Economie

La lettre du tourisme : Assises du Tourisme : arrêt sur image

Le précédent article a inauguré une série hebdomadaire d’une lettre sur le tourisme. Elle sera à la fin de chaque mois plus développée pour permettre un regard plus attentif et plus large. Semestriellement, elle deviendra une note de conjoncture faisant le point sur la situation de ce secteur de l’industrie sensible plus que tout autre aux évènements et à l’évolution du monde.
Cette semaine, les opérateurs du secteur n’évoquent plus les raisons des retards successifs des Assises nationales annuelles du tourisme, prévues cette fois-ci à Ouarzazate, mais se posent avec angoisse la question de savoir si les fédérations vont enfin, après quatre années d’hésitation, procéder à l’état des lieux et à l’élaboration d’un bilan d’étapes objectif. On se souvient que les dernières, Assises nationales tenues en 2003 à Casablanca ressemblaient plus à une cérémonie de fin d’année universitaire qu’à une véritable rencontre de planificateurs rigoureux et d’opérateurs responsables des plus excitants des plans de développement économique que le Royaume ait jamais conçus. On se souvient aussi que les accords conclus entre le gouvernement et la CGEM Tourisme en 2001 ne sont pas une simple vision mais bien plus, puisque les deux parties signataires avaient pris des engagements réciproques, chiffrés et programmés. Ces objectifs sont-ils l’expression d’un simple horizon qu’il est souhaitable d’atteindre mais dont personne n’aura à en répondre? Qu’en est-il du fondement de l’accord- cadre, des accords d’application et du volumineux contrat-programme qui leur sont dédiés? Les Assises d’Ouarzazate pourront difficilement faire l’impasse sur de telles interrogations.
En fait, les opérateurs ont sur la question deux attitudes parallèles. En privé, ils se disent frustrés par les maigres résultats atteints. Ils sont conscients que l’objectif n’est pas d’atteindre seulement 10 millions de visiteurs, mais de transformer 7 millions parmi eux en touristes internationaux de séjour et de rentabiliser un secteur où les bénéfices sont généralement plus virtuels que réels, et créer de l’emploi afin que d’ici 2010, 6.000.000 de Marocains puissent bénéficier de retombées concrètes et durables. En public, les mêmes opérateurs évoquent à mots feutrés les faibles performances obtenues et chantent la bienheureuse complicité avec une administration de tutelle, jeune et dynamique, cultivant une technique de relation publique exceptionnelle, basée sur une forme d’art consommé de la persuasion.
Les Assises nationales du tourisme devraient se dérouler à huis clos pendant plusieurs jours, comme celà se pratique là où la croissance forte réussit pleinement, c’est-à-dire en Chine, en Malaisie et à Singapour par exemple. Est-ce notre culture qui nous pousse à transformer l’essentiel de notre action en cérémonies de représentation? et sommes-nous condamnés à passer le plus clair de notre temps à nous justifier plutôt qu’à produire des richesses effectives seules à même de nous sortir de notre statut de pays en développement ? Est-ce vraiment exagéré de le dire ? Les Assises d’Ouarzazate en tout cas ont avantage à nous rassurer à ce propos et au moins à nous dire la vérité, quelle qu’elle soit.

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