Les agriculteurs accusent la météo

D’habitude quand rien ne va, les agriculteurs lèvent les yeux vers le ciel. Cette fois-ci, le doigt accusateur est pointé vers la météo, coupable de ne pas avoir prévenu à temps l’arrivée de la vague de froid. «Une bonne prévision nous aurait aidés à limiter les dégâts, en irriguant par exemple certaines cultures, ce qui a pour effet de freiner les gelées», déclare Abderrazak Mouisset, président de l’Association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFEL). Bref, «pourquoi, renchérit M. Mouisset, ne pas acheter un programme de prévision avec des organismes connus comme la Nasa?».
Au centre national de prévision Météorologique, l’on s’étonne de ces critiques. Selon Mohamed Belouchi, météorologiste de formation, chargé du département de la communication, des alertes ont été émises à l’échelle nationale et en particulier à la radio. Le problème explique M. Belouchi, c’est que «le marocain n’a pas la culture de la météo». D’autant que, regrette-t-il, «en ce qui concerne l’Agriculture, il n’y a pas un interlocuteur unique, on ne sait pas à quel saint se vouer».
Seule l’aviation civile, via l’ONDA, fait un véritable suivi des avis et des alertes météos.
Concernant les origines de cette vague de froid, il s’agit d’une masse polaire froide qui a traversé toute l’Europe (y perdant son peu d’humidité) pour gagner le Maroc et l’Algérie. «Il n’y a pas de pluie, explique-t-on au service national de la météo, parce que la masse d’air en question était peu humide». A défaut de précipitations, le Maroc a connu dans la dernière semaine de janvier, beaucoup de froid. Plus de 12 stations (Oujda, El Jadida, Nador entre autres) ont battu leur propre record. A Ifrane, le baromètre est descendu jusqu’à 14 degrès sous zéro en plein jour, à dix heures du matin. La nuit du 28 janvier aura été la plus froide. S’il est encore prématuré de faire une évaluation des pertes de la production agricole en dirhams, les opérateurs estiment quand même les dégâts très importants. Les cultures dites de plein champ, non couvertes, ont été relativement endommagées. Il s’agit des légumes et potages, des courgettes, des fèves, des aubergines, des tomates, etc. Selon les régions et les micro-climat, les dégâts varient entre 70 et 100%. Egalement concerné par la vague de froid, l’arboriculture. Mais ici, il y a lieu de distinguer les arbres fruitiers, comme les pommiers, les vignobles,etc. Ces espèces, généralement habituées au froid, n’ont pas été affectées, ce qui n’est pas le cas des agrumes. « Ici les cultures sont debout, en apparence tout se passe bien, il est difficile d’apprécier à l’oeil nu l’ampleur des dégâts, mais c’est toute la future floraison qui est menacée », estime un opérateur du Souss. Les récoltes de l’année prochaine enregistreront d’importants retards. La troisième catégorie de culture, les céréales, n’a pas été endommagée mais pourra toutefois connaître des retards. Pour les cultures sous-serre, les dégâts ont été limités. Ici, note l’APEFEL, une bonne prévision météo aurait pu éviter les quelques dommages enregistrés. Bref, l’heure est désormais à l’évaluation des répercussions de la vague de froid sur l’approvisionnement du marché local et les exportations. L’ASPAM, association des producteurs d’agrumes, a tenu à rassurer les marocains dans un communiqué jugeant limités les pertes enregistrées dans son rayon d’intervention. Pour le président de l’APEFEL, «il y aura des diminutions de tonnage, mais l’approvisionnement sera normal au niveau local».
L’heure est aussi aux estimations au ministère de l’Agriculture, bien qu’aucun chiffre n’ait été avancé par ce département, qui attend sûrement les résultats d’une équipe d’experts dépêchée sur le terrain.

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