Les attentats de Casablanca ne font plus la Une de la presse française. On est maintenant déjà loin des approximations des premiers jours, tels que cet article du Figaro qui dès le lundi 19 mai au matin et avant l’ouverture des agences de voyage, annonçait que les annulations affluaient chez les professionnels. Il était de toute façon «trop tôt pour le dire» explique Isabelle Floret chargée de presse du Syndicat national des agences de voyage. Plus radical, Alain Rat, responsable d’une agence Havas voyage dans le quartier Latin à Paris trouve qu’un tel avis de tempête était tout bonnement «absurde». «Les agences étaient de toutes les manières fermées le dimanche. Comment les clients auraient-ils pu nous joindre ? Mon agence par exemple n’a connu aucune annulation. Au contraire, ce n’est peut être qu’un hasard mais j’ai une cliente qui vient de me confirmer son départ pour le sud du Maroc.» Elle avait confiance. Le voyagiste aurait-t-il pu la dissuader ? Sans aucun doute oui, «si le Quai d’Orsay avait demandé à ce qu’on évite la destination», mais «ce n’est pas le cas explique-t-il. Ils ont seulement invité à la vigilance».
Le rôle des voyagistes et des agences est vital dans ce type de circonstances. Face à des clients qui depuis des mois sont confrontés à une médiatisation croissante de l’insécurité dans le monde, ils sont assaillis de demande de conseil sur les destinations choisies. C’est souvent en fonction de leurs avis que se décide en dernier ressort le choix de la destination de vacances.
M. Redouane Reghaye directeur de l’Office du tourisme à Paris se trouve de fait en ce moment à Bordeaux puis bientôt à Rennes pour un festival du Maroc prévu par l’office bien avant les attentats. «Cela tombe à point nommé», explique-t-il. Il annonce que près de 2 milliards de centimes seront investis à partir du mois de mai, dans des actions de communication (magazines, affichage, presse professionnelle, etc). L’office prévoit aussi une grande opération en direction des leaders d’opinion et des tour-opérateurs avec l’affrètement de trois avions sur différentes régions marocaines. Ces actions suffiront-elles ? M. Rerhaye est confiant. Il trouve que le message de l’office est «très bien relayé par les agences» et se déclare frappé par la sollicitude qu’elles manifestent à l’égard du Maroc dans ces circonstances difficiles. Le bilan de ses actions et leur incidence sur le trafic réel à destination du Maroc ne pourra pas toutefois se faire avant plusieurs mois mais son avis est confirmé par de nombreux professionnels du tourisme rencontrés par ALM.
Leur impression générale est que le Royaume n’est pas du tout déstabilisé. L’enquête menée avec célérité a déjà abouti à des résultats probants et ils s’en trouvent rassurés. Paris a aussi connu des attentats, explique un autre voyagiste. «Ce qui compte c’est de restaurer la confiance auprès du grand public et des professionnels.» Les professionnels du voyage s’attendent certes à une baisse des voyageurs, et ils n’excluent pas «l’effet d’aubaine», si les prix des voyages baissent. Ils rappellent aussi que le Maroc reste une destination que les gens aiment mais insistent sur la nécessité pour les autorités marocaines de maintenir la confiance en continuant à mener leur enquête dans la transparence. «Ce dont les gens ont peur, ajoute le responsable d’une agence Kuoni, c’est d’être pris de court. Le fait que les gens perçoivent que ces attentats ont été menés par des gens bien localisés est déjà une bonne chose. La reprise ne peut se faire que si le public a l’impression de connaître la vérité. » Même si de l’avis de tous, il faudra du temps pour remonter la pente.
• De Paris, Hicham Ouazzani









