CouvertureEconomieUne

L’investissement dans l’eau et l’électricité séduit le privé

© D.R

«Les plans d’action de l’Office seront orientés davantage pour accompagner les initiatives de décarbonation de l’économie nationale et de promotion de l’investissement privé».

L’eau et l’électricité attirent les investisseurs privés. C’est ce qui ressort de la dernière session du conseil d’administration de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) tenue à Rabat. Les travaux de cette session ont été principalement consacrés à l’approbation du plan d’équipement 2026-2030 et du plan d’action et budget de l’Office au titre de l’exercice 2026, l’examen du bilan des réalisations 2025 et l’approbation des comptes 2024 et 2025. Le directeur général de l’ONEE a présenté au cours de la réunion le plan d’équipement 2026-2030, axé sur le développement et la réalisation de projets rentrant dans l’accélération de la transition énergétique, à travers l’intégration massive des énergies renouvelables, le développement des moyens adéquats de stockage et de flexibilité et le renforcement du réseau de transport et son expansion, ce qui permettra de dépasser dès 2028 l’objectif de 52% d’EnR dans le mix électrique en capacité installée. Ce plan d’équipement porte sur une enveloppe globale sur la période 2026-2030 de 177 MMDH pour l’électricité et de 42,1 MMDH pour l’eau potable, dont 72% sera financée directement par le secteur privé. Ce plan prévoit la réalisation d’un programme de développement des capacités de production d’électricité renouvelable de 104 MMDH, pour une capacité renouvelable supplémentaire de 11,6 GW et une capacité additionnelle de stockage de 2,6 GW, représentant environ 80% de la capacité totale additionnelle prévue pour la période 2026-2030. En ce qui concerne l’activité de l’eau potable, le programme d’équipement pour les cinq prochaines années est axé sur la sécurisation de la production d’eau potable et le renforcement de l’offre destinée au milieu rural ainsi que l’optimisation de l’efficacité des réseaux de production existants. A l’issue de ce programme, la capacité de dessalement destinée à l’eau potable atteindra plus de 1,3 milliard de m3 par an et contribuera à la satisfaction de 63% des besoins en eau potable contre 13% en 2025 et moins de 8% en 2023. Les principales stations de dessalement sont celles de Casablanca, Oriental, Tanger, Souss-Massa et Guelmim / Tan Tan.

Promotion de l’investissement
Le directeur général de l’ONEE a mis l’accent sur les profondes mutations que connaissent les secteurs de l’électricité et de l’eau potable. Il a ainsi souligné la mobilisation de l’Office pour relever les défis liés à la préservation des ressources hydriques, à l’augmentation de la demande et à la volatilité des cours des combustibles et des matières premières. Tarik Hamane a précisé que les plans d’action de l’Office seront orientés davantage pour accompagner les initiatives de décarbonation de l’économie nationale et de promotion de l’investissement privé. De même, l’Office a lancé plusieurs chantiers stratégiques visant la refonte et la pérennisation de son modèle, la modernisation de sa gestion et la fiabilisation de ses outils de pilotage. Il faut préciser qu’au cours de l’année 2025, l’ONEE a réalisé un programme d’investissement de plus de 7,3 milliards de dirhams, dont 4,6 MMDH pour l’électricité et 2,7 MMDH pour l’activité eau potable.

Initiatives privées
L’actualité nationale avait été marquée par plusieurs annonces concernant des projets dans le secteur. Un partenariat stratégique avait été annoncé entre le gouvernement du Maroc et Taqa Morocco, Nareva, l’ONEE et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Le but de ce partenariat est le développement d’infrastructures prioritaires dans la production et le transport d’eau et d’énergie au Royaume. Concrètement, ce programme de développement permettra de renforcer la souveraineté hydrique ainsi que la résilience du réseau national de transport électrique en renforçant non seulement les capacités de production d’eau dessalée mais aussi électrique à base de gaz naturel et en augmentant l’intégration des énergies renouvelables dans le réseau. «Dans ce contexte stratégique marqué par l’urgence d’exécution des feuilles de route hydrique et énergétique, ce partenariat sera réalisé dans des délais accélérés avec un montant d’investissement de près de 130 milliards de dirhams à l’horizon 2030», avait expliqué Taqa Morocco dans son communiqué. Ce partenariat permettra tout d’abord «le renforcement de la sécurité hydrique avec une capacité additionnelle de dessalement cible de 900 millions de m3 d’eau dessalée ainsi que 800 millions de m3 de transport d’eau à travers le projet d’autoroute de l’eau. Ces stations de dessalement seront alimentées par de l’énergie verte qui sera développée par Taqa Morocco et ses partenaires ainsi que la reprise de la centrale à gaz de 400 MW à Tahaddart et l’extension de près de 1.100 MW de projets CCGT additionnels. Il est question «du développement d’une nouvelle ligne HVDC d’une capacité d’environ 3.000 MW entre le sud et le centre du Royaume du Maroc, ainsi que de 1.200 MW de projets d’énergie verte sous forme de contrat de fourniture d’énergie électrique avec l’ONEE. L’ensemble de ces projets sera détenu à parts égales entre Taqa Morocco et Nareva, avec une participation de 15% du Fonds Mohammed VI pour l’investissement et des autres acteurs publics». Compte tenu de l’importance stratégique et du contexte d’urgence des projets, le consortium veillera à réunir les meilleures expertises nationales et internationales afin de permettre leur réalisation progressive d’ici 2030. Ce programme d’investissement structurant constitue un levier stratégique pour la transformation économique, sociale et environnementale du pays. Il générera notamment la création de plus de 25.000 emplois pendant les phases de construction et d’exploitation des projets, dont plus de 10.000 postes permanents.

Bilan 2025
Réalisations. Les investissements au cours de l’année 2025 ont porté la puissance électrique installée à 12.314 MW, dont 46,1 % en énergies renouvelables, se rapprochant ainsi de l’objectif fixé par le Royaume pour porter leur part à plus de 52% en 2030. Ces réalisations ont permis également l’équipement d’un débit global en eau potable de 7,5 Mm3/j, portant ainsi le taux d’accès à l’eau potable en milieu rural à 98,9% au profit d’environ 13,65 millions d’habitants, outre la réalisation de la station de dessalement de Sidi Ifni qui a été mise en service en février 2025 pour une capacité de 3,15 Mm3/an, ce qui porte le nombre de stations de dessalement à13 stations développées par l’Office d’une capacité globale de 85.3 Mm3/an. En 2025, l’Office a assuré la satisfaction de la demande électrique ayant atteint 49 TWh, en nette progression de 7,4 % par rapport à l’année précédente, avec un pic de consommation de 7.990 MW dépassé en juillet 2026 avec un record de 8.400 MW, soit une augmentation de 410 MW en une seule année. Concernant l’activité de l’eau potable, la production de l’Office s’est établie en 2025 à 1.417 Mm3 dont 977,8 Mm3 à partir des eaux de surface, 367,2 Mm3 à partir des ressources souterraines et 72,5 Mm3 à partir du dessalement de l’eau de mer. En outre, les travaux de réalisation de la station de dessalement de Casablanca, d’une capacité globale de 300 Mm3, ont atteint actuellement un taux d’avancement de 81% pour la 1ère phase de 200 Mm3, et sa mise en service est prévue le 1er février 2027.