La Banque centrale affiche sa volonté d’accompagner la transformation de l’économie marocaine dans un contexte national et international en pleine mutation.
Politique monétaire : Préparer la transition vers un nouveau cadre de politique monétaire, mobiliser davantage l’investissement privé et préserver les intérêts des banques marocaines en Europe. Tels sont les principaux dossiers mis en avant par le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, lors du point de presse tenu à l’issue de la deuxième réunion trimestrielle du conseil de la Banque centrale.
À l’issue de la deuxième réunion trimestrielle de 2026 du conseil de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri a dévoilé, mardi lors d’un point-presse, les grandes orientations économiques et monétaires qui façonneront le prochain cap. Entre la préparation du ciblage de l’inflation prévu pour 2027, la mobilisation de l’investissement privé comme moteur de croissance et les discussions engagées pour préserver l’activité des banques marocaines en Europe, la Banque centrale affiche sa volonté d’accompagner la transformation de l’économie marocaine dans un contexte national et international en pleine mutation.
Ciblage de l’inflation : Le lancement prévu début 2027
Pour ce qui est du ciblage de l’inflation, le gouverneur de la Banque centrale a annoncé qu’une simulation à blanc est prévue au mois de décembre et ce avant le lancement en 2027. Il s’agit en effet d’un régime de politique monétaire dans lequel la Banque centrale fixe un objectif explicite d’inflation et ajuste ses instruments afin de maintenir l’évolution des prix autour de cette cible à moyen terme. «Le chantier du ciblage de l’inflation est actuellement en cours de déploiement, avec un travail de sensibilisation et de formation mené auprès des différentes catégories d’acteurs concernés», a-t-il assuré. Et de préciser que «dans ce cadre, une première rencontre a déjà été organisée avec les acteurs du secteur financier et le monde académique, tandis que des échanges avec le secteur privé sont prévus, notamment dans le cadre d’une réunion avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM)». M. Jouahri a fait savoir que le dossier complet sera présenté au conseil de la Banque en septembre prochain, avant une phase de simulation à blanc programmée en décembre.
Il a, en outre, relevé que Bank Al-Maghrib bénéficie de l’assistance technique du Fonds monétaire international (FMI) et poursuit ses échanges avec plusieurs Banques centrales ayant déjà adopté le ciblage de l’inflation, en vue de finaliser les préparatifs nécessaires. Il est à souligner que la Banque centrale mise sur le volet communicationnel dans ce processus mobilisant ainsi ses cadres au niveau régional pour accompagner et informer les différents acteurs sur les implications de cette évolution du cadre de politique monétaire.
Une réunion pour accélérer la mobilisation de l’investissement privé
Interrogé sur l’investissement privé, M. Jouahri a assuré qu’une réunion est en cours de préparation avec le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), le ministère de l’économie et des finances, le ministère de l’investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). L’occasion étant d’examiner les moyens de renforcer davantage l’investissement privé et à identifier les actions susceptibles de favoriser une plus forte contribution du secteur productif à la croissance économique. Pour le gouverneur de Bank Al-Maghrib, le terrain est actuellement balisé pour permettre à l’investissement privé de prendre progressivement le relais de l’investissement public et soutenir durablement la croissance économique au-delà de 2030. «L’effort d’investissement public continuera de soutenir la croissance dans les prochaines années, mais l’objectif demeure de voir l’investissement privé jouer un rôle accru dans la dynamique économique nationale», peut-on retenir de M. Jouahri. Et de souligner que «plusieurs leviers sont déjà en place, citant notamment la loi sur les partenariats public-privé (PPP), la nouvelle Charte de l’investissement, l’action des Centres régionaux d’investissement (CRI) ainsi que les programmes d’aménagement du territoire destinés à réduire les disparités territoriales».
Le responsable a relevé par ailleurs que l’investissement des entreprises publiques devrait demeurer soutenu au cours des prochaines années, citant en exemple le Groupe OCP qui poursuit un important programme d’investissement et dispose encore de marges de développement, notamment dans des secteurs émergents comme l’hydrogène vert. Lors de son intervention, M. Jouahri a mis l’accent sur l’importance des très petites entreprises (TPE), qui représentent plus de 90% du tissu entrepreneurial national, rappelant les initiatives récemment lancées en leur faveur ainsi que les actions attendues du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement pour soutenir l’investissement privé, notamment celui des PME et des TPE.
Directive européenne: Une issue positive anticipée par BAM
La directive européenne sur l’activité d’intermédiation des banques marocaines au profit des Marocains résidant à l’étranger s’est également invitée au débat. M. Jouahri s’est en effet montré confiant quant à une issue positive des discussions. «Cette directive, adoptée par le Parlement européen dans le contexte du Brexit, a remis en cause l’activité d’intermédiation exercée par les banques marocaines établies en Europe», a-t-il expliqué. Et de poursuivre : «Face à cette situation, une task force regroupant notamment le ministère des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, les banques marocaines concernées, la Direction du Trésor et des finances extérieures et Bank Al-Maghrib a été mise en place afin de mener les discussions avec les autorités européennes et les pays concernés». Après des échanges avec la Commission européenne, notamment la Direction générale de la stabilité financière (DG FISMA), il a été établi que la transposition de cette directive relève des législations nationales, ce qui a conduit les autorités marocaines à engager un dialogue direct avec plusieurs États membres de l’Union européenne. «Dans ce cadre, des discussions ont déjà été menées avec la France, tandis que des contacts ont été engagés avec les Pays-Bas et la Belgique et que d’autres rencontres sont programmées avec l’Espagne et l’Italie», explique M. Jouahri. Et d’ajouter : «Chaque pays adopte sa propre interprétation de la directive européenne». M.Jouahri a confié que les travaux se poursuivent dans un esprit constructif, tout en faisant valoir le principe de réciprocité au regard des intérêts détenus par ces pays au Maroc. «Je suis convaincu que nous aboutirons à une issue positive», a-t-il réitéré estimant toutefois que ce processus nécessitera du temps et devrait se poursuivre tout au long de l’année 2026. Le responsable de la Banque centrale a, par ailleurs, relevé que l’évolution des transferts des MRE demeure favorable, témoignant selon lui de la bonne dynamique observée malgré ce contexte réglementaire.









