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Gestion de l’eau : Les recommandations de la Cour des comptes

Gestion de l’eau : Les recommandations de la Cour des comptes

Renforcement de la police de l’eau, dessalement, réutilisation des eaux usées…

La gestion du secteur de l’eau doit dépasser plusieurs insuffisances en vue de relever les défis liés à la mobilisation, la valorisation et la préservation des ressources en eau, ainsi qu’à la planification, l’organisation et le financement du secteur de l’eau».

Le dernier rapport de la Cour des comptes est plein d’enseignements concernant la gestion de l’eau. «Le Maroc dispose d’un potentiel en ressources hydriques estimé à 22 milliards de m3 par an. A ce titre, il figure parmi les 20 pays les plus « stressés » au monde en termes de disponibilité de ces ressources», explique la Cour. Et de poursuivre: «Les eaux superficielles et souterraines mobilisées sont utilisées principalement dans l’irrigation (jusqu’à 88%), la fourniture d’eau potable et la satisfaction des besoins des autres secteurs économiques (jusqu’à 12%). A travers les missions réalisées par la Cour, il ressort que la gestion du secteur de l’eau doit dépasser plusieurs insuffisances en vue de relever les défis liés à la mobilisation, la valorisation et la préservation des ressources en eau, ainsi qu’à la planification, l’organisation et le financement du secteur de l’eau».

Mobilisation et Valorisation

Selon le document de la Cour des comptes, la mobilisation des ressources en eau fait face à un déséquilibre structurel interbassins au niveau des apports hydriques annuels, avec de grandes disparités temporelles et spatiales. En conséquence, certains bassins sont excédentaires et les eaux stockées dans les barrages sont parfois déversées en mer faute d’exploitation, alors que d’autres peinent à disposer des ressources hydriques pour assurer l’alimentation en eau d’irrigation voire en eau potable. A ce titre, la Cour des comptes a recommandé de réaliser les projets matures de connexions interbassins. D’un autre côté, les barrages font face au phénomène d’envasement qui réduit leur capacité globale de stockage de 75 millions de m3 par an. Les interventions dans le cadre du Plan national d’aménagement des bassins versants ont permis certes des acquis importants. Toutefois, les réalisations restent en deçà des objectifs fixés puisque seulement 50% de la superficie programmée a pu être traitée sur la période prévue (1996–2016). Ainsi, la Cour a recommandé de développer la gestion écosystémique pour mieux protéger les barrages contre l’envasement. En matière de valorisation de l’eau dans l’irrigation, un décalage existe entre les aménagements hydro-agricoles et les superficies potentiellement irrigables à partir des barrages. Ce décalage est estimé en 2018 à 158.000 ha. A ce titre, la Cour des comptes a recommandé de veiller à la synchronisation des aménagements hydroagricoles à l’aval des nouveaux barrages avec leur construction et rattraper le retard dans les aménagements à l’aval des barrages déjà existants.

Surexploitation

De même, la mobilisation des ressources est marquée par la surexploitation des eaux souterraines, estimée à 1,1 milliard de m3/an, conjuguée à la nonutilisation d’un volume de 1,7 milliard de m3/an initialement stocké dans les barrages. Pourtant, malgré l’amenuisement de la marge de manœuvre dans la mobilisation des ressources en eau conventionnelle, les eaux non conventionnelles se limitent à 0,9% de la totalité des ressources en eau mobilisées. Dans ce cadre, la Cour des comptes a recommandé l’encouragement du recours aux sources non conventionnelles, notamment le dessalement, la réutilisation des eaux usées et la collecte des eaux pluviales. Concernant la préservation des ressources en eau, le bilan d’inventaire et de sécurisation des biens du domaine public hydraulique est particulièrement faible et le recours aux mécanismes juridiques de protection demeure limité.
A cela s’ajoute le coût élevé de la dégradation des ressources en eau liée à la pollution, estimé à 1,26% du PIB, dont 18,5% est liée à la pollution industrielle hydrique. Dans le même sens, le nombre des préleveurs d’eau non autorisés est élevé puisqu’il a été estimé en 2017 à plus de 102.264 contre 52.557 préleveurs autorisés. Pour protéger ces ressources, le législateur a créé plusieurs corps de police de contrôle en prévoyant une police par milieu, par activité ou par organisme. Néanmoins, la multiplicité de ces corps, travaillant d’une manière cloisonnée, a limité leur efficacité. A cela s’ajoutent la faiblesse de leurs effectifs et l’insuffisance des moyens mis à leur disposition.
A ce titre, la Cour a recommandé de prendre les mesures nécessaires permettant l’amélioration de la délimitation et de la protection du domaine public hydraulique, et de mettre en place les conditions nécessaires à l’application du principe « pollueur-payeur », ainsi que le renforcement de la police de l’eau.

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