Investissement : Mohcine Jazouli plante le décor

Investissement : Mohcine Jazouli plante le décor

Le ministre a tenu lundi une session de travail devant le patronat

«Nous devons nous fixer des objectifs accessibles et atteignables, notamment de stimuler l’investissement privé national en inversant la répartition actuelle entre l’investissement privé et public pour atteindre 2/3 de l’investissement privé et 1/3 de l’investissement public à horizon 2035».

Alors que le niveau d’investissement au Maroc est élevé, son efficience est en deçà des espérances. «Il existe aujourd’hui un réel besoin de convergence et d’efficacité de l’action publique», indique Mohcine Jazouli, ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé de l’investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, lors de la session de travail organisée à distance par la CGEM, lundi 8 novembre 2021. Cet évènement qui se tient un mois après la constitution du gouvernement a été l’occasion de définir la feuille de route qui permettrait de booster l’investissement privé avec les opérateurs et acteurs de l’économie marocaine. L’objectif étant également de réussir le challenge de la relance économique.

Cet élan arrive dans un contexte favorable. Selon Mohcine Jazouli, «beaucoup d’indices nous montrent que nous avons devant nous une séquence propice, un momentum pour réussir ce défi sur le plan national mais également sur le plan international». A cet égard, il a mis en avant la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales qui «ouvre au Maroc de nombreuses opportunités pour accueillir aux portes du marché européen des activités autrefois géographiquement éloignées». Mais également, l’entrée en vigueur de la taxe carbone européenne qui, selon lui, peut «présenter un levier d’opportunités importants pour les entreprises installées au Maroc».

A cela s’ajoutent le recours accru aux technologies digitales et la transformation numérique des acteurs économiques qui offrent aux Maroc la possibilité de lever les barrières logistiques et les contraintes géographiques. S’adressant aux opérateurs économiques, le ministre rappelle l’ambition d’ériger le Maroc comme une destination phare des investissements nationaux et internationaux. «Pour ce faire, nous devons nous fixer des objectifs accessibles et atteignables, notamment de stimuler l’investissement privé national en inversant la répartition actuelle entre l’investissement privé et public pour atteindre 2/3 de l’investissement privé et 1/3 de l’investissement public à horizon 2035», précise-t-il.

Diagnostic

Le Maroc affiche depuis plus de 10 ans l’un des taux d’investissement les plus élevés au monde qui se situe aux alentours de 30% du PIB. «Ce taux reste plus élevé que celui des pays concurrents tels que la Roumanie à 25%, la Pologne à 17% ou encore l’Egypte à 14%. Et il dépasse la moyenne mondiale qui est de 20% du PIB. Par ailleurs le taux d’investissement est en constante croissance depuis 2010 avec une augmentation de l’ordre de 3% par an. Toutefois, cet investissement au Maroc est caractérisé par un réel manque d’efficience. A un niveau d’investissement similaire, l’économie marocaine enregistre une croissance moyenne de 4% quand, pour des investissements à taux équivalents, des économies concurrentes enregistrent des taux de croissance de 6% par an», relève Mohcine Jazouli. A ce titre, il explique ce manque d’efficience par deux éléments. «L’investissement au Maroc est majoritairement porté par l’Etat», souligne-t-il rappelant que l’ambition en 2035 est d’avoir un tiers Etat/deux tiers privé. «Aujourd’hui nous sommes à l’inverse : deux tiers Etat/un tiers au niveau du secteur privé.
En général, l’Etat représente en benchmark international environ 15% du total des investissements quand on est aujourd’hui à 65%. Par ailleurs, l’investissement privé n’est pas assez orienté vers le secteur créateur d’emplois et de valeur ajoutée. Donc notre investissement est moins efficient que les benchmarks internationaux».

Vers un investissement plus efficient

Comment rendre plus efficient cet investissement au Maroc ? Une problématique qui mobilise fortement le gouvernement. «Cette volonté se traduit par des signes forts. Premièrement, le niveau record de l’investissement public dans le projet de loi de Finances et qui se situe à 245 milliards DH», indique le ministre soulignant que cela permettra de relancer la dynamique économique et servira de locomotive au secteur privé national. En second lieu, il cite l’amélioration permanente de l’environnement des affaires, à travers la modernisation du cadre juridique et réglementaire. «Cette amélioration sera matérialisée notamment par la promulgation très prochainement de la nouvelle charte de l’investissement qui aura pour objectif d’offrir un nouveau cadre incitatif aux opérateurs privés», explique-t-il. Le troisième axe repose sur la facilitation de l’acte d’investir à travers la simplification et la digitalisation des procédures administratives ainsi que la totale disponibilité des Conseils régionaux d’investissement pour fluidifier l’interaction entre l’Etat, les régions et opérateurs économiques. Mohcine Jazouli a évoqué aussi l’accompagnement dans le financement des projets d’investissement à travers entre autres l’activation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. «Je peux vous assurer que le gouvernement est parfaitement conscient des principales problématiques que rencontrent les investisseurs en termes d’accès au foncier, du coût de l’énergie ou encore des procédures administratives. Nous sommes tous décidés au sein de l’équipe gouvernementale à travailler pour lever ces entraves», rassure-t-il.

Mobilisation de la CGEM

Pour sa part Chakib Alj, président de la CGEM, a rappelé que le rapport sur le nouveau modèle de développement (NMD) insiste sur la mise en place d’un cadre favorable à l’accroissement de l’investissement privé national et international, avec comme ambition d’atteindre une part de 65% en matière d’investissement privé à horizon 2035, contre 35% actuellement.

A cette occasion le président a rappelé les recommandations de la CGEM pour instaurer un environnement des affaires compétitif.

Celles-ci englobent : l’accès au financement, le coût des facteurs de production, qui constitue un enjeu de taille pour le Maroc en tant que destination d’investissement ainsi que la simplification des procédures en faveur de l’amélioration du climat des affaires et de la restauration de la confiance Entreprise-Administration.

Quel périmètre pour le ministère de l’investissement de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques ?

Le nouvel organigramme du gouvernement a cherché à donner plus de dynamisme aux ministères à travers le redécoupage et la redéfinition de certains portefeuilles. Ainsi, pour l’investissement, la convergence et l’évaluation de la politique publique, Mohcine Jazouli explique que la partie convergence et évaluation des politiques publiques est souhaitée par tous et depuis toujours. Dans le même sens, il a indiqué que «cette convergence requiert trois dimensions: D’abord la verticalité dans le sens où il va falloir s’assurer que les politiques publiques vont jusqu’au bout de leurs réalisations, qu’elles sont efficaces et efficientes pour pouvoir faire les arbitrages les unes par rapport aux autres quand arrivera l’exercice des budgets et des lois de Finances».

La deuxième dimension est horizontale. Le ministre souligne qu’il «est évident qu’aujourd’hui, il y a une nécessité de décloisonner et d’éviter tout ce qui peut être fait en silos pour avoir une vraie communication entre les différentes politiques publiques». Quant à la troisième dimension, elle concerne la profondeur régionale. «C’est important de rajouter cette dimension aux politiques publiques. Bien sûr on parle de centralisation/déconcentration mais aujourd’hui il faut aussi qu’il y ait une certaine cohérence et une certaine convergence pour que toutes ces stratégies soient efficaces et efficientes sur le terrain. Qui dit convergence dit aussi évaluation au sens auto-évaluation par le gouvernement», relève Mohcine Jazouli en assimilant cette mission à un audit interne alors que le HCP devra effectuer dans ce sens l’audit externe.

Pour ce qui est de la partie investissement, il estime que c’est le premier acte de convergence. «C’est presque tout naturellement qu’il a été logé au sein de ce ministère. Il y a plusieurs départements qui traitent de l’investissement. Aujourd’hui, il s’agit d’avoir au sein d’un ministère une approche concertée et une approche dynamisée de l’ensemble des autres ministères». Il s’agit d’avoir une logique de convergence et de coordination de la politique publique concernant l’investissement avec l’AMDIE.

 

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *