Le retour du loup de la finance

Le retour du loup de la finance

La nouvelle a pris de court l’ensemble du monde des assurances. La très convoitée Compagnie Nord-Africaine et Intercontinentale d’Assurances (CNIA), contrôlée depuis sa privatisation par le groupe Bahreïni Arig (67%) vient de changer de propriétaire.
L’heureux acquéreur n’est autre que le très controversé financier marocain My Hafid Elalamy, président du holding d’investissement Saham S.A. Toujours fidèle à lui-même, bien entreprenant mais aussi imprévisible, l’ex-patron d’Agma, homme- lige de Fouad Filali, a coiffé sur le poteau plusieurs prétendants à la CNIA. Un protocole d’accord a d’ailleurs été signé avec Arig.
Les travaux d’audit ont été lancés. Reste à fixer le montant de la transaction. De source proche du dossier, l’accord intervenant est encore partiel. Selon la même source, Saham serait associé à un autre groupe… À moins de servir d’intermédiaire pour un autre repreneur, voire même, surenchérir sur la compagnie ? En attendant les détails de l’opération, My Hafid Elalamy est resté injoignable. La reprise de la CNIA par Saham prive, assurément, le Groupe Banques Populaires d’une opportunité de choix. L’intérêt du groupe pour une filiale d’assurance a été confirmé, lors de l’installation du comité directeur du CPM, vendredi 28 janvier 2005.
Lors de la conférence de presse, le président du comité directeur, Nourredine Omary a clairement notifié son intérêt pour filialiser cette activité et qu’aucun refus des autorités de tutelle ne lui a été formellement notifié. Le ministre des Finances, présent à la même conférence, a déclaré en substance : «Je ne peux pas parler de refus. Au contraire, la bancassurance est devenue une composante du métier bancaire. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que le groupe populaire se dote d’une compagnie propre». Cette déclaration, renseigne, assurément, sur la quête enclenchée par le CPM.
Toutefois, par ces temps de forte consolidation du secteur, les prétendants à la reprise de la CNIA étaient nombreux. Certaines informations, libres ou le plus souvent orientées, faisaient état de l’intérêt manifeste du groupe Bensaleh, bien avancé dans le processus de fusion de ses deux compagnies Atlanta et Sanad, pour CNIA.
En attendant plus de visibilité, des questions refont surface. Le partenariat que la BCP a réussi à développer avec la CNIA une des réussites dans le domaine de la bancassurance. La série des produits « Addamane » et Addamane Chaâbi, sont une référence en la matière. A lui seul, ce dernier produit (de retraite pure), totalisait en 2003 plus de 100.000 adhérents pour un chiffre d’affaires dépassant 140 millions de DH, et des réserves mathématiques d’un peu plus d’1 milliard de DH! Par conséquent, une rupture entre la BCP et CNIA serait lourde de conséquences pour la compagnie. Sachant que la Bancassurance contribue à près du quart environ au chiffre d’affaires CNIA, l’enjeu est capital.
Côté performance, il faut dire que la CNIA a repris du poil de la bête. La compagnie avait dépassé en 2003, pour la première fois, le cap du milliard de DH de chiffre d’affaires, affichant une progression de 12,8% dans un marché qui a crû de 1,8%. Cette performance s’est accompagnée de résultats techniques satisfaisants, un peu plus de 110 millions de DH.
Côté indemnisations, la CNIA a maintenu un rythme soutenu en termes de règlement des sinistres, dont le montant atteint les 726 millions de DH en 2003.
La politique de restauration des équilibres fondamentaux est, assurément, l’oeuvre de l’équipe orchestrée par Saïd Ahmidouch, le directeur général. La gamme de produits a été renouvelée. La dynamique commerciale bien relancée. La refonte des systèmes d’information est un atout majeur. La compagnie a également amélioré et standardisé les procédures, repensé les implantations, rénové les relations avec le réseau de distribution, réaménagé les ressources humaines, et modifié l’organisation.
La CNIA détient aujourd’hui une part de marché de l’ordre de 10%. À première vue, cela peut paraître un handicap par rapport aux tailles affichées aujourd’hui par RMAWataniya (23%) ou Axa Assurances Maroc (21%), mais le marché est devenu tellement concentré que chaque position vaut son pesant d’or, sachant que la contrainte de libéralisation totale du secteur est prise au sérieux. Dans ce sens, d’autres surprises peuvent survenir. La réaction de la BCP est à suivre de près.
L’actionnariat d’Axa Assurance Maroc est appelé à changer. Attijariwafa Bank n’a toujours pas dit son dernier mot. Une réplique à la fusion RMA Watanya est prévisible. Wafa Assurance attend sagement dans son coin. Maintenant que le célèbre loup est sorti du bois, la chasse peut commencer.

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