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Anice Benjelloun : «La mise en place de nouveaux programmes ne doit pas être d’actualité»

Anice Benjelloun : «La mise en place de nouveaux programmes ne doit pas être d’actualité»

Entretien avec Anice Benjelloun, vice-président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers

Principal interlocuteur de l’interprofession immobilière, la Fédération nationale des promoteurs immobiliers n’a cessé depuis sa création en 2006 de militer pour assainir le secteur de l’immobilier et rehausser son attractivité. Toutefois, le marché reste fragile aux facteurs exogènes, chose qui le fait sombrer dans une profonde atonie. La crise sanitaire conjuguée à la flambée des prix des matières premières que connaît le monde actuellement sont venues affaiblir davantage cette dynamique. Face à cette conjoncture incertaine, les promoteurs privés tirent la sonnette d’alarme et exhortent la tutelle à prendre des mesures audacieuses afin de limiter la casse et insuffler un nouvel élan à ce secteur stratégique de l’économie nationale.

ALM : Comment se présente l’activité immobilière à l’heure actuelle ?
Anice Benjelloun : Nous pensons que la situation actuelle est extrêmement difficile. Les prix des hydrocarbures bien entendu augmentent et entraînent dans leur sillage les autres prix. Nous avons constaté une certaine accalmie au niveau du rond à béton. Cela s’explique par le phénomène de l’Aïd El Fitr et également l’Aïd Al Adha qui s’annonce, mais mis à part cela nous n’avons pas de visibilité surtout en ce qui concerne le logement social. A ce niveau les prix sont bloqués à la hausse. Nous sommes obligés de vendre à 250.000 dirhams comme indiquent les conventions et avec cette hausse des prix, le problème devient grave.

La flambée des prix des matières premières impacte-t-elle aujourd’hui les mises en chantier au niveau national ?
En effet, nous observons une baisse des autorisations de construire. Le dépôt du dossier d’autorisation de construire a baissé de 30 à 40% en moyenne sur l’ensemble du territoire. Ce chiffre est très alarmant. Cela aura non seulement des répercussions sur le secteur du bâtiment mais aussi sur toute l’industrie autour (carrelage, ciment, fer, sanitaire, etc.). La situation est vraiment difficile.

La tutelle envisage de lancer de nouveaux programmes d’habitat. Cette décision est-elle judicieuse compte tenu de la conjoncture actuelle ?
Nous pensons que la mise en place de nouveaux programmes ne doit pas être d’actualité par les temps qui courent. L’urgence est de réagir aux augmentations et de proposer des alternatives qui puissent soulager le secteur, permettre aux gens de continuer de construire et assurer par conséquent la pérennité de l’activité immobilière. Parler de nouveaux programmes à l’heure actuelle n’est à notre sens pas judicieux. Ce n’est pas le moment. Nous ne pouvons pas en période d’incertitude, de crise et d’inflation mettre en place un quelconque programme. Nous pensons qu’il y a lieu de sauver ce qu’il y a à sauver ne serait-ce que pour le logement social.

Que recommande la FNPI dans ce sens ?
La fédération a demandé un report de deux ans des échéances des conventions de logement social qui ont été signées. Malheureusement le gouvernement n’a pas réagi. Il faudrait quand même donner un signe à ces promoteurs qui sont engagés dans ce programme. On est dans l’expectative ! Il faut savoir que quand cette hausse des prix s’accélère elle ne touche pas uniquement les matériaux de construction. C’est une hausse généralisée des prix, donc le pouvoir d’achat du citoyen qui est déjà faible se réduit de plus en plus. A cet effet, le client potentiel n’a plus la priorité d’acheter. Nous aurions voulu que le gouvernement dans sa globalité puisse décider et prendre des mesures pour sauver le secteur parce que nous avons échangé avec la tutelle et élaboré des stratégies mais malheureusement nous n’avons rien vu venir.

Quelles sont, selon vous, les mesures prioritaires à engager pour une relance effective du secteur ?
Je citerais en premier la reconduction du programme du logement social de deux années ainsi que la réduction des taux d’enregistrement et de conservation foncière de manière importante pour encourager les gens à acheter. Il faut également essayer de faire des conventions avec les banques pour qu’elles réduisent les taux d’intérêt qui sont assez élevés et qui repartent à la hausse maintenant. Il faut aussi établir des aménagements au niveau urbanistique pour permettre une plus grande extension à la verticale en vue de diminuer le coût. C’est en partie les mesures que la tutelle devra prendre en considération à l’heure actuelle.

Peut-on avoir une idée sur les stocks disponibles sur le marché ?
Malheureusement non. Nous disposons aujourd’hui de données grossières mais pas de données fiables et bien précises. Nous avons, d’ailleurs, demandé au ministère de tutelle de faire un observatoire pour produire ce genre de statistiques. Cela nous permettra d’orienter nos projets en fonction des demandes.

Un dernier mot pour clôturer…
Bien qu’ils soient sur le terrain, les promoteurs prodiguent des conseils, orientent mais ne peuvent pas les appliquer. Il y a un code gouvernemental et législatif qui structure un peu le secteur. Nous espérons que le gouvernement réagira face à cette situation fluctuante et floue. Il est probant d’essayer de prendre des mesures pour maintenir l’activité dans cette période de fluctuation importante et de crise.

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