de bonnes conditions, mais qui ne reposent pas moins la question sur l’adéquation entre l’effort de pêche et l’état de la ressource. Surtout que depuis 1989, l’INRH a dit que l’effort de pêche est de 40% au-dessus de la normale pour les céphalopodes, le poulpe en particulier. Aujourd’hui, les choses n’ont pas changé. Le taux de sur-pêche est de 50%. La fameuse matrice pour préserver les ressources n’est toujours pas respectée. Une matrice qui veut réduire la pêche artisanale à 2.500 barques, contre 6.000 à 7.000 unités actuellement en activité.
La pêche côtière, elle, devra passer de 300 à 100 unités. Pour la pêche hauturière, qui revendique l’ancienneté par rapport aux deux catégories précitées, il ne sera pas facile de faire baisser leur nombre.
Mais en définitive, « grâce à la politique des quotas, individuels et transférables au sein de la même société, d’un bateau à l’autre, un armateur qui dispose de 10 bateaux par exemple, préfèrera économiser sur le coût et le carburant, en envoyant un nombre réduit en mer, du moment qu’avec cent ou un seul bateau, il ne peut pas dépasser la limite impartie», nous avait déclaré Abdelatif Barrahou, directeur général de l’INRH, dans une récente interview accordée à ALM. Mais entre les objectifs tracés et la réalité du terrain, le fossé ne fait que se creuser davantage.
La menace sur le poulpe persiste. En l’espace des trois dernières années, les stocks se sont réduits de 90%, avant l’arrêt biologique. Ils sont passés de 100 000 T en 2001, date du démarrage du premier plan de gestion de la pêcherie, à 18 000 T en 2003 puis seulement 8 000 T avant de reprendre.
Et pour cause, selon le ministère de tutelle, la surexploitation, « licite ou illicite » qui continue de faire des ravages. Pour certains professionnels, l’arrêt continu s’est non seulement négativement répercuté sur les armateurs et les marins, mais il n’a pas pu remédier à la crise. Entre temps, la baisse enregistrée est de 60% en termes de chiffre d’affaires dans la pêche hauturière et artisanale.
L’objectif immédiat pour le moment reste la lutte contre la pêche illicite, l’une des causes premières à l’origine de la destruction de la pêcherie. Aujourd’hui, c’est le poulpe qui est menacé, mais bientôt, avait rappelé le ministre dans un entretien à la MAP, ce sera le cas des crevettes et d’autres espèces, telles que la sardine, sur laquelle plusieurs opérateurs se sont rabattus, qui seront en danger…

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