Lettre du tourisme : Développement et esprit d’entreprise

• Une pensée pour feu si Mohamed Belaghmi.

Le développement n’est jamais spontané, il est nécessairement le fruit de la volonté. Voici plus d’une décennie -en décembre 1993 à Marrakech- j’avais organisé un colloque des entrepreneurs maghrébins sur le thème de «la croissance forte». Nous étions plus de 700 chefs d’entreprise, dans notre région, à plaider pour cette vision de développement. Nous entendions prendre exemple sur les expériences des «Dragons» d’Asie du Sud-est pour montrer que cette formule-là de mobilisation des ressources et de valorisation des potentialités pouvait être reprise et mise en oeuvre au Maghreb. Pour cela, les ingrédients de la recette sont connus : une ferme volonté politique, un cadre juridique et financier approprié et un environnement d’affaires et d’investissement attractif et incitatif et surtout une mobilisation conséquente.
Nos espoirs ont-ils pris forme et contenu ? Pas tout- à-fait en réalité. Non pas que la bonne volonté ait fait défaut aux ministres et aux gouvernements qui se sont succédé ; mais enfin, le savoir faire sur le terrain et l’expérience, la hardiesse de l’esprit d’entreprise et de réforme ont largement manqué.
En attendant, on peut estimer que quatre ans après le lancement du plan stratégique de la vison 2010, il est de la plus haute importance que l’on s’interroge sur les résultats concrets réalisés.
Personnellement, je ressens plus que du doute, de la crainte. La vision 2010 devait réussir à modifier nos mentalités, nos méthodes de travail archaïques et peu créatives, les formes d’intervention de notre administration qui, -l’ignore –t-elle – n’est pas censée exercer le moindre droit de concession sur les opérateurs économiques, mais une forme de tutelle politique qui se doit d’être vertueuse, une animation du secteur sans plus.
L’intérêt général, bien compris, se trouve seulement là où l’amour de la patrie s’exprime dans le total désintéressement, la passion et la ferveur de servir.
Le tourisme marocain doit beaucoup aux pionniers des années 60 et parmi eux feu si Mohamed Belaghmi. Ils ont opéré sans tapis rouge et sans filet pour édifier pour plus de 30 milliards de dirhams d’hôtels et d’unités d’hébergement et de tourisme. Pendant qu’on nous explique aujourd’hui que les groupes étrangers sont venus plutôt gérer qu’investir et que les nouveaux hôteliers seront soutenus pour amortir leur investissement en 6/7 ans, ceux qui ont connu feu si Mohamed Belaghmi ont pour lui une pensée affectueuse. Ses hôtels seront mis en liquidation dans l’indifférence quasi générale pour payer des dettes dont l’essentiel est constitué de quelques crédits, certes, mais surtout des intérêts et des intérêts de retard. Si Mohamed Belaghmi, tu fais partie de la race des bâtisseurs, nous ne t’oublierons jamais. Dors en paix. Devant tout cela, est-ce inutile de continuer d’oeuvrer afin que des efforts supplémentaires puissent être rapidement réunis pour nous mettre à l’abri de toute nouvelle déception, capable de nous replonger dans le désespoir et la mélancolie ? André Gide disait bien dans les «Nourritures Terrestres» que la mélancolie n’est que de la ferveur retombée. Et tout le monde sait que la mélancolie mine la volonté, empêche la mobilisation et pousse à l’indifférence. Et cela n’est dans l’intérêt de personne.

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