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Entre révolution technologique et impératif éthique mondial : L’Euromed de Fès questionne les défis de l’IA et de la civilisation humaine

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Les enjeux soulevés par l’intelligence artificielle appellent une mise en perspective internationale.

Progrès technologique : Réuni à l’Université Euromed de Fès, un panel de haut niveau a engagé une réflexion internationale sur les mutations profondes induites par l’intelligence artificielle. Entre promesses technologiques et enjeux éthiques, les échanges ont mis en lumière les défis majeurs que pose cette révolution pour les sociétés contemporaines et l’avenir de la civilisation humaine.

L’avenir de la civilisation humaine à l’épreuve de l’intelligence artificielle a été passé au crible lors des Rencontres de Université Euromed de Fès. Un large panel de décideurs de haut niveau, experts et chercheurs ont débattu autour des enjeux, des promesses et des défis d’une révolution technologique sans précédent.Organisées en collaboration avec la Chaire des Nations unies pour l’alliance des civilisations et en partenariat avec la Ligue islamique mondiale (Muslim World League) et l’Alliance des civilisations des Nations Unies (UNAOC), ces rencontres sont conçues comme une «plateforme stratégique» de dialogue et de réflexion sur les mutations majeures induites par l’IA. L’occasion étant de mettre en lumière les dernières innovations dans le domaine de l’IA et leur impact sur le développement technologique, tout en abordant les enjeux sociétaux et de gouvernance, avec un accent particulier sur les principes d’éthique, de responsabilité et de confiance. Les échanges ont porté sur les cadres normatifs, les mécanismes de régulation et les modèles de coopération internationale nécessaires pour accompagner le développement de l’IA dans un environnement global en constante mutation, au service de l’Homme.

Un modèle marocain conciliant progrès technologique et valeurs humaines

Intervenant dans ce sens, André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté le Roi, s’est félicité de voir l’université marocaine à Fès et ailleurs mobilisée pour donner au Maroc la capacité de maîtriser, d’intégrer et d’optimiser la profonde mutation à laquelle se préparent nos sociétés confrontées à la révolution technologique de l’intelligence artificielle. «Le fait que notre rencontre d’aujourd’hui soit le fruit d’un partenariat avec l’Alliance des civilisations des Nations Unies ne doit rien au hasard», a-t-il indiqué. Et de poursuivre : «Fort du leadership éclairé de SM le Roi Mohammed VI, le Maroc saura une fois encore ne laisser passer aucun des rendez-vous que la science et technologie donnent à la Communauté des Nations, mais je suis convaincu qu’il saura avec la même détermination ne rien céder sur l’éthique et les valeurs humanistes qui sont le legs le plus précieux de notre histoire et qui, aujourd’hui comme hier, et comme cela le sera demain dans le monde de l’IA, continueront de nourrir et d’inspirer la civilisation marocaine». M. Azoulay a rappelé dans son discours que le Maroc s’est historiquement distingué par sa capacité à accompagner les mutations et les progrès tout en préservant les fondements humanistes de son identité. Une approche volontariste et vigilante qui, selon André Azoulay, doit aujourd’hui se prolonger face aux transformations numériques, en évitant tout déterminisme purement technologique et en veillant à ce que l’avenir digital renforce durablement les valeurs humaines comme socle du véritable progrès. «En ce mois d’avril 2026, dans un temps et dans un espace assiégés par les conflits, on comprend mieux que jamais que la paix n’est pas un algorithme, mais les algorithmes peuvent et doivent devenir notre programmation collective la plus exigeante, la plus consensuelle et la plus exaltante en donnant une fois encore à la science la prééminence de la consolidation et de l’approfondissement des valeurs qui ont été et qui restent le corollaire le plus direct du progrès», a-t-il conclu. Et de souligner que «le Maroc continuera à faire des acquis de sa civilisation le réacteur central de sa modernité et que les centaines d’étudiants réunis autour de nous aujourd’hui par l’Université Euromed de Fès incarnent mieux que quiconque les promesses marocaines du jour d’après». Toujours du côté du Maroc, Youness Sekkouri, ministre de l’inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, a rappelé que le Maroc adopte une position assumée dans le débat sur l’intelligence artificielle, en refusant à la fois le repli technologique et une dépendance exclusive aux logiques de marché, pour privilégier une troisième voie fondée sur une modernisation maîtrisée, éthique et inclusive. Une orientation qui traduit, selon le ministre, une conviction plus large: «L’intelligence artificielle n’est pas simplement une révolution technologique, mais une épreuve politique de notre capacité collective à décider et non à subir».

Les mises en garde de Miguel Angel Moratinos

Dans le prolongement de cette réflexion portée par les responsables marocains, le débat s’élargit naturellement à une dimension plus globale. En effet, les enjeux soulevés par l’intelligence artificielle appellent une mise en perspective internationale, tant les transformations en cours redéfinissent les équilibres sociaux, politiques et civilisationnels à l’échelle mondiale. C’est dans cette logique que s’inscrit l’intervention de Miguel Angel Moratinos, haut représentant des Nations Unies pour l’Alliance des civilisations, qui propose une lecture plus universelle des risques et des responsabilités liés à l’IA. Le responsable onusien a appelé à redonner toute sa place à l’intelligence humaine comme choix stratégique pour faire face à ce qu’il a qualifié de «dictature technologique» engendrée par le développement accéléré de l’intelligence artificielle (IA). «L’intelligence artificielle n’est plus un simple outil d’assistance, mais constitue désormais une transformation structurelle profonde susceptible de remodeler les sociétés et l’être humain lui-même», a-t-il dit, tout en mettant en garde contre les multiples répercussions de l’IA à différents niveaux. M. Moratinos a aussi soulevé la problématique de l’absence de contrôle sur les algorithmes, s’interrogeant sur «les acteurs qui les maîtrisent et leur influence sur l’intégrité des processus électoraux et la prise de décision», en l’absence d’un cadre clair de redevabilité. Sur le plan des valeurs et de l’existence, il a mis en garde contre les risques d’effacement de la dimension humaine et de substitution des valeurs spirituelles par «l’écran», ce qui pourrait conduire à l’affaiblissement de la diversité civilisationnelle et à l’émergence d’une société unidimensionnelle dépourvue d’âme et de sens. Il a également appelé à réorienter les investissements vers le soutien de l’intelligence humaine, notamment au sein des universités et des centres de recherche, plutôt que de se concentrer exclusivement sur l’intelligence artificielle, exhortant les jeunes à jouer un rôle actif dans la construction de la paix et la promotion de solutions diplomatiques aux conflits. Le responsable onusien a mis en avant les grands défis économiques que soulève cette mutation, notamment le risque de disparition de centaines de millions d’emplois, avec les conséquences sociales préoccupantes qui en découlent. Il a également évoqué le défi social lié au recul de la communication humaine directe, ainsi que l’impact du chômage technologique sur la dignité humaine et l’équilibre psychologique.

Euromed de Fès, pionnière de la formation en intelligence artificielle

Face à cette transformation technologique sans précédent et aux perspectives vertigineuses qu’elle ouvre, les interrogations se déplacent désormais vers ses implications humaines, éthiques et civilisationnelles. Dans cette dynamique, l’Université Euromed de Fès a engagé une approche anticipative en créant dès 2017 la première école d’ingénieurs dans l’espace euro-méditerranéen et africain entièrement dédiée à l’intelligence artificielle. Un choix réfléchi qui répond aux enjeux liés à l’emploi dans un monde changeant et qui impose une transformation profonde des systèmes d’enseignement et de formation. «L’enjeu étant de former une génération future à des métiers qui pour certains n’existent pas encore», assure Mostapha Bousmina. Intervenant dans ce sens, le président de l’UEMF a mis en exergue l’ampleur d’une révolution qu’il qualifie d’inédite. «Nous assistons au développement fulgurant de l’intelligence artificielle et déjà à l’émergence potentielle des premières formes de la super-intelligence dont on ne connaît pas encore les expressions», a-t-il souligné. Et de poursuivre : «Les perspectives sont vertigineuses, notamment avec la convergence entre l’IA, les neurosciences, les biotechnologies, les nanotechnologies et bientôt la quantique, ce qui ferait entrer l’humanité dans l’ère du transhumanisme avec un nombre hybride et augmenté». Il est à noter que cette rencontre a été marquée par le remise des «Prix Méditerranée 2026». Les trophées ont été décernés à Amal El Fellah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la transition numérique et de la réforme de l’administration, à Mohamad Bin Abdoulkarim Alissa, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, à l’Alliance des civilisations des Nations Unies (UNAOC), représentée par son haut représentant Miguel Angel Moratinos.