Les 5 principes d’Amadeus pour un modèle de développement inclusif

Les 5 principes d’Amadeus pour un modèle de développement inclusif

Il devrait être orienté relance, reconfiguration et reconstruction

L’Institut vient de rendre public un document de travail complémentaire au mémorandum publié en juillet 2019. Le rapport établi suggère un cheminement possible vers la définition d’un modèle inclusif orienté : relance, reconfiguration et reconstruction.

Adaptation, innovation, agilité, créativité et efficacité… Ce sont les cinq principes, identifiés par Amadeus, et considérés en tant que vecteurs communs de la relance économique et de la transition vers un modèle de développement post-Covid. L’Institut vient de rendre public un document de travail complémentaire au mémorandum «100 propositions pour un modèle de développement national, durable, juste, inclusif et innovant», publié en juillet 2019. Le rapport établi suggère un cheminement possible vers la définition d’un modèle inclusif orienté : relance, reconfiguration et reconstruction.

«La Covid-19, la double crise sanitaire et socio-économique qui en découle, mais aussi les conséquences d’une économie mondiale en grave récession, ont imposé une reconfiguration et une réadaptation des priorités nationales, tant cette pandémie aura mis en lumière un certain nombre d’urgences, parmi lesquelles la nécessité d’insérer les indispensables stratégies de relance multisectorielles au sein de la dynamique de construction d’un modèle de développement national, confronté désormais à de profondes mutations globales», peut-on lire dans une note introductive signée Brahim Fassi Fihri, président fondateur de l’Institut Amadeus. Et d’ajouter que «la refonte de notre modèle de développement devra, dorénavant, se conjuguer avec l’exigence de la relance de l’économie nationale et avec l’adaptation aux bouleversements internationaux». En effet, la crise sanitaire actuelle a engendré des répercussions multiformes ayant entraîné un changement profond des paradigmes de la scène internationale.

Touché par la pandémie, le Maroc se voit face à de nouveaux défis. L’enjeu principal est d’aboutir à une relance économique ambitieuse qui répond aux mutations structurelles aussi bien sur le plan national qu’international. «Si la pandémie Covid-19 exige une réaction plus rapide, davantage de volontarisme, mais surtout un ajustement aux nouvelles mutations internationales profondes, elle n’a en rien changé le diagnostic qui impose la refonte de notre modèle national de développement. Elle a, plutôt, mis davantage en lumière certaines vulnérabilités, que nous pouvons qualifier de systémiques et l’obligation d’y remédier au plus vite, dans un contexte global d’évolution et de transformation», souligne à ce propos Brahim Fassi El Fihri. L’institut Amadeus émet, dans ce sens, une centaine de recommandations supplémentaires réparties sur les cinq principes précités. Retour sur les principales propositions formulées.

1) La consommation locale et l’investissement, piliers d’une économie forte

Amadeus dans son pilier «adaptation» appelle à construire une économie forte. Ceci passe, en premier, par l’encouragement de la consommation locale. L’obligation étant d’établir de fortes incitations pour encourager le Marocain à consommer les produits nationaux et stimuler par conséquent la demande en production locale et la pérenniser au-delà de la conjoncture actuelle. «La crise actuelle présente une opportunité pour l’essor de la production des produits locaux qui peuvent venir alimenter le marché national. Ainsi, une intervention de l’Etat au niveau de la consommation intérieure serait un accélérateur majeur du développement des industries locales», peut-on relever dudit document. Amadeus appelle, dans ce sens, à injecter des liquidités dans l’économie à travers un endettement raisonnable et limité pour éviter une situation de non-solvabilité. Une approche qui outre la relance de la consommation augmenterait la demande poussant ainsi les opérateurs à produire davantage. Amadeus recommande dans ce volet, également, l’encouragement de l’investissement, l’identification des outils novateurs de financement, la structuration du secteur informel, l’instauration du système de revenu de base universel, l’engagement des réformes fiscales volontaristes et réalistes ainsi que le soutien de la PME-PMI et le développement des zones économiques spéciales.

2) Vers l’émergence d’une nouvelle forme de souveraineté industrielle

Pour ce qui est de l’innovation, Amadeus articule l’essentiel de ses propositions autour d’un titre phare, à savoir l’émergence d’une nouvelle forme de souveraineté industrielle. A cet égard, l’Institut plaide pour une indépendance industrielle stratégique dans une économie mondiale interdépendante. «Disposant de plusieurs avantages liés à sa situation géostratégique ainsi qu’à son importante capacité de production industrielle, le Maroc, qui n’a pas vocation, disons-le, à remplacer la Chine, peut cependant s’imposer en véritable hub industriel à l’échelle régionale, africaine et euro-méditerranéenne», apprend-on d’Amadeus. Et d’ajouter que «dans le contexte actuel et dans le cas du Maroc, une politique souveraine d’indépendance industrielle accrue reviendrait à sanctuariser l’industrialisation par substitution aux importations tout en garantissant une production compétitive et de qualité, sans pour autant remettre en question l’ouverture du Royaume». Il est également recommandé de développer un secteur industriel compétitif et innovant. L’Institut appelle par ailleurs à s’affranchir de l’importation, à travers notamment le développement de la transformation des produits bruts importés en produits finis via une stratégie nationale de reprise en main industrielle misant également sur la création de chaînes de valeur nationales. Il est, également, appelé à cibler les secteurs à fort potentiel de développement et de faire du Maroc une destination de relocalisation et de rapprochements industriels.

3) Pour un commerce international profitable

L’agilité, telle que pensée par Amadeus, repose sur un commerce international profitable pour le Maroc. Pour ce faire, le Royaume est appelé à investir davantage dans l’intégration africaine et diversifier ses partenariats. Il est, également, suggéré de rendre les accords de libre-échange plus bénéfiques, et ce à travers le remodelage des partenariats horizontaux et le réajustement des accords nord-sud. «Si les accords de libre-échange sont indispensables à la captation des investissements directs étrangers, aux relocalisations et à l’arrimage aux chaînes de valeur internationales, le défi pour le Royaume sera de résoudre une équation qui consiste à protéger davantage sa production nationale, notamment en matière de produits stratégiques, tout en exportant sans barrières», peut-on constater. Il est également proposé d’enrichir le débat autour du Label Maroc à travers la création d’une agence «Marque Maroc». «L’Agence aura pour vocation de porter et de coordonner toutes les stratégies et les initiatives liées au Label Maroc afin de mettre en avant les avantages concurrentiels et comparatifs du Royaume, tout en exploitant également les atouts du capital immatériel du Maroc et les perspectives de déploiement de son soft power», explique Amadeus dans son rapport qui voit en cette Agence une interface et un lien non seulement entre les différents ministères à vocation diplomatique, économique et commerciale mais, aussi, entre l’ensemble des acteurs concernés par la production industrielle et agricole, l’export, la promotion de la «destination Maroc», dans ses différentes formes, et l’investissement.

4) Libération du capital humain, levier de la créativité

La libération du capital humain est la forme de créativité préconisée par Amadeus. Pour atteindre cet objectif, il est ainsi impératif de renforcer le fonctionnement des universités, en positionnant la digitalisation au cœur de l’université marocaine et d’améliorer, entre autres, l’adéquation formation-emploi. A cet effet, l’Institut appelle à placer le marché du travail au cœur de l’enseignement. «Dans un contexte de crise économique mondiale, le marché du travail est naturellement le plus touché. Les licenciements et les recrutements gelés devraient se multiplier. Dans ce contexte, l’université est invitée à procéder à une mue profonde afin de s’adapter aux exigences nouvelles d’un marché du travail qui s’essouffle du fait de la récession», lit-on dudit rapport. Et d’ajouter qu’«au cours de cette période cruciale de refonte de notre modèle de développement national dans le contexte de l’après-Covid-19, la question de l’employabilité, en tant que pilier incontestable de la réussite de l’étape suivante, doit être structurellement liée à celle du développement. Il est donc urgent de considérer, à tous les niveaux, l’emploi en tant qu’investissement et non comme une simple charge». Amadeus appelle en outre à développer la recherche scientifique et la culture de l’entrepreneuriat et à ériger l’enseignement comme «soft power» politique particulièrement en Afrique.

5) Le service public, catalyseur de la relance

Amadeus dédie le pilier «efficacité» au service public. Ce dernier devrait jouer, dans ce processus de relance, un rôle de catalyseur. L’émergence de l’Etat social se veut la première recommandation formulée dans cet axe. «Aujourd’hui, le Royaume a besoin d’une véritable émergence, durable et irréversible, d’un Etat social, qui prendrait en compte, au niveau de l’ensemble de ses actions et de ses décisions, la situation des populations en situation de précarité», argumente Amadeus.
L’Institut insiste, à ce propos, sur la nécessité de la réforme structurelle du secteur de la santé. L’idée étant de renforcer la capacité du système de la santé, d’accélérer l’accès des citoyens au médicament en augmentant la production locale, de renforcer les attributions de la technologie dans le secteur médical en orientant les domaines de recherche vers la résolution des enjeux sociétaux clairement identifiés. Amadeus recommande, en outre, l’amélioration de la lisibilité de la prise de décision en créant un Conseil d’Etat. Un tel organe renforcera, selon Amadeus, le paysage institutionnel marocain et crédibilisera la prise de décision administrative aux niveaux local et national.
La création d’une commission d’enquête ad hoc sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement est recommandée au même titre que la poursuite de la réforme du code pénal et le renforcement du dispositif de la justice commerciale et financière.

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