Marché carbone, fintech, expertise… les détails d’un MoU réunissant le Maroc et le Kenya
Coopération. Les autorités marocaines et kenyanes accélèrent la cadence de leur coopération, notamment dans le domaine financier et la promotion des investissements. Eclairages.
Le Maroc se connecte à l’Afrique de l’Est. Alors que le Royaume est historiquement très présent dans les pays de l’Afrique de l’Ouest, le pays ratisse désormais large et renforce sa présence également sur la façade africaine de l’océan Indien. Un nouveau partenariat vient d’être annoncé avec l’un des pays les plus dynamiques et emblématiques de cette partie du continent, le Kenya. C’est en marge de KIICO2026 (Conférence internationale sur l’investissement au Kenya) qui a eu lieu dans la capitale kenyane au cours de la semaine dernière que NIFC Africa (Nairobi International Financial Centre) et Casablanca Finance City (CFC) ont officialisé un protocole d’accord stratégique.
Ce partenariat réaffirme leur vision commune de positionner l’Afrique comme une destination connectée, compétitive et prête à accueillir les investissements. L’accord ambitionne d’amorcer une véritable transition délibérée des marchés fragmentés vers des écosystèmes financiers intégrés, capables de mobiliser des capitaux à grande échelle.
Dans les détails, la collaboration s’articule autour de quatre priorités stratégiques. Il s’agit tout d’abord de créer une facilitation des affaires et un accès au marché dans le but de permettre aux entreprises de s’implanter, de se développer et de croître facilement au Kenya et au Maroc grâce à un système de mise en relation structuré, des liens institutionnels et la promotion de l’écosystème.
Marché continental
Deuxièmement, il est question de développer un marché africain du carbone. L’objectif est de stimuler la création d’un marché continental du carbone robuste grâce à des cadres réglementaires renforcés et à des solutions de financement climatique évolutives. Troisièmement, les deux partenaires veulent mettre en place une collaboration dans les services financiers et les technologies financières (fintechs). Le but est d’accélérer l’innovation par l’échange d’expertise, en tirant parti de l’écosystème fintech kényan, reconnu mondialement, et des solides cadres réglementaires et d’investissement marocains.
Le dernier axe de partenariat est basé sur l’échange de connaissances et délégations avec l’objectif affiché d’approfondir la collaboration grâce à un échange continu d’informations sur le marché et à des délégations commerciales et financières à fort impact. «Ce protocole d’accord est plus qu’un simple partenariat. Il s’agit d’une étape stratégique vers la construction de centres financiers interconnectés qui libèrent les flux d’investissement, stimulent l’innovation et positionnent l’Afrique de manière compétitive au sein du système financier mondial», explique-t-on auprès du NIFC Africa. «Nous sommes fiers d’annoncer la signature d’un protocole d’accord stratégique entre Casablanca Finance City et le Nairobi International Financial Centre. Ce partenariat, signé à Nairobi, a été honoré par la présence de Abderrazzak Laassel, ambassadeur de Sa Majesté le Roi du Maroc au Kenya, et de Jessica Gakinya, ambassadrice du Kenya au Maroc.
Leur présence souligne l’importance diplomatique et économique de cette alliance, marquant une étape majeure dans le renforcement de la coopération institutionnelle et l’accélération des échanges commerciaux et des investissements entre le Maroc et le Kenya», indique pour sa part CFC. Et de poursuivre: «En unissant nos forces, nous réaffirmons notre engagement en faveur de la synergie intra-africaine et du développement de projets à fort impact dans les domaines de l’agriculture durable, des technologies de l’information et de la communication (TIC) et des services financiers». Il faut préciser que KIICO est la principale conférence d’investissement du Kenya, favorisant les partenariats mondiaux et les opportunités pour la réalisation de projets au Kenya. La conférence de trois jours a été marquée par l’organisation de trois événements phares : la Conférence internationale sur l’investissement au Kenya 2026 le 25 mars 2026, le 2ème Forum d’investissement du Comesa le 26 mars 2026 et le Forum de l’Initiative pour l’industrialisation verte en Afrique (AGII) le 27 mars 2026.
L’un des points forts de KIICO 2026 a été la signature d’accords d’investissement importants et l’annonce de mesures clés. Plusieurs secteurs prioritaires étaient au menu du KIICO 2026. Il s’agit notamment de l’agriculture, finance, zones économiques spéciales et textile-habillement, technologies de l’information et de la communication (TIC) et externalisation des processus métiers (BPO), mobilité électrique, énergies renouvelables, gestion des déchets, industrie minière et économie créative. Il faut préciser enfin que NIFC est un organe créé pour faciliter les investissements et les affaires au Kenya et dans la région. Pour les autorités kenyanes, il est question d’attirer les investissements mondiaux et de soutenir la croissance de flux de capitaux innovants et responsables à travers le continent. Le NIFC dispose actuellement de deux importants dispositifs d’incitation fiscale. Le premier concerne un taux préférentiel d’échange de carbone.
Pendant une période de 10 ans, un taux d’imposition préférentiel de 15 % sur les sociétés est accordé aux entreprises possédant ou exploitant un système d’échange de quotas d’émission de carbone. Le deuxième instrument est relatif à un taux d’imposition des gains en capital fixé à 5 % sur les plus-values réalisées lors du transfert d’investissements, sous réserve d’avoir un certificat de l’Autorité NIFC. Casablanca Finance City est un pôle d’affaires africain. Reconnu comme la première place financière d’Afrique et partenaire des plus grandes places financières, CFC a bâti une communauté forte et prospère de membres répartis dans quatre grandes catégories : les sociétés financières, les sièges régionaux de sociétés multinationales, les prestataires de services et les sociétés holding.
Partenariat
Visite. Le Premier ministre et ministre des affaires étrangères et de la diaspora de la République du Kenya, Musalia Mudavadi, avait effectué un déplacement au Maroc en mai 2025. Ce dernier avait alors exprimé la volonté de son pays de raffermir le partenariat avec le Maroc, «une économie de premier plan». «Nous voulons renforcer notre partenariat afin que les 60 années de notre amitié marquent le passage à la phase suivante», a souligné M. Mudavadi lors d’un point de presse conjoint à l’issue de ses entretiens avec le ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita. C’est dans cet esprit, a-t-il dit, que Nairobi veillera à interagir avec des acteurs marocains clés dans divers domaines, dont les télécommunications, les transports et l’agriculture. S’agissant de la coopération économique, M. Mudavadi a salué le leadership du Royaume et son soutien constant à l’intégration africaine, ce qui contribue au renforcement de l’économie du continent. «Une longue histoire nous unit», a, par ailleurs, souligné le haut responsable kenyan, notant que sa visite de travail dans le Royaume illustre «la solide amitié» unissant les deux pays. Se félicitant de la coopération entre le Maroc et le Kenya à l’échelle internationale, M. Mudavadi a rappelé que les deux pays ont aussi coopéré efficacement au sein de l’Union africaine. «Nous continuerons à le faire comme dans le cadre des Nations Unies», a-t-il assuré. Il a, par ailleurs, tenu à exprimer ses remerciements au Maroc d’avoir réaffirmé son soutien au Kenya pour qu’il puisse accueillir un Traité sur le plastique dans le cadre de l’examen des questions à portée environnementale. «C’est une question importante», d’autant plus que le Kenya abrite le siège du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), a-t-il soutenu. Se félicitant, par ailleurs, de l’inauguration de l’ambassade du Kenya à Rabat, M. Mudavadi a estimé qu’elle «reflète le niveau de coopération entre le Kenya et le Maroc qui est en train de passer à un niveau supérieur».











