Dr Said Chakri, président de l’Observatoire de la protection de l’environnement et des monumentshistoriques (OPEMH) de Tanger
Mobilisation : Dans cet entretien, le président de l’OPEMH de Tanger et expert en environnement et changement climatique et point focal national de l’alliance panafricaine pour la justice climatique nous parle de l’avancement du dossier de classement de Tanger au patrimoine mondial ainsi que de sa lecture du projet de plan d’aménagement de Tanger-Médina qui fait l’objet jusqu’au 27 mars d’une enquête publique.
ALM : Quel est l’objectif principal de la série de réunions organisée autour du dossier de classement de Tanger au patrimoine mondial ?
Dr Said Chakri : L’objectif de ces réunions est de relancer de manière crédible et structurée le processus de classement de Tanger au patrimoine mondial de l’Unesco. Ce chantier, amorcé en 2017, a connu un ralentissement. Il est aujourd’hui nécessaire de lui redonner une impulsion institutionnelle forte. Pour nous, le classement Unesco ne constitue pas un simple label symbolique, c’est un véritable levier de développement durable. Il permettrait de protéger l’identité historique et culturelle de la ville tout en renforçant son rayonnement international.
Tanger vit un moment historique. Avec la perspective de la Coupe du monde 2030, la ville a l’opportunité de conjuguer dimension sportive et reconnaissance patrimoniale internationale. Associer le label Unesco à cet événement renforcerait considérablement l’image de Tanger comme métropole moderne, mais profondément ancrée dans son histoire.
Quels sont les principaux partenaires dans le cadre de ce dossier ?
L’OPEMH de Tanger travaille dans une logique de dialogue et de partenariat. La direction régionale de la culture, la délégation régionale du tourisme et l’Agence nationale des eaux et forêts figurent parmi les partenaires déjà mobilisés. Nous sommes conscients qu’un projet d’une telle envergure ne peut aboutir sans une volonté politique claire. C’est pourquoi nous avons invité l’ensemble des autorités locales, élus, parlementaires et forces vives de la ville à s’y impliquer. Nous nous réjouissons que certains aient déjà répondu favorablement. Ce dossier n’est pas celui d’une association, mais celui de la ville. L’Observatoire exerce son rôle constitutionnel de veille et de plaidoyer. La réussite dépendra de l’engagement collectif des institutions et de la mobilisation citoyenne.
Quels sont les résultats de ces réunions ?
Nous sommes encore dans une phase de relance, il serait donc prématuré de parler de résultats définitifs. Néanmoins, plusieurs avancées sont notables dans ce dossier. Un consensus s’est dégagé sur la nécessité de renforcer les capacités techniques locales, notamment à travers une formation spécialisée en coordination avec l’Unesco. Un travail d’inventaire des sites nécessitant une protection juridique a également été engagé, avec des visites de terrain programmées.
L’accès aux données de la phase précédente a été identifié comme une priorité afin d’éviter les erreurs du passé. Au-delà de ces avancées techniques, les signaux citoyens sont encourageants. D’ailleurs, les publications de l’Observatoire ont suscité un intérêt réel sur les réseaux sociaux. Les retours sont positifs. Cela montre que la protection du patrimoine n’est pas une question marginale : elle touche à l’identité collective de la ville.
Quelle est votre lecture du projet de plan d’aménagement de Tanger-Médina qui fait selon une approche participative l’objet jusqu’au 27 mars d’une enquête?
Le plan d’aménagement est un document structurant pour l’avenir de Tanger. Nous reconnaissons certains éléments positifs, notamment l’encadrement de l’expansion urbaine. Cependant, nous avons identifié des insuffisances préoccupantes. L’absence de référence explicite à la loi 81.12 sur le littoral et à la loi 33.22 sur le patrimoine constitue un manque important. Ces textes sont des piliers de la planification durable. Nous avons également relevé des modifications concernant certaines zones naturelles et une prise en compte insuffisante de certains sites historiques, notamment des vestiges comme les voies romaines.
Sur le plan méthodologique, la participation citoyenne aurait pu être plus inclusive. L’enquête publique a souffert d’un déficit de communication. Le document, rédigé uniquement en français dans un langage technique, reste peu accessible au grand public. Une version en arabe et un document simplifié auraient été souhaitables. L’Observatoire prépare actuellement une note argumentée, élaborée selon une approche participative, qui sera déposée auprès de la commune dans un esprit constructif.
Quelles sont vos propositions pour ce projet de plan?
Nous sommes en phase d’élaboration d’une note de plaidoyer approfondie. Nos propositions sont claires. Il s’agit d’intégrer explicitement les exigences environnementales et patrimoniales dans les documents d’urbanisme, avec application rigoureuse des lois sur le littoral et le patrimoine ; renforcer la protection des espaces naturels et forestiers et garantir une participation citoyenne réelle et transparente.
Au-delà des aspects techniques, notre position est constante : Tanger a bénéficié, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, de projets structurants qui lui ont donné une dimension internationale remarquable. Il est aujourd’hui essentiel que cette dynamique s’accompagne d’une protection durable du patrimoine et de l’environnement.










