Lamiae Benmakhlouf : «Nous avons enregistré plus de 50 nouvelles entrées entre avril et octobre 2020»

Lamiae Benmakhlouf : «Nous avons enregistré plus de 50 nouvelles entrées entre avril et octobre 2020»

Entretien avec Lamiae Benmakhlouf, DG de MITC

Acteur incontournable du paysage de l’innovation, Technopark représente aujourd’hui la plus grande concentration d’entreprises technologiques au Maroc. Depuis sa création en 2001, il a réussi à attirer une multitude d’acteurs majeurs dans l’accompagnement à l’entrepreneuriat. En temps de crise liée à la Covid-19, Technopark pourrait jouer un rôle central dans l’accélération de la transformation digitale et la relance économique post-Covid-19. Pour en savoir plus, Lamiae Benmakhlouf, directrice générale de MITC (Moroccan Information Technopark), a répondu aux questions d’ALM sur le sujet.

ALM : Pourriez-vous nous faire part des enseignements tirés par Technopark durant cette période Covid-19 ?

Lamiae Benmakhlouf : Au début de cette pandémie, le Technopark a entrepris les démarches nécessaires pour mettre en place un plan de continuité d’activité lui permettant d’adapter ses services d’accompagnement dans un nouveau contexte inédit et incertain. Ainsi, la société de gestion a fait preuve d’agilité afin de soutenir les 320 entreprises hébergées au niveau de ses quatre sites : Casablanca, Rabat, Tanger et Agadir.
La pandémie a impacté négativement les startups avec une baisse importante de leur activité, des difficultés financières, une réduction des effectifs… Toutefois, il est à signaler que ces startups opèrent majoritairement dans le digital avec une composante innovante qui leur a permis de transformer les contraintes du Covid en opportunités. D’ailleurs le Technopark a continué à attirer des startups technologiques nouvellement créées même en cette période de crise sanitaire. Nous avons enregistré plus de 50 nouvelles entrées entre avril et octobre 2020, un niveau presque similaire aux années précédentes.
Avec cette pandémie, nous assistons à une révolution numérique avec une prise de conscience générale que «le digital» est un vrai levier et accélérateur du développement économique et social. Les startups marocaines ont fait preuve de résilience et d’ingéniosité, elles ont été capables d’apporter des solutions urgentes pour répondre aux besoins de la conjoncture : cours à distance, téléconsultations, e-commerce, services publics digitalisés, solutions de télétravail, … Une opportunité est donc née de cette pandémie. Celle de l’accélération du processus de digitalisation de tous les secteurs.

On parle actuellement beaucoup d’un plan de relance économique et d’un nouveau modèle de développement, comment Technopark pourra-t-il contribuer à ces nouveaux challenges ?

Le Technoaprk a pour mission d’encourager la création et le développement des startups dans les NTIC, le développement durable et les industries créatives. Depuis sa création, il a accompagné plus de 1.200 startups et a créé des milliers d’emplois directs et indirects. Comme on le sait, l’entrepreneuriat est un moteur essentiel pour l’économie et l’emploi et notre pays est riche par sa jeunesse : une jeunesse inventive, créative et audacieuse qu’il faudra former, encadrer et accompagner pour qu’elle soit en mesure de mettre à profit son énergie et sa compétence.
Dans ce sens, le Technopark est l’acteur incontournable pour accompagner ces jeunes à transformer leurs idées en projets d’entreprises innovantes. En offrant aux jeunes la possibilité de lancer et de développer leurs idées, nous cherchons à encourager la création d’entreprises capables de créer de la valeur et déployer des solutions efficaces face à des problèmes de développement critiques, comme l’accès à l’éducation, la santé, l’énergie mais aussi à transformer nos secteurs stratégiques, et les rendre plus compétitifs grâce au numérique.
Pour accompagner ces startups dans chaque étape de leur parcours, le Technopark et son réseau de partenaires (écosystème) leur offrent de l’accompagnement, du financement, du mentorat, et de l’accès au marché. Pour nous, l’objectif à terme est de faire éclore un noyau solide de PME digitales compétitives qui constituerait le socle de la transformation digitale des secteurs à fort potentiel de croissance.

Où se positionne actuellement Technopark sur le plan africain ?

Le Technopark a réussi à fédérer un écosystème tech qui attise l’appétit de plusieurs pays africains. D’ailleurs nous avons été sollicités ces dernières années par plusieurs organismes africains afin de les accompagner dans la mise en place d’un modèle similaire dans leurs pays respectifs. Ce qui nous démarque aujourd’hui, c’est tout d’abord notre expérience de presque vingt ans dans l’incubation et l’accélération de startups technologiques. Le Maroc a été pionnier dans la création de pépinières d’entreprises technologiques de la taille du Technopark de Casablanca au début des années 2000. L’expertise que nous avons développée en termes d’accompagnement a permis de faire émerger de belles startups technologiques qui se déploient aujourd’hui sur l’international et notamment dans plusieurs pays africains dans des domaines tels que la cybersécurité, télécoms, fintechs, big data…
Notre capacité à déployer les infrastructures d’accueil et d’accompagnement dans différentes villes du Royaume (Casablanca, Rabat, Tanger et Agadir…) nous a permis de fédérer les écosystèmes tech et dynamiser l’entrepreneuriat et l’innovation dans les régions d’implantation. Grâce à nos partenaires écosystème (financeurs, mentors, experts, accélérateurs…) nous accompagnons en permanence plus de 320 startups avec un taux de pérennité de 88% après 5 ans, ce qui représente un excellent indicateur en comparaison avec les incubateurs des pays occidentaux.

Quelles sont les mesures mises en place par Technopark durant la crise de la Covid-19 en faveur de des entreprises et startups qu’elle abrite ?

Dans le contexte de crise sanitaire que rencontre le Maroc, les startups font partie des structures les plus durement touchées. MITC, société gestionnaire du Technopark, en tant que facilitateur et accompagnateur, a mis en place différentes mesures pour venir en aide à ses entreprises. Au niveau du soutien financier, il a été procédé à une remise de 50% sur 3 mois de loyers pour les entreprises de moins de cinq ans ainsi qu’une aide supplémentaire pour les entreprises en difficulté (qui devront justifier leur situation). De même, il a été décidé de donner la possibilité de rééchelonnement pour les entreprises ayant justifié leurs difficultés financières, suite à l’arrêt partiel de leur activité. Sur le plan de la gestion des ressources humaines, le Technopark est partenaire de la CNSS pour faciliter la vie au quotidien des chefs d’entreprise et de leurs salariés, via le service de guichet unique. Grâce à ce partenariat, les entreprises en difficulté et en arrêt d’activité ont ainsi pu être rapidement mises en relation avec la CNSS afin de bénéficier de l’indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 DH, des allocations familiales et des prestations de l’Assurance maladie obligatoire (AMO).

On peut également citer l’accompagnement personnalisé des entreprises dans leurs démarches pour le mécanisme de garantie «Damane Oxygène» mis en place par la CCG (dans le cadre de la mise en œuvre des mesures décidées par le Comité de veille économique (CVE) visant à atténuer les effets de la crise sur les entreprises). Nous avons également travaillé sur la communication et la vulgarisation des différents programmes proposés par l’Etat (TPE Relance, Damane Relance). Le contact avec les entreprises a été établi entre autres à travers l’organisation de réunions en visioconférence pour mieux comprendre leurs besoins et leurs difficultés afin de pouvoir étudier les solutions les plus adéquates. Une mise en relation directe avec les partenaires du Technopark pour faciliter l’accès au marché et au financement, et la communication sur les différents programmes a également été faite. En outre, MITC a privilégié le «small business act» en donnant accès à la commande aux entreprises proposant des solutions innovantes dans le digital et adaptées à la situation de crise (e-learning, logiciels d’automatisation Marketing «growth-hacking», applications mobiles, sécurité informatique, outils digitaux, etc.). Nous avons aussi assuré la communication auprès des partenaires nationaux et internationaux sur les solutions/services développés par les entreprises du Technopark pour faire face à la crise, afin d’augmenter leur visibilité (ces solutions ont été par exemple présentées sur la plateforme IASP (Association internationale des parcs technologiques, dont le Technopark est membre actif)).

Comment voyez-vous l’évolution de l’entrepreneriat dans le digital dans la période post-Covid-19 ?

La pandémie du coronavirus marque un nouveau départ de la digitalisation. Un point de non-retour pour plusieurs secteurs et un changement de paradigmes et de modèles de développement. Le monde d’après sera différent, il faut donc évoluer avec lui et opérer une véritable transformation. L’histoire montre encore une fois que les crises sont de magnifiques viviers à innovation et créent d’innombrables opportunités à saisir. Nous avons observé plusieurs initiatives innovantes locales émerger depuis mars dernier pour répondre aux contraintes induites par la Covid-19 avec la mise en place de plusieurs services numériques dans le domaine de l’éducation, santé, industrie, finance, commerce et distribution… Les startups technologiques marocaines ont pu développer de nouvelles solutions adaptées, et en un temps record…
Avec la multiplication des mécanismes de soutien (financiers et nos financiers), le développement des réseaux d’experts et d’accompagnateurs, ainsi que les opportunités créées par la crise sanitaire, l’entrepreneuriat dans le digital prendra une autre dimension à condition que les acteurs publics et privés croient en notre capital humain qui a fait preuve en cette situation difficile d’un degré élevé de compétences, d’engagements et d’aptitudes à créer et innover. Donc il est temps que nos décideurs valorisent et fassent confiance à nos startups en les positionnant au centre des réflexions sur le nouveau modèle de développement économique et social.

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