Economie

Le défi des marchés Maghrebins

Le développement économique des pays du Maghreb reste entravé par la prépondérance du secteur primaire et la faiblesse des indicateurs sociaux. Ce risque existe malgré l’évolution des indicateurs économiques externes : la solvabilité et le niveau des réserves de changes.
C’est ce qui ressort d’une étude publiée récemment dans le bulletin des études économiques de  «Conjoncture BNP Paribas».
En effet, après les indépendances, les trois pays ont opté pour des régimes économiques centralisés et dirigistes.
Ainsi, l’Algérie s’est orientée vers une forme populiste de socialisme révolutionnaire, le Maroc s’est engagé dans un modèle de développement autocentré et la Tunisie a opté pour une politique socialiste et dirigiste.
Trois décennies après, ces politiques économiques ont entraîné des distorsions suite à la détérioration des termes de l’échange sous l’effet de la baisse des prix du pétrole et du phosphate et la chute de la demande en provenance des pays européens notamment pour le secteur du textile.
Afin de compenser cette mauvaise passe, les pays du Maghreb ont massivement eu recours à l’endettement profitant notamment de la période de «l’argent facile» qui a résulté du choc pétrolier du milieu des années 70.
Pour résoudre leurs problèmes économiques, y compris les défauts de paiements de dettes et la montée des revendications sociales, les pays de la région se sont tournés vers le Fonds Monétaire International (FMI) à travers l’application des recommandations de cet organisme international. Concrètement, la résolution de la crise économique s’est traduite par une ouverture politique et une libéralisation progressive de l’économie.
Ainsi, sur le plan politique, depuis le milieu des années 80, une libéralisation s’est opérée avec l’introduction de systèmes multipartites au Maroc et en Tunisie. L’Algérie n’est pas en reste, puisqu’en 1990, elle a organisé ses premières élections multipartites.
Economiquement, les trois pays ont adopté des programmes d’ajustement structurel (PAS). Objectif : restreindre le train de vie de l’Etat et rétablir la compétitivité de l’économie. De ce fait, les dépenses des pouvoirs publics ont été revues à la baisse via la diminution de la masse salariale du secteur public.
Ce démantèlement du secteur public s’est accompagné par l’instauration d’une politique de transparence dans les politiques monétaires à travers l’octroi de plus d’autonomie aux banques centrales surtout au Maroc et en Tunisie. L’ouverture envers le secteur privé et l’encouragement des investissements étrangers étaient également au cœur de ces PAS. Les réformes ont touché les procédures administratives, les codes d’investissement parallèlement à l’instauration de zones franches (Tunisie 1986 et 1990 Maroc). Seule l’Algérie restait dépendante des recettes de ses exportations d’hydrocarbures. Ce libéralisme économique a entraîné une diversification des économies de la région puisque les activités secondaires (industrie et textile) et tertiaires (tourisme, services financiers) se sont développées au détriment des activités agricoles et minières.
L’évolution économique a permis, en outre, une réduction de l’endettement externe considérable consécutif à la crise des années 80. Le Maroc, le pays le plus lourdement endetté, a effectué des conversions de ses dettes en investissements durant les années 90. Le poids de la dette s’est allégé en conséquence de 91 % du PIB en 1989 à 56,2 % en 1999 et aucun défaut de paiement n’a été enregistré depuis lors. Malgré le rétablissement de la capacité de solvabilité des pays du Maghreb grâce aux politiques d’austérité menées sous l’impulsion du FMI, leur croissance potentielle reste pénalisée par plusieurs contraintes.  Selon l’auteur de l’étude, Adama Konate, la croissance potentielle du Maroc et de l’Algérie reste bloquée par la faiblesse des niveaux d’investissement. En 2000, l’épargne nationale (publique et privée) représentait une moyenne de 24 % du PIB au Maroc et en Tunisie. Cette faiblesse du niveau de l’épargne est due à l’importance du secteur rural (20 % du PIB du Maroc), le bas niveau du revenu par habitant et le poids élevé du chômage.
Les économies des pays du Maghreb doivent également affronter les défis de l’ouverture de leurs marchés, le démantèlement de l’accord multifibre en 2005 ainsi que l’instauration du libre-échange de produits industriels avec l’Union européenne.
Les défis internes sont également de taille. Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie doivent faire face à la montée du chômage, aux incertitudes politiques et l’importance de l’informel dans leurs économies.

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