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Jacques Attali : «Le Maroc a un potentiel de développement et d’exemplarité exceptionnel»

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Entretien avec Jacques Attali, écrivain et économiste français

Penseur, écrivain, économiste, éditorialiste… Jacques Attali est l’une des figures emblématiques de la vie politique et intellectuelle française de ces dernières décennies. Né en 1943, il a été pendant 10 ans conseiller spécial du président de la République française, François Mitterrand. Jacques Attali est aussi l’auteur de plus de 80 livres vendus à 9 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est le fondateur de 4 institutions internationales, à savoir Action contre la faim, Eureka, BERD et Positive Planet. Dans ses ouvrages, il pousse la réflexion toujours plus loin en abordant les questions les plus urgentes et en analysant les défis que connaît le monde actuel, notamment en période de crise. Son approche permet de mieux appréhender le futur. Durant la phase pandémique, il a publié un essai intitulé «L’économie de la vie : se préparer à ce qui vient». Pour lui, il faut passer au plus vite de l’économie de la survie à l’économie de la vie. Celle-ci compte tous les secteurs qui se donnent pour mission la défense de la vie et dont on constate tous les jours l’importance vitale, comme la santé, la gestion des déchets, la distribution d’eau, le sport, l’alimentation, l’agriculture, l’éducation, l’énergie propre, le numérique, le logement, la culture ou encore l’assurance. Il est également l’auteur en 2008 d’un essai sur la crise financière. Présent au Maroc lors de la semaine de la science qui se déroule à Benguerir du 30 mai au 5 juin 2022, l’expert a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.

ALM : Vous avez écrit en 2008 un essai intitulé «La crise, et après?», est-ce que vous pensez qu’on peut toujours parler de l’après-crise suite à la succession de nombreuses crises durant ces dernières années ?

Jacques Attali : La crise de 2008 dont je parlais à l’époque a été à peu près maîtrisée. Elle a été maîtrisée assez bien pour ce qui est des banques en améliorant leur ratio prudentiel mais assez mal pour les Etats qui n’ont fait qu’augmenter leur dette. L’augmentation des dettes des Etats a retardé la solution des problèmes d’endettement. Celui-ci n’a fait qu’augmenter depuis 2008, et ce sans qu’il y ait de véritables réformes structurelles. Il faut réorienter l’économie vers l’investissement à long terme dans l’éducation, dans l’hygiène, dans l’agriculture durable et dans les énergies renouvelables. C’est la véritable priorité. Ces secteurs qui forment l’économie de la vie au lieu de représenter 30% du PIB doivent constituer 60% du PIB. Et ça tous les pays ne l’ont pas fait.

En 2022, est-ce qu’on peut parler d’une période post-crise après la pandémie ?
Non on ne peut pas parce que de toute façon il y a toujours des crises devant nous. La crise est à la fois salutaire et catastrophique. Ce qui se passe aujourd’hui c’est une accumulation de crises avec d’autres qui sont devant nous. La dette publique mondiale va devoir être réduite et ça passera soit par l’inflation, soit par les faillites. Pour ce qui est de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, on ne sait pas si elle va tourner vers la catastrophe encore plus. Cette situation crée des famines dont on voit à peine le commencement. La crise climatique va créer le manque d’eau et donc des sécheresses. La Chine va très mal et va peut-être entrer dans une crise où elle va devenir encore plus militariste avec le risque d’attaquer Taïwan. Donc on voit assez facilement les nouvelles crises qui sont devant nous.

Quel rôle stratégique pourrait jouer le Maroc en tant que porte de l’Afrique dans le schéma actuel?

Le Maroc est un pays clé parce qu’il est à cheval entre l’Europe et l’Afrique. C’est un pays stable qui a une vraie identité et qui peut jouer un rôle important par sa propre créativité et par son retour de compétences qu’il peut apporter au reste de l’Afrique du fait qu’il connaît ce continent mieux que les Européens. Le Maroc a un potentiel de développement et d’exemplarité exceptionnel.

Le Maroc a dévoilé son modèle de développement. D’après votre expérience, comment le mettre en application ?

Le mettre en application ça veut dire donner une priorité majeure à l’éducation, à la santé, à l’hygiène et à l’agriculture durable. Ce sont les priorités et il faut faire ça pendant les 30 prochaines années.

Lors du colloque qui s’est déroulé le 1er juin sur la thématique du transhumanisme, l’accent a été mis sur l’augmentation de l’intelligence humaine. D’après vous, comment l’être humain peut-il devenir encore intelligent ?

L’homme le plus intelligent sera plus intelligent s’il pense plus à ce que vont devenir ses enfants.