Bank Al-Maghrib a procédé à des stress-tests afin d’évaluer la résilience du système financier face à différents scénarios de risque.
Stabilité économique : Face à un contexte international incertain, marqué par des tensions géopolitiques persistantes, Bank Al-Maghrib a tenu sa première réunion annuelle du conseil central sous le signe de la vigilance. Retour sur les principales annonces du gouverneur de la Banque centrale.
L’incertitude internationale s’est invitée avec force lors du point de presse du wali de Bank Al-Maghrib, tenu le mardi 17 mars, en marge de la première réunion de l’année du conseil de la Banque centrale. En effet, les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, viennent assombrir le paysage économique, replongeant ainsi l’économie mondiale dans le flou. Une situation qui impose vigilance et prudence sur le plan macroéconomique. Le Maroc, rodé à ces chocs exogènes, ne cesse de renforcer son dispositif d’anticipation. Face à cette conjoncture, Bank Al-Maghrib a procédé à des stress- tests afin d’évaluer la résilience du système financier face à différents scénarios de risque. Les hypothèses prises tiennent compte de la fluctuation des prix de l’énergie et de son impact sur des secteurs stratégiques tels que les transports et services. «L’éventail des hypothèses va de 70 à 140 dollars le baril, c’est-à-dire du simple au double. Et bien sûr, quelle que soit l’hypothèse retenue, l’impact et les conséquences changent», indique à ce propos Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. L’impact est en effet évalué aussi bien sur la balance des paiements que sur l’inflation et les équilibres budgétaire». «Nos décisions seront prises en fonction de l’actualisation des données. Nous continuerons à suivre la situation de près et procéderons éventuellement à une réunion exceptionnelle si l’impact sur l’économie nationale l’exige», peut-on retenir de M. Jouahri.
L’hypothèse d’éviction du crédit au détriment des TPME écartée
La conjoncture actuelle interpelle également quant à l’évolution des conditions de financement de l’économie. Un contexte qui pourrait favoriser un effet d’éviction du crédit au détriment des TPME. Une hypothèse pour le moment écartée par la Banque centrale. «Nous ne pensons pas qu’il y aurait un effet d’éviction au niveau de TPE malgré cette conjoncture», confirme M. Jouahri.
Bank Al-Maghrib indique, en effet, avoir anticipé ces enjeux en mettant en place des leviers à améliorer l’accès des TPME aux financements à l’instar de la Charte de la TPME dont le lead de l’accompagnement a été attribué à Maroc PME. Un autre chantier structurant a été ouvert, à savoir celui du scoring des TPE. Le wali de Bank Al-Maghrib assure dans ce sens avoir finalisé le travail avec les crédits bureaux alors qu’une solution sera incessamment présentée à ce propos aux banques. M. Jouahri évoque par ailleurs l’amélioration des taux de couverture de garantie des crédits par Tamwilcom au profit de TPME. Il est ainsi passé de 70 à 75 %. Ce taux a atteint jusqu’à 80 % pour les entités dirigées par des femmes. «Nous travaillons pour rendre les dossiers plus facilement banquables», souligne M. Jouahri. Une orientation qui vient faciliter l’accès de TPME au financement, notamment dans un contexte marqué par des besoins croissants en financement de l’investissement et des infrastructures économiques et sociales.
Au-delà de ces mécanismes de garantie, le wali a mis en avant les marges de manœuvre dont dispose encore le système bancaire pour accompagner cette dynamique de financement. «Nous avons évalué quelles étaient les potentialités de mobilisation de garantie auprès de Bank Al-Maghrib et nous savons que les lignes mobilisables peuvent atteindre les 450 milliards de dirhams alors que nous sommes maintenant autour de 160 milliards de dirhams. Donc la marge est encore large et par conséquent les banques peuvent se refinancer encore», peut-on retenir d’Abdellatif Jouahri.
Les fondamentaux économiques toujours solides
Au-delà des enjeux conjoncturels, cette période d’incertitude remet également au centre du débat le rôle de Bank Al-Maghrib en tant que garant des équilibres macroéconomiques et de la stabilité financière. A ce niveau de la discussion, M. Jouahri a mis en avant l’engagement de la Banque centrale à maintenir la valeur du dirham, rappelant dans ce sens la doctrine du «dirham fort» . «Nous avons tenu une politique d’un dirhams fort. Mais le dirham n’est fort que parce que les équilibres macroéconomiques sont maintenus chacun dans son domaine : une politique budgétaire soutenable avec une dette qui diminue et l’adoption d’une politique monétaire accommodante» , précise-t-il. Une approche qui a conféré à la Banque centrale une reconnaissance internationale. En témoignent les évaluations favorables attribuées aux agences de notation ou encore les lignes modulables du FMI permettant au Maroc de tirer sans conditions. Une confiance qui témoigne de la solidité des fondamentaux économiques du pays.
Le chantier d’innovation financière progresse
Pour préparer au mieux l’économie nationale aux défis de l’avenir, Bank Al-Maghrib s’est engagé dans une dynamique d’innovation financière, avec des projets phares tels que l’e-dirham et la régulation des cryptoactifs. Des projets qui avancent à grands pas. «Le projet de loi sur les cryptoactifs est au niveau du Secrétariat général du gouvernement. Il va bientôt être déposé au Parlement. En parallèle, les équipes de la Banque centrale se penchent sur le dossier du e-dirham en listant les priorités. «C’est un dossier qui prend un peu de temps car si nous devons avoir des réflexions, c’est sur le moyen terme », fait savoir M. Jouahri. La priorité étant de réduire le cash qui a augmenté de 15 % en 2025.
Indicateurs clés
• Une croissance de 5,6 %
Selon les projections de Bank Al- Maghrib, la croissance de l’économie nationale aurait connu une nette amélioration à 4,8 % en 2025. Elle devrait se situer à 5,6 % en 2026, avant de ralentir à 3,5 % en 2027.
• Un rebond de la valeur ajoutée agricole
Après une progression qui aurait atteint 5% en 2025, un rebond de la valeur ajoutée agricole de 14,4% en est attendu en 2026, suivi d’un recul de 5,3% en 2027 sous l’hypothèse d’un retour à une campagne céréalière moyenne.
• Une activité non agricole robuste
En regard notamment à la dynamique de l’investissement dans les infrastructures économiques et sociales, la croissance des activités non agricoles resterait robuste, oscillant autour de 4,5%.
• Une inflation quasi stable
L’inflation ressortirait quasi stable d’une année à l’autre à 0,8 % en 2026, puis atteindrait 1,4 % en 2027.










